XXXVIII- NOTULES (234 à 242) : Croisières, ma petite compagne, une perversité protectrice, le danger des débats entre chefs, l’insanité protectrice, Legault et l’environnement, un choix empoisonné, se croire à l’abri, la multiplication des cinglés

234Les croisières représentent, pour moi, un véritable mystère. Partir en croisière, c’est partir en apportant avec soi son chez soi : un milieu riche – les bateaux de croisière de sont jamais remarquables par leur frugalité ! –, des loisirs comme à la maison – cinéma, piscine, salle de gym –, son alimentation habituelle – mais en plus relevé encore –, ses soirées haut de gamme – soirée du capitaine, soirée « casino » –, bref c’est apporter avec soi tout ce qui garantit qu’on ne croisera pas le pays où l’on se rend, les gens qui y vivent, la culture typique qu’on y trouve, les loisirs qu’on y pratique, les aliments qu’on y prépare et, plus globalement, tout ce qui caractérise l’endroit visité. Évidemment, on peut descendre ici et là pour quelques heures dans un pays nouveau dont on ne découvrira rien sinon la zone portuaire, on peut même y faire escale un jour ou deux, ce qui laisse davantage de temps pour visiter les boutiques pour touristes ou assister à un spectacle, voire visiter un musée. Mais rapidement on retourne à son hôtel flottant. La croisière, c’est un moyen sophistiqué de se rendre dans un pays qu’on évitera soigneusement de connaître sérieusement mais dont on pourra dire qu’on y est allé. C’est probablement là le moyen le moins écologique de rater avec élégance le but même des voyages.

235 Ma petite compagne à quatre pattes, une chihuahua miniature (c’est petit, ça!), s’appelait Charlotte. Elle faisait ses promenades avec moi, habituellement deux fois par jour, et tout le monde la connaissait dans les environs. Elle m’accompagnait quand je lisais, généralement installée sur moi, et quand j’écrivais, alors placée dans un petit panier tout à côté de mon ordinateur. Elle ne me quittait que rarement et pour de courts laps de temps. Les seules fois où nous étions un peu plus longuement séparés relevaient de mes obligations, par exemple lorsque je devais faire des courses. Ces derniers temps elle a eu de multiples crises d’épilepsie. Il y a quelques jours, six épisodes sont survenus dans la même journée. Elle n’était plus elle-même. Sa joie de vivre, normalement si facilement perceptible à sa manière d’attaquer le boyau de l’aspirateur ou de frétiller de la queue au moment se sortir pour une promenade ou de recevoir sa pâtée, eh bien ! cette joie de vivre était comme amortie, sinon complètement annulée. Je ne crois pas donner dans l’anthropomorphisme en précisant qu’elle vivait dans la terreur de la prochaine attaque et que, pour cette raison, elle ne voulait plus du tout s’éloigner. Il a semblé préférable de mettre un terme à ses jours. Nécessaire, je crois, ce choix n’en a pas moins été difficile. Et la tristesse qui a suivi était bien réelle ! J’imagine ce que ça peut être de vivre la mort d’un enfant…

236 Ce qui protège Donald Trump, c’est sa perversité. Ce disant, je ne rigole pas du tout : au contraire, je crains d’avoir tragiquement raison ! Et je pense qu’on en aura bientôt la preuve. On annonce en effet la parution prochaine d’un ouvrage où l’on établira qu’au moins vingt-six autres femmes ont été victimes des actes déplacés de Donald Trump à leur égard, certaines d’entre elles ayant même été victimes de viols en bonne et due forme. Or il y a fort à parier que ce livre ne va pas beaucoup émouvoir l’opinion. Pourquoi ? Parce que tout un chacun voit en Donald Trump une espèce de déséquilibré hyper-malsain qui pourrait fort bien effectivement avoir agi ainsi à l’égard des femmes. Autrement dit, aucun effet de surprise ne viendra déclencher une réaction de révolte ou de répugnance, comme la chose serait sûrement arrivée si on avait découvert de tels comportements chez un Barack Obama. Trump a une telle habitude de la perversité, sa dépravation admise – il s’est déjà vanté d’être un pussy-graber – constitue désormais un lieu si commun que personne ne pourra s’étonner devant ce nouvel ouvrage et ses nombreuses dénonciations, fussent-elles parfaitement documentées !

237 Patrice Roy a magnifiquement géré le dernier débat des chefs de la campagne électorale. Malgré sa performance, j’affirme pourtant qu’un tel débat demeure un exercice dangereux du fait qu’il procure à certaines personnes le sentiment d’en savoir plus sur les tenants et aboutissants de l’élection à venir. Les spécialistes qui analysent un tel débat ne représentent pas du tout l’électeur moyen : ces spécialistes suivent comme personne les activités électorales et, plus largement, la vie politique en général, et leur jugement s’en trouve faussé, dans la perspective de qui veut connaître l’influence des débats sur l’électorat. J’ai moi-même regardé le débat des chefs et j’ai pu constater ce qui suit. A) Chacun(e) des participant(e)s se souciait d’abord d’éviter de dire quoi que ce soit qui pût devenir un clip susceptible d’être utilisé contre lui (elle) par des adversaires qui prendraient un malin plaisir à le faire circuler. B) Tout le monde sur ce plateau de télé voulait trouver la formule qui resterait dans l’esprit d’un maximum de téléspectateurs, la formule qui ferait mouche donc et qui pourrait profiter à son auteur. C) Aucun des chefs de parti présents lors de cet exercice n’avait de toute manière suffisamment de temps pour présenter de façon un peu substantielle ne serait-ce qu’un élément de son programme ou de sa pensée politique. D) En un mot comme en cent, un tel débat ne permet aucunement d’apprécier ces individus à leur juste valeur : qu’il s’agisse d’Yves-François Blanchet ou d’Elizabeth May, de Justin Trudeau ou d’Andrew Sheer, de Jagmeet Singh ou même de Maxime Bernier. E) De toute façon, à l’occasion d’un tel débat, personne ne s’occupe vraiment des questions qu’on pose ou des sujets qu’on aborde : pour tout le monde en effet, la seule et unique chose qui compte, c’est de passer certains éléments de message, quitte – pour ce faire – à détourner le sens de n’importe quelle question en vue de « caser » ce qu’on veut dire en y répondant. Voir dans un tel exercice un élément majeur de la vie démocratique me paraît donc non seulement insignifiant, mais risqué, périlleux…

238 L’insanité de Donald Trump fait de plus en plus consensus. L’idée voulant qu’il se donne délibérément un air imbécile ne tient plus la route, car il est devenu évident qu’il se nuit désormais à lui-mème bien davantage qu’à ses adversaires en agissant comme il le fait. En ce sens l’insanité de Donald Trump nous protège du pire. Imaginez de quoi il serait capable s’il était pleinement maître de ses actes au lieu d’être victime de son impulsivité maladive et de sa perception pathologique de lui-même et du monde ?

239 Le premier ministre Legault se déclare favorable au projet de gazoduc GNL avec le transport maritime qu’il entraînera, il soutient la cimenterie de Port-Daniel sachant que le ciment constitue une source majeure de pollution, il ne veut surtout pas que l’île d’Anticosti soit inscrite au Patrimoine naturel mondial alors qu’on y trouve des caractéristiques uniques, il tient au troisième lien entre Québec et Lévis à l’encontre des avis unanimes de gens compétents, bref on voit bien que cet individu n’a aucun souci réel de l’environnement. Et il prétend le contraire allant jusqu’à invoquer ses propres enfants auxquels il ne voudrait pas léguer un monde contaminé. Il ne lui a pas suffi de rompre ses engagements à l’égard des signataires du Pacte pour la transition de Dominic Champagne et Cie que plus de 280 000 personnes ont signé, il s’est aussi fait un devoir d’ignorer la marche pour l’environnement de plus de 500 000 personnes soulevées par Greta Thunberg. Que dire devant tant de mauvaise foi ou, pire encore, devant tant de bonne foi si complètement dépourvue de lucidité scientifique, de capacité de choisir selon les données probantes et de courage d’agir en conséquence ? Je ne suis pas un défenseur des décisions prises sur la seule base du grand nombre de gens qui souhaitent ceci ou cela. Mais il arrive présentement qu’il y a un consensus scientifique sur de nombreuses questions environnementales, et ce, de la part de savants appartenant à de multiples disciplines et champs de recherche. Il se trouve de surcroît que de nombreux citoyens partagent le point de vue de la science, point de vue qui ne leur facilite pourtant pas la vie et qui annonce des jours difficiles. Dans ces conditions, je vois mal comment je pourrais conserver quelque estime pour le gouvernement Legault… à tout le moins à ce propos et tant qu’il ne réajustera pas le tir…

240 L’électorat canadien devra bientôt choisir entre deux chefs dont, apparemment, aucune majorité ne veut. Ce n’est pas la première fois que c’est ainsi, ce qui est regrettable, mais c’est pire que les fois antérieures. Voici pourquoi. La dernière élection fédérale a donné les résultats suivants (chiffres arrondis au plus près) : le Libéraux ont obtenu 40 % des voix, les Conservateurs 32 %, les Néo-démocrates 20 %, le Bloc québécois et le Parti vert moins de 5 % chacun. Si aucune majorité ne s’est imposée, il reste que ceux qui ont voté pour les Libéraux voulaient soutenir Justin Trudeau parce qu’ils croyaient en lui. À tort, diront certains, mais enfin c’est ce qu’ils croyaient à l’époque. Présentement, autant que je puisse voir, on ne veut pas choisir un chef, quel qu’il soit, parce qu’on croit en lui, mais parce qu’on juge l’autre chef pire encore. Autrement dit, nous serions en présence d’un véritable choix empoisonné entre deux maux, et l’on choisira le moindre sachant néanmoins que ça demeure un mal ! Je me permets ici une prédiction, ce que je m’interdis pourtant depuis toujours : si notre société ne trouve pas le moyen d’attirer en politique des gens inspirants par leur vision, par leur envergure, par leurs valeurs, le scepticisme va s’accroître, le phénomène d’abstentionnisme va s’intensifier, la vie démocratique va continuer sa dérive et, tôt ou tard, nous paierons le prix de notre incurie sous la forme d’un leader mal intentionné ou gravement incompétent ou d’un chef à la poigne de fer mal dominée ou mal orientée. La nature a horreur du vide. Et la politique également, aussi invraisemblable que ça puisse paraître dans le vide dont on semble s’accommoder depuis trop longtemps.

241 Pour compléter la précédente notule, je dois ajouter ceci. Les Québécois et les Canadiens sont un peuple calme, doux, paisible dont on dit souvent qu’il ne peut s’abandonner à des excès comme ceux qu’on observe présentement aux États-Unis, en Hongrie, en Pologne ou ailleurs dans le monde occidental (sans parler du reste du monde). Je crois qu’une telle conception témoigne d’une naïveté indéfendable à la lumière des connaissances historiques dont on dispose maintenant. On ne doit pas exclure, on ne peut pas exclure que des dérives puissent survenir chez nous comme elles surviennent ailleurs et même dans des pays qui devraient avoir été guéris à jamais de telles dérives par les événements tragiques qu’on y a vécu lors, par exemple, de le Seconde Guerre mondiale. Se croire à l’abri des déviations les pires, précisément parce qu’elles sont les pires et qu’elles nous répugnent actuellement, c’est un premier pas sur la pente savonneuse qui aboutit à l’acceptation de petites déviations au motif qu’il faut parfois faire des compromis risqués pour éviter le pire, tout en oubliant qu’on s’habitue vite aux petites déviations…

242 Il y a beaucoup de cinglé(e)s dans la société moderne. Y en a-t-il plus qu’avant ? Je ne saurais le dire avec certitude mais je parierais que oui. Il y en a plus en chiffres absolus vraisemblablement, car la population est bien plus grande maintenant qu’au XVIIIe siècle, par exemple. La question n’est donc pas là. Ce qu’il faudrait connaître, c’est la proportion de déséquilibrés dans nos populations pour pouvoir la comparer à la proportion correspondante dans les populations antérieures. Je doute qu’on puisse jamais parvenir à établir des données sur lesquelles tout le monde s’entendrait : nos instruments de mesure demeurent inadéquates en ces matières, surtout quand on les applique à des périodes éloignées dans le passé, et nos définitions de la démence, de la folie plus ou moins poussée, de l’aliénation mentale plus ou moins complète ou durable donnent lieu à des discussions serrées parmi les spécialistes en psychiatrie, en psychologie et en neurosciences. Il reste que des étudiants en plus grand nombre qu’auparavant attaquent physiquement leurs professeurs et pour des motifs plus variés que jamais (qui vont de l’échec à un examen à la punition imposée même à bon droit) ; que des élèves du secondaire mais aussi du primaire s’adonnent à des pratiques de harcèlement (bullying) parfois si cruelles qu’elles mènent les victimes au suicide ; que des employés tuent leur patron parce qu’on les a rétrogradés ou congédiés ou parce qu’on leur a refusé une promotion ou une augmentation de salaire ; que des individus, radicalisés ou non, tuent le plus grand nombre possible de gens dans des endroits publics ; que des personnes sans histoire jusque-là en arrivent à commettre l’irréparable parce qu’elles estiment devoir s’en prendre aux femmes ou aux homosexuels ou aux infidèles… Évidemment, de nos jours, les moyens techniques de mal faire sont plus répandus et plus efficaces, qu’il s’agisse des armes à feu ou des moyens de communication par Internet ou autrement. Considéré sous cet angle, le phénomène de la croissance des comportements dérangés relève peut-être simplement de la variété accrue des possibilités offertes aux cinglé(e)s de libérer leurs tendances désaxées. Mais il ne faudrait pas trop vite en arriver à cette conclusion. Si l’on tient à réduire toutes ces pratiques démentes, il faut accepter de formuler des hypothèses qui ne nous plaisent pas mais qui mettront peut-être le doigt sur une ou des explications à prendre en compte. À côté du contrôle des armes à feu, y a-t-il d’autres contrôles qui s’imposeraient ? Doit-on en envisager à l’égard d’Internet (en ce qui touche la pornographie infantile, entre autres) ? À l’égard des jeux vidéo (surtout peut-être en ce qui concerne les jeux hyper-violents destinés aux jeunes) ? Convient-il d’imposer certaines pratiques dans le champs de l’éducation ou, au contraire, d’exclure certaines pratiques qui y sont présentement admises ? Je suis personnellement favorable à la légalisation du cannabis et de toutes les drogues d’ailleurs, mais est-ce une bonne chose, fût-ce dans le seul cas du cannabis ? J’ai le sentiment justifié ou non, je l’ignore que notre société réalise que les déséquilibres mentaux deviennent de plus en plus nombreux, de plus en plus profonds peut-être, de plus en plus ravageurs probablement et qu’il faut intervenir pour qu’on ne soit pas submergé par cet inquiétant phénomène. Simultanément, j’ai l’impression que cette même société refuse d’envisager certains ajustements éventuellement indispensables. Non pas qu’elle refuse de les mettre en œuvre : on n’en est pas encore là… Mais elle refuse de les envisager… Si tel est bien le cas, nous pourrions avoir de redoutables surprises…

14. X. 2019

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