XVIII – NOTULES (43 à 47) : Le jugement de Trump, le courage de Charles Taylor et le fondement de la morale

43 – Trump manque de jugement plus gravement encore que tout ce qu’on a pu croire. Lors du départ obligé de son conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, il a déclaré que le sort réservé à ce dernier était triste puisque les médias l’avaient mal, c’est-à-dire injustement, traité et que les services de renseignements, en l’occurrence le FBI et la NSA, avaient rendues publiques des informations exactes qu’elles auraient dû taire. Il y a ici deux éléments : le fait de rendre publics des renseignements que la loi interdit de rendre publics est indiscutablement inadmissible; le fait que les informations communiquées soient exactes est souhaitable (car on ne peut raisonnablement souhaiter qu’on nous donne des renseignements faux). Autrement dit, le fait que Michael Flynn ait eu – sans mandat et avant même d’avoir été nommé à son poste – des conversations pour le moins suspectes avec les autorités russes ne pose aucun problème de l’avis du Président Trump. Le problème, c’est l’attitude des médias et, surtout, du FBI et de la NSA. Le contexte de l’intervention de Donald Trump à ce sujet ne laisse aucune place au doute : il n’y aurait pas eu de problème si le FBI et la NSA n’avaient rien dit, n’avaient rien fait ou encore si les informations rendues publiques n’avaient pas révélé ce que l’on sait. Bref, tout irait mieux si les services de renseignements américains avaient menti (dans ce cas-ci, d’après Trump, soit par omission du fait du silence qu’ils auraient dû garder, soit par commission du fait de l’inexactitude dont ils auraient dû affubler les renseignements rendus publics).

Quand un chef d’État en arrive à regretter que des corps publics officiels disent vrai, il y a clairement un problème et un problème grave.

Je ne suis pas naïf. Nombre de chefs d’État mentent et mentent régulièrement. Nombre de corps publics officiels mentent et mentent régulièrement. Mais jamais ni un chef d’État ni un corps public officiel n’ont soutenu qu’il faut mentir et n’ont exprimé des regrets lorsque la vérité a été révélée. C’est là le strict minimum éthique requis pour le fonctionnement non seulement de l’État mais de la vie sociale dans son ensemble. C’est sur la base de ce strict minimum qu’on peut encore condamner et punir le mensonge.

À défaut de ce strict minimum, on ne peut même plus dénoncer la malhonnêteté (et Nixon aurait paisiblement complété son mandat).

44 – Le courage de Charles Taylor m’impressionne. Peu importe qu’on soit ou non d’accord avec lui, voici une personne qui accepte lucidement de s’exposer à toutes sortes de réactions, certaines vicieuses, quelques-unes laudatives, la plupart dénonciatrices aux motifs les plus divers – et qui l’accepte pour corriger sa position en une matière socialement discutée, délicate, explosive même aux dires de certains. Rares sont les intellectuels qui consentent à une manœuvre aussi périlleuse. Car il faut bien en convenir : le conformisme intellectuel est si puissant que très peu de penseurs, notamment d’universitaires, osent s’en distancer. Je parle bien ici de « prendre ses distances », je ne parle pas de dénoncer, je ne parle pas de revenir sur ses propres propos pour en ajuster le tir. Cette dernière attitude suppose une force de caractère devenue si rare qu’il faut s’en émerveiller lorsque on la voit.

45 – Les États-Unis d’Amérique ont besoin d’urgence d’un Président alternatif…

46 – « Si le hasard eût fait l’univers, qu’est-ce que signifieraient conscience, remords, et dévouement ? » (Eugène Delacroix, Journal, 12 octobre 1822.) Ce point de vue d’Eugène Delacroix recoupe celui de Fiodor Dostoïevski tel qu’on le trouve dans Les frères Karamazov et dans Crime et châtiment et qu’on exprime habituellement en attribuant au romancier russe cette phrase devenue célèbre : «Si Dieu n’existe pas, tout est permis. » Donc, dans cette perspective, en l’absence de Dieu, remplacé (ou pas) par le hasard ou par tout autre facteur non divin, il n’existerait aucun critère moral au sens fort du terme, c’est-à-dire aucun critère ultime et, par là, indiscutable. N’ayant pas la foi, j’incline à croire exacte cette affirmation lourde de conséquences. Et je pense qu’une partie non négligeable des problèmes dits éthiques que nous rencontrons de nos jours provient justement de ce que l’absence d’un critère absolu constitue une idée de plus en plus répandue. C’est d’ailleurs cette idée – certaine d’après les uns, probable ou à tout le moins possible d’après les autres – qui a mené à la création des comités d’éthique et donc de la carrière d’éthicien, le tout devant permettre de trouver éventuellement en de multiples matières délicates des consensus sur le caractère admissible ou condamnable – moralement – d’un certain nombre d’actes dont la valeur se trouve désormais déterminée, pour ainsi dire, par le sentiment public dominant…

47 – « (…) la plus haute forme de vertu, la seule que je supporte encore : la ferme détermination d’être utile. » (Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien.) Cette remarque de Marguerite Yourcenar ne pourrait-elle pas constituer un point de départ fécond en vue d’élaborer une éthique acceptable à toutes les personnes de bonne volonté, quelles que soient par ailleurs leurs convictions religieuses (théisme, athéisme, agnosticisme…), métaphysiques (scepticisme, scientisme, nihilisme…) ou autres ? Après tout, on voit mal comment et au nom de quoi on pourrait souhaiter être inutile ou, pire encore, nuisible…

3. III. 2017

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