LXIII– NOTULES (491 à 495) : mes erreurs, hésitations révélatrices, mort et art, information dévoyée, mutations profondes

491 –   Quand je me trompe et qu’on me le dit, je suis ennuyé parce que je suis pris en défaut et que ça me déplaît. Mais j’ai tort de réagir ainsi. Je devrais au contraire me réjouir du fait qu’on m’a aidé à réduire mon ignorance ou, tout du moins, le nombre d’erreurs que je commets.

492 –   Dans la conversation, il y a parfois des hésitations : l’un des interlocuteurs cherche apparemment un mot ou s’arrête à une idée avant et, il faut le souhaiter, en vue de s’exprimer clairement. De telles hésitations induisent parfois des situations délicates. Ce moment d’indécision peut signaler un souci de précision dans l’expression de son point de vue, mais il peut tout aussi bien, hélas! témoigner d’un début d’Alzheimer ou annoncer une autre forme, bénigne ou un peu plus sérieuse, de déclin intellectuel. Réagir adéquatement en un tel cas demande parfois du doigté, surtout si après cet instant d’incertitude l’interlocuteur tient un propos, disons, étonnant.  Relever la chose même avec une infinie délicatesse peut donner lieu à une prise de conscience qui permet de clarifier la discussion en cours, mais cela peut également engendrer un malaise d’autant plus incommodant que personne n’a voulu le provoquer. Inversement, si ne pas réagir en présence d’un énoncé saugrenu peut n’entraîner aucune conséquence, cette absence de réaction peut faire dériver l’échange au point de faire surgir un illogisme patent ou une contradiction grossière ou une absurdité gênante. Dans un scénario de ce genre, il faut espérer que l’humour saura désamorcer le caractère fâcheux de l’incident.

493 –    « C’est une grande chose que de savoir quand on va mourir. On peut s’organiser et faire de son dernier jour une œuvre d’art. »  (Amélie NOTHOMB, Stupeur et tremblements, Paris, Albin Michel, 1999 [réédition : Paris, Le livre de poche, no 15071, 2002, p. 85.)

494 –   L’information n’est pas l’opinion. Voilà une évidence qui a toutefois tendance à s’estomper lors de certaines émissions de radio ou de télé ou encore dans certains « podcasts » (balados), voire dans divers articles de la presse écrite. Le phénomène n’a rien de nouveau. Il devient cependant notablement pervers par les temps qui courent.  Car, ainsi que je l’ai déjà signalé, la qualité de l’information constitue à l’heure actuelle un des enjeux majeurs de nos sociétés. Or la désinformation, bien qu’elle soit intolérablement perverse, est en un sens un mal relativement facile à dénoncer auprès des esprits accessibles à la réflexion : ou bien on connaît la vérité, et cette dernière constitue l’antidote le plus efficace contre les faussetés; ou bien la vérité n’est pas connue, et alors on peut démontrer qu’il n’y a aucun fondement à soutenir ceci ou cela qui peut-être est vrai mais pourrait tout aussi bien être faux.

            Introduire une opinion dans l’information relève d’une subtilité plus difficilement décelable et révèle un esprit plus pernicieux (dans trop de cas et en dépit des prétendues bonnes intentions inspirant cette pratique). S’agissant des interviews que mènent certains journalistes, la manœuvre consiste à poser une question orientée ou empreinte d’un sous-entendu qui fait son chemin à la façon d’une publicité subliminale. Si l’on dénonce le procédé, l’intervieweur a alors beau jeu de dire qu’il n’affirme rien mais qu’il questionne, tout simplement. La belle affaire !  Ce type d’insinuations se retrouve aussi bien dans la presse écrite que dans les autres médias. La portée délétère de cette manière d’agir provient du respect qu’inspire un journaliste dont on ne se méfie pas précisément dans la mesure même de l’estime qu’il nous paraît mériter. En ce point précis réside le côté méprisant pour l’auditoire d’une pratique que certains journalistes justifient en invoquant l’inaptitude de leurs lecteurs, spectateurs ou auditeurs à comprendre par eux-mêmes les tenants et aboutissants d’une situation complexe.

            Être chroniqueur, c’est jusqu’à un certain point faire métier d’étaler ses vues personnelles. Et c’est bien. Être journaliste, c’est autant que possible relater les faits et s’y tenir. Et c’est nécessaire. Confondre les deux activités, c’est grave.

495 –   « (…) la vision du monde la plus couramment adoptée, à un moment donné, par les membres d’une société détermine son économie, sa politique et ses mœurs.

            Les mutations métaphysiques – c’est-à-dire les transformations radicales et globales de la vision du monde adoptée par le plus grand nombre – sont rares dans l’histoire de l’humanité. (…)

            Dès lors qu’une mutation métaphysique s’est produite, elle se développe sans rencontrer de résistance jusqu’à ses conséquences ultimes. Elle balaie sans même y prêter attention les systèmes économiques et politiques, les jugements esthétiques, les hiérarchies sociales. Aucune force humaine ne peut interrompre son cours – aucune autre force que l’apparition d’une nouvelle mutation métaphysique.

            On ne peut pas spécialement dire que les mutations métaphysiques s’attaquent aux sociétés affaiblies, déjà sur le déclin. Lorsque le christianisme apparut, l’Empire romain était au faîte de sa puissance (…). Lorsque la science moderne apparut, le christianisme médiéval constituait un système complet de compréhension de l’homme et de l’univers (…). » (Michel HOUELLEBECQ, Les Particules élémentaires, Paris, Flammarion, 1998, Prologue [réédition : Paris, J’ai Lu, no 5602, 2010, Prologue, pp. 7-8.)

31. XII. 2021

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