XXXI – NOTULES (139 à 149) : Bombardier et Bellemare, paroles inutiles, vivre ou mentir, de l’échec au succès, la bonté des animaux, influence durable, l’État et l’information, la politesse, la valeur des adversaires, le voile islamique, la loi de la majorité

139S’agissant des coupures de poste chez Bombardier qui a reçu tant de subventions gouvernementales et de la rémunération honteuse dans les circonstances du PDG de l’entreprise Alain Bellemare, le journaliste et historien Jean-François Nadeau touche atrocement juste lorsqu’il affirme : « Devant ce désastre social et économique, l’hypocrisie sociale des classes dirigeantes demeure affligeante. La médiocrité assumée de leur ambition personnelle n’arrange rien, il est vrai. Ces gens-là s’adorent sans limites, au point d’oublier la réalité du monde dont ils fixent les horloges. » (Jean-François NADEAU, » Violence », Le Devoir, 12 novembre 2018, p. A 3.) Il n’y a rien à ajouter à ce désolant constat !

140 « Le nombre de choses qu’il n’y a pas lieu de dire augmente pour moi chaque jour. » (André GIDE, Journal, 8 septembre 1904.)

141 Le Président Trump a décidément beaucoup d’influence. À ce point qu’il oblige à revoir même les expressions les plus consacrées. Ainsi, il paraît désormais plus adapté de parler se struggle for lie que de struggle for life du moins dans son cas personnel !

142 La peur décourage l’initiative. La témérité en compromet le succès. L’audace et le courage tempérés de réalisme en assurent la réussite. Comme quoi un seul facteur peut mener à l’échec alors qu’il en faut plusieurs pour mener à bien une entreprise.

143 Les animaux n’ont aucune méchanceté. Quand on leur en attribue, c’est par anthropomorphisme. Puisqu’il en est ainsi, je me demande comment il faut comprendre l’attitude des gens qui n’aiment pas les animaux. (J’exclus évidemment de ce questionnement les personnes qui éprouvent des allergies spécifiques…)

144 L’influence la plus durable est souvent celle des gens qui n’ont pas d’importance sociale majeure durant leur vie. Par exemple, celle d’un peintre qui a crevé de faim durant toute son existence et dont les tableaux, qui valent maintenant une fortune et constituent désormais de véritables normes, se retrouvent dans les plus grandes collections ou les musées les plus prestigieux. Paradoxe de l’influence !

145 Tout compte fait, je ne me réjouis pas vraiment de l’aide gouvernementale apportée par l’État aux médias d’information. Soutenant un tel point de vue, je suis bien conscient d’aller à contre-courant. Je sais bien que les meilleurs médias, notamment la BBC, jouissent du soutien de l’État. Mais je sais aussi que les conditions d’un tel soutien vont de pair avec un certain nombre d’exigences dont le respect n’est ni facile ni assuré. Il me semble que soutenir une grande chaîne de télévision (SRC, CBC, BBC, etc.), c’est une chose alors que soutenir des journaux, c’est autre chose. Je pose ici quelques questions pour jeter un certain éclairage sur mes préoccupations. Si quelqu’un ou quelque groupe veut fonder un nouveau journal, lui accordera-t-on des subventions ? Sinon, à partir de quels critères les lui refusera-t-on ? Le comité de pairs qu’on a prévuconstitué donc de journalistes qui seraient chargés des arbitrages en la matière – consentira-t-il à la mise sur pied d’un nouvel organe de presse qui divisera le lectorat et réduira la part de la « tarte des subventions » accessibles à chacun ? Ou j’ai l’esprit tordu ou j’ai raison de me demander si l’on ne court pas désormais le risque d’un contrôle du monde de l’information sous une forme plus diffuse que la censure mais non moins efficace peut-être… Les journalistes d’expérience – et en particulier ceux pour lesquels j’ai le plus de respect assurent qu’il faut vraiment ne rien comprendre au fonctionnement du monde journalistique pour craindre que de telles subventions puissent compromettre la liberté d’une salle de presse. De leur part, l’argument me surprend. Seraient-ils sérieusement prêts à soutenir que seul le monde des médias a les moyens d’échapper à cette influence ? Je reviens sur une différence non négligeable à mon avis : soutenir la SRC/CBC et soutenir des journaux, ce n’est pas la même chose !

146 La seule forme de politesse des gens grossiers, c’est l’hypocrisie.

147 On peut apprécier la valeur de quelqu’un à celle de ses adversaires.

148 Je suis contre l’interdiction du port du voile islamique. Ma position en ce domaine va à l’encontre du sentiment nettement majoritaire des Québécois. Et à l’encontre de la position du nouveau gouvernement du Québec, la CAQ souhaitant même étendre l’interdiction aux enseignants (au-delà des personnes en autorité identifiées par la Commission Bouchard-Taylor, c’est-à-dire les juges, les policiers, les gardiens de prison). Je suis bouleversé par la facilité et la légèreté avec laquelle nous sommes prêts à gruger les libertés fondamentales, établissant par là des précédents qui pourraient fort bien revenir nous hanter un jour. Je n’ai pas la foi. Mais je tiens à la liberté de religion. La vraie question, me semble-t-il, est celle-ci : la liberté religieuse constitue-t-elle, oui ou non, l’une des libertés fondamentales à protéger ?

149 – La loi de la majorité constitue l’une des menaces les plus insidieuses aux valeurs de notre société. Car si les pouvoirs de la majorité ne sont pas réellement limités, fatalement ils donneront lieu à des abus. L’Histoire est là qui nous l’enseigne, et de nombreux penseurs ont expliqué les raisons de cet état de choses. Aussi quand un gouvernement invoque l’accord de la majorité pour adopter une loi (par exemple, celle qui interdit le port du voile islamique), je m’oppose en principe à son choix. Il faut qu’il y ait un ou plusieurs autres motifs défendables d’adopter une loi, que cette loi me plaise ou non. Si le seul critère auquel on accepte de se soumettre réside dans la majorité, c’en est fait de nous…

3. XII. 2018