XVII – NOTULES (36 à 42) : LE CAS TRUMP

36 – Que dire de la vie intérieure de Donald Trump sinon qu’elle se caractérise, en toute vraisemblance, par la fatuité dans la vacuité ?

37 – À lancer de la boue, on perd du terrain. Donald Trump aurait avantage à méditer ce constat avant d’insulter à nouveau les femmes, avant de vomir une fois de plus sur les journalistes, avant d’attaquer encore ses prédécesseurs qui n’auraient rien fait d’autre que parler, prétend-il, alors que lui, bien évidemment, il agira…

38 – Les journalistes ne sont pas sans défaut. Personne n’est sans défaut. Mais la presse et sa liberté sont sans équivalent pour contenir en les dénonçant les abus du pouvoir. Le pouvoir qui veut abuser s’attaque donc à certains journalistes dans l’espoir que, par généralisation, le journalisme lui-même se trouve disqualifié. Demeurer conscient de cette basse manœuvre constitue notre première ligne de défense contre la tyrannie… ou contre la vanité trop souvent soucieuse de vengeance dont semble bien faire preuve le nouveau président américain.

39 – Quand un individu se replie sur soi, cet individu court un danger bien connu. Quand un État se replie sur soi, cet État court aussi un danger. Le fait même qu’un individu se replie sur soi constitue un signe – un signe clinique, devrais-je préciser – du danger qui le menace et qui, en réalité, l’atteint déjà. Il en est ainsi également pour tout État qui donne dans le repli. Or, à l’heure actuelle, nombre d’États ont amorcé un tel processus de repli. Voilà donc un signe quasiment objectif de la pathologie dont souffrent plusieurs sociétés actuelles.

De nombreux observateurs signalent d’ailleurs un malaise répandu à peu près partout en Occident : on aurait perdu confiance dans les « élites », dans le processus démocratique lui-même, voire dans l’avenir… En un mot, le désarroi régnerait maintenant en maître dans nos sociétés dont l’organisation étatique ferait l’expérience d’une déroute sans précédent à cette échelle… Il y a probablement du vrai dans tout ça…

À tout le moins, l’élection récente de Donald Trump vient encore alimenter cette façon de voir. Après la déconfiture de Matteo Renzi en Italie et celle de David Cameron en Grande-Bretagne, alors que Viktor Orban entraîne la Hongrie dans un virage à droite nettement fascisant et que, aux Pays-Bas et en France, Geert Wilders et Marine Le Pen pourraient fort bien marquer des points lors des prochaines élections, il y a lieu de se questionner.

40 – Se centrer sur soi-même, se montrer au sens propre du terme égocentrique, voilà, je pense, l’erreur capitale que commet Donald Trump. Non pas parce qu’il s’imagine constituer le centre d’attention, non pas parce qu’il constate qu’il l’est effectivement devenu en de nombreux milieux, mais pour une tout autre raison.

En se donnant lui-même comme centre d’intérêt, il s’expose inévitablement à l’examen des journalistes, de ceux donc dont il dénonce le prétendu parti pris qui le prendrait pour cible. Celui qui veut agir sans que ses actes ne soient constamment scrutés s’efforce de passer inaperçu, il se laisse ignorer et permet à d’autres d’occuper l’avant-scène. Dans un tel cas, s’effacer, c’est l’enfance de l’art.

Mais Donald Trump veut simultanément qu’on le voie toujours et qu’on ne le critique jamais. Or je connais des enfants qui savent éviter un tel piège…

41 – Soyons réalistes. Le président Trump rendra des services que, probablement, personne d’autre ne pourrait rendre. Quand on est pris dans un guêpier, il peut se faire que, pour en sortir, on doive y donner un vigoureux coup de pied. Or c’est dangereux, ce qui explique que presque aucun politicien n’a osé ou n’ose encore le faire. À leur manière, les grosses machines gouvernementales sont devenues des guêpiers dont on essaie partout de se libérer tant bien que mal et avec le succès tout relatif que l’on sait. À cet égard, les ruades du président Trump permettront peut-être d’amorcer un processus dont les résultats ne seront pas tous négatifs. Ainsi, il veut supprimer 75 % de la réglementation gouvernementale. Vraisemblablement, ce pourcentage est trop élevé. Mais qui pourrait nier que, en Occident, les réglementations constituent désormais trop souvent de véritables entraves à des initiatives pourtant prometteuses, peut-être même nécessaires ?

En d’autres termes, même Donald Trump pourrait faire un certain nombre de bonnes choses. C’est assez dire que le scénario le moins prometteur ou le plus désastreux peut malgré tout mener à des résultats plus ou moins tolérables.

42 – Dans ses Aphorismes du temps présent, Gustave Le Bon écrit ceci : « Chez beaucoup d’hommes, la parole précède la pensée. Ils savent seulement ce qu’ils pensent après avoir entendu ce qu’ils disent. » Donald Trump s’entend-il ?

26. I. 2017