XLV – NOTULES (302 à 310) : Choix difficiles, le prochain choc global, un modèle inadapté, guerre et temps présent, aide médicale à mourir et suicide, danger de seulement rouvrir l’économie, les Américaines blanches, le leadership féminin, la désinvolture des nantis

302 Il faut bien faire ce que l’on choisit de faire. Il faut donc renoncer à faire certaines choses. Car on ne peut tout faire, et surtout on ne peut tout faire bien. Le vieillissement de la population commande des déboursés sans cesse croissants. Les technologies de la santé font de même. La société demande à l’école d’assumer de plus en plus de responsabilités. Les universités ont besoin de ressources supplémentaires pour faire face aux exigences à venir. Il faut aider, voire sauver les médias. L’état de nos routes laisse à désirer. Etc. Bref, nous demandons énormément à l’État… qui n’a pratiquement plus de marge de manœuvre, quoi qu’en disent nos dirigeants. La part du budget du Québec dévolue à la mission Santé s’établit à 46,3 %, celle qui va à l’Éducation est de 25,2 % et celle destinée au Soutien des personnes représente 7,8%. Si on ajoute à cela le Service de la dette (qui est à peu près incompressible), c’est-à-dire 7,5% des dépenses, on arrive au total de 86,7 % des dépenses, ce qui laisse à peine plus de 13 % du budget pour couvrir tout le reste (l’économie, l’environnement, la justice, les infrastructures, etc.). Or on demande de plus en plus de ressources en santé et en éducation envers et contre tout. Des choix difficiles s’imposeront si l’on veut vraiment bien faire certaines choses. La bataille qui s’annonce concernera sans doute l’ordre de priorité. Mais aura-t-on réellement le choix? Ou devra-t-on aller – veut, veut pas – où l’urgence nous poussera?

(Source : Budget de dépenses 2019-2020. Renseignements supplémentaires, vol. 7, Appendice A – Budget de dépenses 2019-2020 par mission, p. 69 [ mars 2019]. Adresse Internet :

https://www.tresor.gouv.qc.ca/fileadmin/PDF/budget_depenses/19-20/fr/7-Renseignements_supplementaires.pdf)

303 Le choc financier engendré par la COVID-19 n’est rien en comparaison du choc auquel il faut se préparer en raison des changements climatiques. La pandémie actuelle engendre des conséquences économiques sérieuses, notamment un risque accru de faillites pour de nombreuses entreprises avec tout ce qui s’ensuit : une cascades d’effets pervers qui vont de l’augmentation du chômage à une baisse des revenus de l’État qu’on sollicite pourtant de plus en plus. Les prévisions de conséquences néfastes des changements climatiques sont proprement affolantes. Si seulement la moitié d’entre elles se concrétisent, des dizaines, voire des centaines de millions d’êtres humains souffriront de la faim et de la soif, se trouveront contraints à migrer, seront exposés à des dangers sanitaires dont on peut difficilement se représenter l’ampleur. Dans le cas d’une pandémie, les stratégies de défense sont assez bien connues, et leurs résultats se constatent relativement rapidement. Dans le cas des changements climatiques, on croit connaître les stratégies de défense – espérons que ce sont les bonnes ! – mais leurs effets se font sentir à beaucoup plus long terme. Or, c’est bien connu, les gouvernements sont fort peu portés à gérer à long terme parce que leurs commettants réagissent plutôt mal à des stimuli dont la récompense tarde à venir. Ce contexte appelle des leaders à la fois lucides et courageux. Lucides pour bien voir ce qu’il faut faire et que nous aurons les moyens de faire et courageux, car ce qu’il faudra faire, il faudra le faire à la place de certaines choses et non en plus desdites choses. Le simple fait d’identifier ce qu’il faudra laisser tomber pour être en mesure d’atteindre de nouveaux objectifs soulèvera des problèmes énormes. Quant à la mise en œuvre qui devrait s’ensuivre, elle n’annonce rien de facile!

304 Le modèle des CHSLD ne peut plus tenir la route. On l’a dit et redit. La solution de rechange ne sera pas aisément trouvée. Aider les gens à demeurer chez eux et leur procurer à domicile autant de services que possible constitue sûrement une voie à explorer. Financièrement, ce serait apparemment avantageux. Le problème concerne plutôt la main d’œuvre. Je vois mal, dans un contexte de pénurie généralisée, comment on pourrait dénicher et conserver une main d’œuvre si peu rémunérée que celle-là. Comme en outre on semble résister à l’accroissement de l’immigration, on se trouve peut-être devant la quadrature du cercle. À moins de procéder à des remaniements majeurs comme une restructuration des échelles de salaires. Rien n’est impossible en ce domaine. Rien surtout ne sera facile en ce domaine.

305 À l’échelle de la planète, nous en serons bientôt à 2000 milliards de $ US de dépenses militaires annuelles, si l’on se fie aux chiffres de L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (nous en sommes déjà à 1915 ou 1920 milliards de $ US).

  • On a là un bassin de ressources financières prodigieux pour payer les adaptations qu’il faudra tôt ou tard se résoudre à effectuer.

  • Des sommes colossales sont également disponibles dans les paradis fiscaux.

  • La taxation des fameux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) permettrait également de recueillir des milliards de dollars à chaque année pour financer les transformations requises par l’évolution bousculante qu’on ne pourra bientôt plus esquiver.

  • La révision des règles de l’impôt en vue d’assurer une juste participation des plus riches aux responsabilités communes ne pourra plus être reportée…

En somme, nous disposons de moyens de nous en sortir. Toutefois, ces moyens exigent de la part de tous les pays du monde (ou à peu près tous)

1) qu’ils se cordonnent,

2) qu’ils soient dirigés avec courage,

3) qu’ils renoncent à une certaine portion de leur souveraineté et

4) qu’ils acceptent une période de transition délicate, plus ou moins pénible, dont on ne peut d’avance estimer la durée et qui n’épargnera aucun secteur de l’activité humaine (du commerce aux arts, de la recherche fondamentale au système bancaire mondial, de l’agriculture aux médias, etc.).

Vaste programme, comme a dit un certain Général…

306 L’aide médicale à mourir est de mieux en mieux acceptée. Tout du moins ici au Québec – et même au Canada dans son ensemble –, il semble y avoir un consensus réel à ce propos. La prochaine étape à franchir dans ce secteur hyper-délicat concernera ce que j’appelle le droit au suicide assisté. Qu’est-ce à dire ? Toutes les personnes qui veulent mettre un terme à leurs jours ne sont pas dépressives. Si ces dernières doivent être traitées (avec ou malgré leur accord, c’est une autre question), les autres, les personnes qui veulent lucidement cesser de vivre, me semblent avoir le droit inaliénable de faire ce choix, quoi que quiconque en pense. Si ces personnes, âgées par exemple mais non menacées de mort imminente, estiment que leur vie n’en vaut plus la peine, je ne vois pas au nom de quoi qui que ce soit pourrait les empêcher de « tourner la page ». Il me semble évident que seule la personne concernée peut évaluer si, oui ou non, son existence lui paraît toujours significative. Bien sûr, plusieurs caveat s’imposent : on doit avoir affaire à une personne saine d’esprit, sa décision ne doit pas survenir dans un contexte de crise manifestement temporaire, etc. Cela dit, je conçois fort bien qu’un individu en arrive à conclure que sa vie a été bonne mais ne l’est plus selon ses critères personnels. Notre société a décidé qu’elle n’avait pas le droit de condamner à mort. Au nom de quoi pourrait-elle s’arroger le droit de condamner à vivre?

307 Le danger de rouvrir l’économie est bien réel. Non pas tant parce que la pandémie pourrait engendrer une deuxième vague de contagion mais parce que rouvrir l’économie, c’est reprendre l’économie telle qu’elle était et la réanimer. Or, justement, il ne faudrait plus que l’économie soit comme elle était. Il y aurait lieu notamment de l’axer davantage sur l’écologie et la lutte aux changements climatiques. Si nous ne saisissons pas l’occasion incomparable que nous avons d’effectuer des virages majeurs, je vois difficilement quand nous pourrions y procéder. Il s’impose de prendre appui sur le fait que, de toute façon, l’économie d’avant ne pourra pas être simplement réanimée en dépit de tous les efforts que nous ferons en cette direction. À vrai dire, au lieu de tenter l’impossible, il y aurait avantage à « laisser tomber » certains secteurs d’activités de tout façon vouées à péricliter pour ré-allouer les ressources ainsi devenues disponibles à des domaines qui requièrent d’urgence notre attention et qui, une fois lancés, procureront une gamme impressionnante de bienfaits plus que jamais nécessaires. Il y aura évidemment des objections en grand nombre et fort sérieuses. Mais il ne faut pas toujours prendre en compte de telles réactions. Il suffit de songer à ce qui s’est produit lorsque nos sociétés ont décidé de laisser tomber l’industrie des diligences : Les éleveurs de chevaux de diligences, les hôteliers propriétaires des relais de diligences, les conducteurs et cochers de diligences, les fabricants et réparateurs de diligences, les entreprises de sellerie (harnais, brides, licols, etc.) qui fournissaient les diligences, les services postaux installés aux arrêts des diligences, bref toute une industrie alors associée aux diligences – et c’était une grosse industrie ! – s’opposait aux alternatives qui se présentaient, en particulier aux chemins de fer. S’il avait fallu que ces opposants aient gain de cause, on aurait – c’est le cas de le dire – « manqué le train ». Il ne faut pas non plus le manquer cette fois-ci !

308 Les Américaines blanches assumeront bientôt une responsabilité plus lourde que jamais. Il faut rappeler à leur sujet que plus de la moitié d’entre elles ont voté pour Donald Trump lors de la dernière élection présidentielle. D’après diverses analyses très pointues, il semble bien que, si le vote féminin blanc n’avait pas été si fortement en sa faveur, jamais Trump n’aurait accédé à la présidence des USA. Autrement dit, toutes choses égales par ailleurs, le déplacement de quelques points de pourcentage du vote féminin vers le parti démocrate (ou même simplement l’abstention électorale de cette fraction du vote féminin) pourrait suffire à faire mordre la poussière à cet individu qui

1) dégrade les gens qui l’entourent,

2) déprécie les institutions de l’État qu’il dirige,

3) compromet la parole de l’État qu’il représente,

4) discrédite la politique étrangère de son pays et, de manière générale,

5) cultive non seulement le mensonge et la malhonnêteté mais se pose en ennemi de la science et des bienfaits qu’elle pourrait apporter au peuple même qui lui a confié sa destinée.

Les Américaines blanches ne sont évidemment pas seules à voter, mais leur vote pèsera décidément très lourd dans la balance !

309 Au Québec comme au Canada, le leadership féminin se porte de mieux en mieux. Il reste d’importants progrès à faire, mais les choses s’améliorent. L’influence internationale de l’ex-juge à la Cour suprême du Canada, Louise Arbour, n’est plus à démontrer. Devenue présidente d’Hydro-Québec, Sophie Brochu est aussi respectée, sinon plus, que de nombreux hommes dans des postes comparables. Conseillère scientifique en chef du Canada, la Dr Mona Nemer jouit d’une réputation mondiale et compte parmi les Canadiens qui ont reçu le plus grand nombre de distinctions d’institutions internationales ou étrangères. Plusieurs provinces canadiennes ainsi que des territoires ont eu des femmes premières ministres (Québec, Ontario, Alberta, Colombie-Britannique, Terre-Neuve et Labrador, Île-du-Prince-Édouard, Yukon, Territoires du Nord-Ouest). Monique Leroux, qui a présidé le Mouvement Desjardins, et Valérie Plante, l’actuelle mairesse de Montréal, s’ajoutent à cette liste que l’on pourrait prolonger en y faisant figurer aussi Lyse Doucet, Chief International Correspondent de BBC Wold News, ce qui n’est pas rien, et des artistes inspirantes et influentes comme Magaret Atwood, Anaïs Barbeau-Lavalette ou Céline Dion. Bref, les femmes de chez nous – et il y en a beaucoup d’autres font de plus en plus leur place dans les divers secteurs d’activités. À mes amies féministes qui dénoncent – à bon droit – des situations d’inégalités entre hommes et femmes, situations qui perdurent trop souvent et qu’il faut évidemment corriger, je tiens à rappeler les succès que les femmes ont déjà remportés et qui sont annonciateurs de réussites encore plus nombreuses et surtout de plus en plus durables.

310 Google et Facebook, nous dit-on, n’ont toujours pas versé les sommes promises pour aider nos PME touchées par la crise. Cette attitude, hélas généralisée chez ces entreprises, témoigne de la désinvolture des nantis ou plutôt de l’impudence des opulents.

24. V. 2020