XXXIX- NOTULES (243 à 250) : L’autoritarisme multi-facettes, la jalousie, la constance de Donald Trump, l’indispensable Catherine Dorion, encore les croisières, un marxisme renouvelé, Anne Hébert et Marie-Andrée Lamontagne, une tradition biographique qui s’affirme

243« La montée de l’autoritarisme ne se résume pas à l’émergence de régimes populistes à propension dictatoriale ; elle se manifeste aussi par un interventionnisme disciplinaire dans les démocraties les plus libérales. » (Jean Claude KAUFMANN, La Fin de la démocratie, Apogée et déclin d’une civilisation, Paris, Les liens qui libèrent, 2019, p. 91.) Les mots « interventionnisme disciplinaire » désignent la façon de faire qui consiste a) à imposer une manière de se comporter, de se vêtir, de parler, bref d’agir à tous égards et b) à sanctionner toute personne qui ne se soumet pas à cette manière de se comporter. Il y a ici matière à réflexion pour une société qui veut dicter l’acceptable et l’inacceptable en matière vestimentaire…

244 « Le plus extraordinaire dans la jalousie, c’est de peupler une ville, le monde, d’un être qu’on peut n’avoir jamais rencontré. » (Annie Ernaux, L’Occupation, Paris, Gallimard [collection Folio, no. 3902], p. 20.) La finesse psychologique d’Annie Ernaux, sa pénétration subtile des sentiments les plus secrets lui permettent comme à peu d’auteurs et d’analystes de décrire les effets bienfaisants ou ravageurs d’une vie intérieure dont on n’a pas toujours le contrôle.

245 Il y a une qualité qu’on ne peut refuser à Donald Trump : la constance ! Ces derniers jours, il a informé les dictateurs et despotes de la planète, qui sont en quête de refuge, qu’ils étaient les bienvenus aux États-Unis en raison des investissements qu’ils pourraient y faire. Incroyable mais vraie, une telle invitation ne s’invente pas. Elle serait même qualifiée de grossière invraisemblance sous la plume des meilleurs écrivains. Et pourtant, cet inénarrable Donald Trump, sans doute à la recherche comme toujours d’une sottise supplémentaire et originale à commettre, a bel et bien proféré cette hallucinante insanité. Fidèle à lui-même, d’un bêtise qui ne se dément pas, le 45e Président des États-Unis affiche une constance désespérante aux yeux des personnes de bon sens…

246 Si Catherine Dorion n’existait pas, il faudrait l’inventer. Ce que d’aucuns appellent ses frasques a le rare mérite d’agir comme un révélateur des esprits les plus superficiels, ces esprits qui cultivent le sens du secondaire et n’hésitent nullement à afficher publiquement leur goût de l’inanité. Comment expliquer autrement qu’on s’en prenne à cette députée qui ose être elle-même en portant un vêtement qui lui convient mais ne répond apparemment pas aux canons de gens qui, faut-il le présumer, s’érigent en norme de ce qui est séant  ?

247 En raison d’une fausse impression laissée par ma récente notule sur les croisières, je dois revenir sur le sujet. Je maintiens tout ce que j’ai écrit mais j’ajoute qu’il existe des formules de croisières qui me semblent, elles, réellement valables : ce que j’appelle les « croisières-autobus ». Ces croisières, en fait, n’en sont pas. Le bateau circule de ville en ville sur un circuit que chacun peut parcourir à son rythme et selon ses intérêts. Ledit bateau, par exemple, nous laisse dans tel port à 13h00 et repart, disons, à 22h00. On peut ne pas y revenir mais on sait qu’il repassera dans deux jours à la même heure ou dans une semaine, etc., et on pourra le reprendre à ce moment-là si c’est cela qui nous convient. Dans un tel cas, le bateau en cause agit comme un autobus dans lequel on monte à l’heure et au jour qui nous va et qu’on a choisis en fonction de l’horaire et du calendrier qui nous a été communiqué au départ. Cette formule se révèle parfaitement compatible avec l’initiative que certains passagers désirent conserver quant au choix des lieux auxquels ils veulent consacrer plus ou moins de temps, etc.

248 D’après certains penseurs, la théorie marxiste redeviendrait pertinente pour peu qu’on remplace ses catégories traditionnelles – prolétariat, bourgeoisie, etc. – par de nouvelles catégories reflétant les composantes actuelles de nos sociétés, nommément les élites et le peuple. Ainsi assisterait-on présentement un peu partout au monde à un affrontement entre les élitaires et les populistes. Je ne sais pas si une telle interprétation de la situation actuelle résisterait à une analyse rigoureuse. Je n’ai pu procéder encore à une telle analyse. En revanche, je ne saurais nier qu’on observe bel et bien un clivage entre élitaires et populistes et, dans plusieurs pays, à un véritable combat entre ces deux groupes. Les États-Unis, à leur manière, constituent le théâtre d’un tel combat, le Brésil aussi, l’Italie également. Bref, il est bien possible que cette façon de voir touche juste.

249 La biographie que Marie-Andrée Lamontagne a consacrée à Anne Hébert, Anne Hébert, vivre pour écrire (Montréal, Boréal, 2019) constitue un travail magistral dans son ordre : la recherche y est poussée et toujours soucieuse de prendre appui sur des bases rigoureuses, l’écriture ne renonce jamais à la précision même si elle demeure toujours élégante, le « mouvement » de la narration accompagne fidèlement le mouvement même de la vie qu’elle entend relater, la couleur de l’époque est bien rendue et les portraits des personnages entourant Anne Hébert sont conformes à ce qu’on en sait par ailleurs et mieux détaillés encore dans la mesure même où ils veulent rendre possible une meilleure intelligence de la personne, de la vie et de l’œuvre de la « mystérieuse » Anne Hébert.

250 La Gabrielle Roy de François Ricard, l’Adrien Arcand de Jean-François Nadeau, l’Éva Circé-Côté d’Andrée Lévesque, le Louis-Antoine Dessaulles d’Yvan Lamonde tout comme l’Anne Hébert de Marie-Andrée Lamontagne, le Pierre Le Moyne d’Iberville de Guy Frégault ou l’Ignace Bourget de Léon Pouliot illustrent à merveille un fait inspirant : il se développe chez nous une tradition de la biographie qui constitue lentement mais solidement un fonds descriptif de personnages significatifs dans notre histoire culturelle, politique, idéologique et religieuse. Un tel fonds n’a pas moins d’importance, à sa manière, que les fresques majeures portant sur certaines époques historiques ou certains thèmes globaux, telles celle que Marcel Trudel a consacrée à l’Histoire de la Nouvelle-France ou celle d’Yvan Lamonde sur l’Histoire sociale des idées au Québec ou encore celle de Fernand Ouellet qui traite de l’Histoire économique et sociale du Québec, 1760-1850. Au moment où les inscriptions universitaires en histoire semblent en perte de vitesse, il y a quelque chose de réconfortant à voir se constituer ainsi une tradition de recherche – informelle certes mais réelle tout de même – vouée notamment à des personnalités qu’on a tout avantage à mieux connaître pour comprendre plus adéquatement les années et les milieux qu’elles ont marquées.

25. XI. 2019

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