XX – NOTULES (53 à 57) : La fin des « Trente Glorieuses », les femmes et l’ONU, les grands personnages, la vie qu’on évite et celle qu’on ose

53 – L’expression « Trente Glorieuses » désigne la période de trente années de prospérité sans précédent (en Occident surtout) qui s’étend de 1946 à 1975. Matteo Renzi (Italie), Justin Trudeau (Canada), Emmanuel Macron (France), Alexis Tsipras (Grèce), Charles Michel (Belgique), tous ces dirigeants ou ex-dirigeants politiques sont nés après 1970 et ont reçu leur éducation supérieure après 1975. Leur arrivée au pouvoir marque le début de la véritable fin des « Trente Glorieuses ». Car jusqu’à présent les dirigeants étaient tous issus de ces trente années remarquables mais incontestablement révolues aussi bien du point de vue de la croissance économique que de la conception des affrontements politico-militaires ou des urgences climatiques. Angela Merkel (Allemagne) demeure une chef de gouvernement admirable mais elle appartient à une autre génération comme Theresa May (Royaume-Uni), Xi Jinping (Chine), Narendra Modi (Inde), Vladimir Poutine (Russie), Shinzo Abe (Japon), Rodrigo Duterte (Philippines), Donald Trump (USA) et de nombreux autres. Les ajustements sociaux que requiert la situation mondiale actuelle seront introduits d’autant plus facilement que la jeune génération sera plus largement représentée au sein des chefs d’État et de gouvernement (et d’entreprises privées comme publiques). Non pas que les dirigeants d’un certain âge soient inaptes à mener à bien les transformations nécessaires mais parce que cette génération de dirigeants n’a déjà plus la sensibilité qui correspond à l’air du temps. Or une telle sensibilité commande plus ou moins tout, du choix de ses collaborateurs à l’établissement de ses priorités, des méthodes de gestion aux mécanismes de prises de décision. Il y a là, dira-t-on, une espèce d’effet de mode. Peut-être. Mais qui peut nier qu’un tel effet doive être assumé d’une façon ou d’une autre ?

54 – Il y a quelques jours l’Arabie saoudite a été élue membre de la Commission de la condition de la femme de l’ONU. Cette seule constatation devrait constituer en soi un scandale. Et à bon droit on l’a dénoncée sur de multiples tribunes. Toutefois, au risque de me faire détester durablement, j’estime nécessaire d’attirer l’attention sur un fait accablant : d’après le ministère québécois de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, « En 2017, les ventes au détail [ mondiales ] de cette industrie [ l’industrie des cosmétiques et des soins personnels ] devraient atteindre 425,5 milliards de dollars US, ce qui constitue une croissance de 23,4 % par rapport à 2012 » (Profil industriel. Cosmétiques et soins personnels, p. 6. Document disponible en ligne à l’adresse URL suivante : : https://www.economie.gouv.qc.ca/fileadmin/contenu/publications/portraits_industriels/profil_cosmetiques_soins_personnels.pdf). À titre de comparaison, rappelons que les revenus totaux d’un pays aussi riche que le Canada s’établissent à 303 milliards de dollars CAN (= 225 milliards de dollars US) pour l’année 2017 et ceux du Québec à 106 milliards de dollars CAN (= 78,8 milliards de dollars US) pour le même exercice. Il n’y a pas seulement l’Arabie saoudite qui n’aide pas – c’est le moins qu’on puisse dire – la situation de la femme. Tant et aussi longtemps que nos propres sociétés « développées » resteront ainsi conçues que de pareilles sommes seront consacrées au fard à paupières, au lait démaquillant, au traitement du visage ou des comédons et à tant d’autres choses d’une importance aussi manifeste ( ! ), tant et aussi longtemps donc que notre échelle de valeurs permettra, encouragera même de tels choix, je me dis qu’il y a beaucoup à faire chez nous. Je me demande d’ailleurs ce que des femmes comme Angela Merkel, Marie Curie, Camille Claudel, Indira Gandhi, Christine Lagarde, Malala Yousafzai, Janet Yellen, Rosa Parks, Florence Nightingale, Jane Goodall pour ne mentionner que celles-là, pensent ou auraient pensé d’un tel phénomène. Je me le demande…

55 – « Dans les événements historiques, les grands personnages sont des étiquettes qui donnent un nom à l’événement, mais, à l’instar des étiquettes, ils ont fort peu de liens avec l’événement lui-même. » (Léon TOLSTOÏ, La Guerre et la paix.)

56 – Il y a des personnes qui se sauvent de la vie comme il y a des soldats qui se sauvent de la mitraille.

57 – Pour voler de ses propres ailes, il faut d’une manière ou d’une autre se lancer dans le vide. Et il faut qu’on n’empêche pas ce saut potentiellement dangereux. En d’autres termes, il faut accepter le risque d’échec et, donc, le cas échéant, l’échec lui-même.

29. V. 2017