LV – NOTULES (401 à 410) : Pseudo-chefs, les enfants en Syrie, abuser des femmes, les enfants au Mozambique, la Chine et les enfants ouighours, Trump et les migrants, nanoparticules et fœtus, sacrés Français, le recteur Frémont, encore le pergélisol

401 – « (…) les conducteurs de peuples sont conduits par le populo au moment où ils le soupçonnent le moins. » (Herman MELVILLE, Moby Dick, ch. 1.)

402 – Depuis bientôt dix ans, la Syrie vit une guerre cauchemardesque. Un peu plus de 500 000 Syriens ont été tués, cinq millions d’entre eux au moins – c’est-à-dire la moitié de la population du pays ou à peu près – ont été déplacés (pour le dire poliment). Le territoire est devenu un véritable champ de ruines dont la reconstruction coûtera, d’après les plus optimistes, au moins 300 milliards de dollars (américains évidemment). Le président Assad s’est rendu coupable de crimes inexpiables, ayant notamment gazé ses propres concitoyens. En dépit de quelques efforts de résistance, toute velléité de gouvernance démocratique a été à la lettre « supprimée ». Y a-t-il encore de l’espoir? Les enfants ne reçoivent pratiquement aucune instruction – Assad a même délibérément bombardé les écoles –, leur alimentation suffit à peine à leurs besoins et ne contribue sûrement pas au développement de cerveaux particulièrement aptes à faire face à des problèmes quasi insolubles. Les menaces contre les enfants sont désormais utilisées comme un instrument de chantage absolument répugnant.

403 – Les femmes font l’objet de traitements souvent inadmissibles, quand ils ne sont pas carrément criminels. Au Québec, la situation des femmes est souvent considérée comme l’une des meilleures au monde. J’ignore si la chose est vraie, mais elle n’est pas impossible. Ce que je sais en revanche, c’est que le gouvernement ne se gêne pas pour – oserai-je le dire? – « abuser » des femmes. Comment qualifier autrement l’imposition de temps supplémentaire obligatoire aux infirmières? Les infirmières représentent 88,7% de l’effectif de leur profession, les homme ne comptant que pour 11,3% des membres de leur Ordre professionnel. Je ne suis pas certain qu’une pratique identique s’appliquerait à un groupe masculin aussi fortement majoritaire que le sont les infirmières en leur domaine. Surtout que, semble-t-il, le plus souvent ces périodes de temps supplémentaire obligatoires sont imposées de façon imprévue à des femmes ainsi prises au dépourvu, et ce, même si elles sont mères de familles monoparentales, même si elles ont de jeunes enfants à la maison, même si leur mari (quand elles en ont un) doit partir travailler. Pendant ce temps-là, on injecte des millions de dollars dans l’industrie éminemment masculine de la construction dont les ouvriers reçoivent leurs paies de vacances qui se tiennent dans les plus belles semaines de l’année alors qu’on donne aux gestionnaires du réseau de la santé le pouvoir d’annuler les vacances des infirmières. On s’étonne ensuite que plusieurs infirmières quittent la fonction publique pour le secteur privé. Moi, ce qui m’étonne, c’est qu’elles ne soient pas plus nombreuses à le faire.

404 – Au Mozambique, les tenants de l’État islamique décapitent diverses personnes, notamment des enfants. J’insiste : on y décapite des enfants. Aussi jeunes que onze ans, ce qui est prouvé; probablement plus jeunes que onze ans, ce qui reste à prouver mais qui a peu de chances de l’être puisqu’on interdit soigneusement l’accès à certains lieux « révélateurs ».

405 – La Chine persécute les Ouighours. En fait, elle s’efforce même de les éliminer. On a ici affaire à un génocide, mais à un génocide original (pour ainsi dire). Car la Chine s’en prend principalement aux enfants. Aux enfants à naître d’abord, en stérilisant de force les éventuelles mères ouighoures ou en les contraignant à l’avortement. Aux enfants déjà nés ensuite, en les séparant de leurs parents, surtout de leurs mères, qu’on envoie dans des camps de toutes appellations qui sont en réalité des camps de concentration où l’on prend malgré tout suffisamment soin des détenus des deux sexes pour exploiter, sans discrimination de genre, la force de travail qu’ils représentent. Les enfants ainsi retirés à leur famille trouvent aisément preneur dans la « bonne » population chinoise qui se trouve confrontée à un manque criant de relève générationnelle. Est-il besoin d’ajouter quoi que ce soit à ce constat de comportements abjects?

406 – Sous Donald Trump, les États-Unis d’Amérique ont adopté un comportement non moins ignominieux en séparant les enfants de migrants de leurs parents. Aux USA toutefois, dès le début d’une telle façon de faire, des voix l’ont dénoncée, et le pays s’efforce maintenant de corriger cette situation. Rien de tel en Chine. Du moins jusqu’à maintenant (à moins que les opposants n’aient déjà été éliminés).

407 – On sait depuis un certain temps que certaines particules de plastique parviennent à s’insinuer dans le corps humain comme dans celui de nombreux autres animaux. On vient maintenant de découvrir que des nanoparticules peuvent traverser la barrière placentaire et vaincre bien d’autres dispositifs de protection des organismes. Au point qu’on a trouvé de telles nanoparticules dans le cerveau et le cœur de fœtus de souris, ce qui en toute vraisemblance ne va pas sans conséquences sur la développement cérébral et la résistance cardiaque. Des microbilles de polystyrène ont également traversé la barrière placentaire chez l’embryon humain. La triste nouveauté, selon les chercheurs, consiste en ceci que le cerveau et le cœur de l’embryon humain semblent aussi accessibles aux nanoparticules que ceux des souris. D’autres études sur l’être humain s‘imposent pour en arriver à des conclusions indiscutables. Mais il existe une forte probabilité que tel soit bien le cas. Même les chercheurs britanniques les plus flegmatiques n’ont pu s’empêcher, en présence de telles données, de conclure : « Very concerning! » (Damian CARRINGTON, « Plastic particles pass from mothers into fœtuses, rat study shows », The Guardian, 18 March 2021.)

408 – Le 16 mars dernier, à l’aube d’un nouveau confinement dans certaines régions de France et notamment dans la capitale, de nombreux Parisiens ont décidé de quitter leur ville pour échapper à cette nouvelle restriction! Comme si le confinement portaient sur la brique et le béton et non sur les personnes ! Si les gens partent, le confinement perd son sens à moins que les gens ne se considèrent eux-mêmes en confinement, peu importe où ils iront. Cette dernière possibilité constitue une interprétation intelligente de cette fuite hors Paris. Malheureusement, si j’en crois nombre d’entrevues, dans de nombreux cas, de trop nombreux cas peut-être, cette interprétation ne s’applique pas… Une sottise parisienne?

409 – Le recteur Frémont de l’Université d’Ottawa ne passera pas à l’Histoire pour ses réactions à la fois promptes, éclairées et courageuses aux abus commis par des étudiants et des professeurs de son institution. Tout professeur de droit qu’il est, Amir Attaran a proféré des énormités au sujet du Québec qu’il a comparé à l’Alabama du point de vue des pratiques racistes et où, soutient-il, il y aurait même lynchage d’autochtones. La liberté d’expression doit évidemment être protégée, mais pas la diffamation. Je comprends que le recteur Frémont veuille agir avec circonspection et qu’il veuille peut-être, avant de réagir, respecter l’adage fameux « Audi alteram partem ». Dans le présent cas toutefois, on n’a pas affaire à des propos qu’il faut replacer dans un contexte vivant pour en apprécier la portée (comme c’était le cas de ces étudiants qui dénonçaient l’emploi du terme « nègre » durant un exposé professoral). On a affaire à des écrits, d’une clarté indiscutable, qui auraient au moins commandé une déclaration de Me Frémont du genre de celle-ci : « Si les faits allégués sont bien exacts, il s’agit là nettement d’affirmations condamnables, à moins que leur auteur ne puissent établir leur bien-fondé. » Adoptée rapidement, une telle position aurait été simultanément prudente et à la hauteur de l’autorité morale détenue par un recteur d’université. La réponse du recteur Frémont à la lettre de Paul St-Pierre Plamondon se défend peut-être mais elle vient tard et, surtout, elle donne l’impression de n’être venue que parce qu’on l’a exigée. Dommage car elle contient des arguments importants sur lesquels je reviendrai éventuellement.

410 – Dans une précédente notule, j’ai attiré l’attention sur le danger de libération, lors la fonte du pergélisol, de microbes préhistoriques susceptibles d’être réactivés. Dans un article instructif au possible publié dans la prestigieuse revue Nature, une journaliste scientifique réputée nous apprend, entre autres choses, que la calotte glacière arctique perd maintenant deux ou trois centimètres de glace de plus que d’habitude à l’approche du temps chaud, et dans certaines zones cette perte atteint même 30 cm de plus que d’habitude. Le dégel rejoint ainsi les couches dites actives du « permafrost », ce qui rend disponible pour toutes espèces de microbes une plus grande quantité de carbone (makes more carbon available to microbes in the soil). Inutile d’insister sur les conséquences d’ailleurs bien connues d’un tel échange biochimique ! (Voir, à ce sujet, Monique BROUILLETTE, « How microbes in permafrost could trigger a massive carbon bomb. Genomics studies are helping to reveal how bacteria and archaea influence one of Earth’s largest carbon stores as it begins to thaw », Nature, 591, 360-362 [17 March 2021]).

26. III. 2021