X – NOTULES (19 à 23)

19 – La fable du bon peuple et ses hauts dirigeants

Il était une fois un peuple composé de gens de bon sens qui avaient su tirer leur épingle du jeu dans des circonstances vraiment délicates.

Vivant à proximité d’un géant dangereux même s’il ne le veut pas, tant ses mouvements peuvent tout écraser du fait de sa seule taille, ce peuple devait en outre livrer de multiples batailles démographiques, culturelles, linguistiques, entre autres. Il lui fallait aussi composer avec les suites d’événements anciens, militaires aussi bien que politiques, et avec des compatriotes n’appartenant pas nécessairement à sa famille religieuse, idéologique ou sociale…

Ces braves gens se trouvaient sous la gouverne de deux partis de dirigeants extraordinairement singuliers : le parti des Étourdis et le parti des Monomanes. Situation extravagante, stupéfiante même, tant les dirigeants différaient de ces bonnes gens qui les avaient pourtant élus.

Le parti des Étourdis portait son nom à merveille. Il changeait de cap à tout moment, faisait fréquemment des virages à 90° et parfois plus, transformait complètement son approche qu’il avait pourtant hier encore défendu comme la seule possible, revenait sur ses pas à une fréquence suspecte, reculait à défaut de pouvoir avancer ne sachant même pas apparemment faire du sur-place.

Le parti des Monomanes méritait pleinement son nom lui aussi. Une seule chose l’intéressait véritablement. Tout tournait autour d’elle : on allait demander aux bonnes gens leur opinion sur cette fameuse chose, on allait la leur demander une, deux, trois fois, autant de fois que nécessaire pour obtenir la réponse appropriée. En attendant, on peaufinait la stratégie qui devait permettre cette opération : annoncer ou pas la consultation sur cette chose, prévoir ou non un délai précis pour la tenir, cette consultation, fixer les termes et les modalités de la question à soumettre au bon peuple.

Les Étourdis et les Monomanes, tous deux gravement atteints, ne s’apercevaient pas que les braves gens étaient ahuris, vraiment ahuris par leur comportement. « Comment les Monomanes peuvent-ils ergoter sur des balivernes pareilles ? » se demandait le bon peuple. « Comment les Étourdis peuvent-ils continuer à détourner le regard des manœuvres frauduleuses de toutes sortes ? » questionnaient les braves gens.

Évidemment les bons citoyens n’étaient pas en mesure de formuler nettement leurs griefs, d’exposer doctement leurs réclamations et encore moins de suggérer des solutions réellement praticables. Pour cela, ils croyaient qu’on devait s’en remettre aux dirigeants. Après tout, leur avait-on appris, ce sont là les élites de la société et l’on peut compter sur elles.

Leur déception fut à la mesure des sottises de leurs dirigeants : abyssale ! Ils se mirent alors à regarder autour. Ils constatèrent qu’il y avait d’autres partis qui n’avaient pas encore été corrompus par le pouvoir, qui ne cédaient à aucune obsession et que peut-être ils auraient avantage à essayer.

Ils en étaient là de leur réflexion lorsque de nouveaux dirigeants furent élus à un autre palier de gouvernement. Aimés par les uns, détestés par les autres, ces nouveaux dirigeants avaient de l’avis unanime insufflé un esprit neuf dans un milieu devenu suffocant. Un renouveau semblait enfin possible.

Et l’idée commença à germer chez le bon peuple qu’une opération du même type pourrait éventuellement donner des résultats comparables au palier de gouvernement qui les ahurissait tellement.

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20 – Les employés millionnaires de l’État

Je viens à l’instant de vérifier ce qu’il en est des rendements sur diverses formes de placements garantis. Sans entrer dans les arcanes de ce genre d’investissement (obligations du gouvernement acquises à escompte, certificats de placements garantis des institutions financières, produits indiciels, etc.), disons que les rendements « sécuritaires » ou « assurés » varient de 0,5 % à 3 % selon la durée du placement, l’importance du montant concerné, le véhicule de placement choisi. On peut évidemment obtenir un rendement plus élevé mais alors il n’est plus garanti (bien qu’il puisse être relativement probable).

Donc, quand un ex-employé de l’État jouit d’un revenu de pension « garanti » de 40 000 $ disons, cela signifie qu’il se trouve dans une situation correspondant à celle de quelqu’un qui disposerait d’un actif investi d’au moins 1,33 M $. Pour obtenir 30 000 $ de pension, il faut donc 1 M $, et 2 M $ sont requis pour générer une pension de 60 000 $ et ainsi de suite.

Or, d’après Revenu Québec, pour l’année d’imposition 2013, 43,47 % des particuliers au Québec disposaient d’un revenu annuel de 24 999 $ ou moins et 73,1 % d’un revenu égal ou inférieur à 49 999 $. Notons qu’il s’agit ici du revenu moyen et non médian et du revenu des particuliers et non des familles. En clair, plus de la moitié des particuliers au Québec avaient alors un revenu inférieur à 30 000 $ par année et près des ¾ d’entre eux avaient un revenu n’atteignant même pas les 50 000 $ annuels. À l’évidence, au Québec, la plupart des employés retraités de l’État jouissent donc d’un revenu de pension égal au supérieur à ce dont disposent ceux qui travaillent (ou qui sont en principe en âge de travailler mais qui peuvent se trouver au chômage ou handicapés) !

Il n’est pas question de nier qu’il y a eu des progrès significatifs dans la situation des revenus de toutes les classes sociales au Québec. Mais on ne peut non plus ignorer le fait que les salariés de l’État (fédéral, provincial, municipal) bénéficient, c’est le cas de le dire, d’une rente incomparable quel que soit leur secteur d’activité (fonction publique, enseignement, services de santé, corps policiers, sociétés d’État, etc.). Et je ne parle pas ici des médecins, des sous-ministres et directeurs de services, des dirigeants d’universités et de sociétés d’État ainsi que des « tablettés » de toutes sortes…

En un mot comme en mille, un bon nombre des retraités des services de l’État sont en fait des millionnaires qui bénéficient du rendement de leurs actifs. Tel d’entre eux, s’il avait été à son compte, aurait pu avoir un revenu de retraite garanti de 60 000  s’il avait épargné et investi 2 M $, tel autre pourrait toucher ses 50 000 $ aux mêmes conditions de garantie s’il avait accumulé et placé 1,66 M $. Il n’y a finalement qu’une différence entre les retraités de l’État dont je parle ici et les millionnaires au sens conventionnel du terme : ces derniers peuvent léguer leurs millions à leurs descendants, les premiers ne le peuvent pas, car ils doivent – les pauvres ! – se contenter uniquement du rendement qu’ils en tirent.

Bien sûr, ils transmettent quelque chose à leurs descendants, mais ce quelque chose, c’est la portion de la dette publique encourue pour honorer les obligations contractées à leur égard ! 

Devant de telles données, comment ne pas ressentir un malaise lorsqu’on songe à ceux – à celles surtout – qui ont trimé dur, payé de lourds impôts et taxes par comparaison à leurs maigres revenus, et qui n’ont rien d’autre (ou presque) à leur retraite que leur rente du Québec et leur pension du Canada et, le cas échéant – ce qui signale leur pauvreté relative – leur supplément de revenu garanti ?  Mais on rationalise, on rationalise tout, cela comme le reste. Car enfin elles n’ont pas besoin de tellement plus, n’est-ce pas, ces personnes, puisqu’elles meurent plus jeunes que celles dont les revenus sont plus élevés…

Comme disait Jean Narrache, « la vie, c’est ben mal emmanché.» !

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21 – La crainte de l’Islam

J’entends encore une quantité incroyable d’inepties au sujet de l’Islam et du danger qu’il nous ferait courir. Il y a plus de 1,3 milliards de musulmans dans le monde, et d’aucuns persistent encore et toujours à dire que les musulmans sont fanatiques, voire terroristes, qu’ils vont envahir l’Occident qu’ils sont en train d’endormir pour le maîtriser…

Pourtant, les conflits impliquant l’Islam à un titre ou à un autre ont jusqu’ici nui d’abord et avant tout aux musulmans eux-mêmes, détruit le tourisme en Égypte et en Tunisie, ravagé en raison de conflits largement internes des pays comme la Syrie, fortement ébranlé des États aussi différents que la Turquie et la Lybie, entraîné la migration de millions de personnes qui ne cherchent jamais – ce qui en dit long – à se rendre dans d’autres pays musulmans pourtant extrêmement riches dans certains cas. Voilà qui est tout de même fort significatif et il faut y insister : les musulmans qui fuient des zones musulmanes de guerre ou de toute autre forme de détresse ne cherchent pas à fuir vers d’autres pays musulmans !

Indépendamment de tout conflit, l’Islam qui n’a pas su évoluer jusqu’à maintenant maintient la moitié de la population qui s’en réclame – les femmes – dans une situation d’infériorité préjudiciable à la société même dont elles font partie.

Les franges les plus radicales empêchent toute éducation sérieuse dans des régions du monde où l’on en aurait immensément besoin, comme l’Afghanistan.

Même les États arabo-musulmans aux coffres les mieux garnis font face à des défis qu’ils ne sont absolument pas certains de pouvoir relever comme l’Arabie saoudite, le Qatar, les Émirat arabes unis dont la transition d’une économie du pétrole à une économie autre s’annonce d’autant plus difficile que leur population n’est pas vraiment habituée à travailler et se complaît trop souvent dans une jouissance stérile à long terme de la rente pétrolière.

L’Iraq, l’Iran, l’Arabie saoudite, entre autres, se battent, se nuisent, se bloquent mutuellement et de plus en plus, les guerres intestines s’ajoutant aux guerres entre pays « frères ».

Aucune de ces sociétés musulmanes, sauf un peu la Turquie et quelques États non arabes aux limites de l’écoumène musulman (par exemple, l’Indonésie), ne dispose des grandes infrastructures physiques et sociales caractéristiques des sociétés avancées : réseau de maisons d’enseignement primaire, secondaire, pré-universitaire et universitaire bien dotées en personnels compétents et en équipements adéquats, grands mécanismes d’adaptation de la main-d’œuvre aux évolutions techniques (via la formation en cours d’emploi ou les dispositions d’assurance-chômage), établissements scientifiques et industriels de pointe en aéronautique, en informatique, en biologie, en pharmacologie ou en agronomie.

Plus gravement encore, les ressources humaines qualifiées leur font défaut, même leurs propres citoyens qualifiés qui trop souvent ne veulent plus rentrer chez eux une fois complétée leur éducation spécialisée dans les institutions occidentales.

J’ai beau chercher les armes dont disposeraient ces gens pour nous menacer, je ne les trouve nulle part. Ces gens peuvent évidemment nuire, embêter, apeurer, causer des dommages, faire exploser des avions, tuer des Occidentaux par dizaines, voire par centaines, mais cela ne représente jamais plus que l’équivalent de la résistance pendant la dernière guerre mondiale.

La résistance sème des embûches, crée des embarras parfois tragiques, mais le résistance ne gagne pas la guerre.

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22 – La censure et le ridicule

On a fait tout un plat de la décision de ne pas autoriser certains propos de quelques humoristes à l’occasion d’un spectacle diffusé par la Société Radio-Canada. On a alors crié à la censure et on a fait des manifestations témoignant de la gravité de l’enjeu.

Si, en principe, la question de la censure constitue l’une des plus importantes en démocratie, en pratique le cas qui nous occupe est d’une futilité déconcertante. Un assureur estime, à tort ou à raison, qu’il ne peut couvrir le risque de poursuite trop élevé selon lui découlant des propos mis en cause. Et le télé-diffuseur ne veut pas en conséquence mettre en ondes la portion concernée du spectacle. Point. C’est tout. Personne n’interdit aux humoristes visés de procéder comme bon leur semble. La seule chose qu’on leur dit, c’est que l’assureur ne veut pas couvrir et que la SRC ne veut pas diffuser les passages litigieux du spectacle. Il leur est tout à fait loisible de présenter leur spectacle ailleurs, sur Internet, dans un théâtre, etc. Cela n’est pas de la censure. C’est du choix, et du choix normal, qu’on peut détester ou adorer comme des tas d’autres choix dans de nombreux domaines.

Ceux qui savent ce qu’est le totalitarisme savent que la censure interdit totalement ce qu’elle interdit. Elle l’interdit sous forme orale ou écrite ou même mimée (si ça s’y prête). Elle l’interdit sur scène, à la radio, à la télé, dans les journaux, les revues, sur Internet, elle l’interdit partout. Sous Staline ou Mao autrefois, comme présentement sous Kim Jong-un, la censure est sans faille. Elle permet d’ailleurs de reconnaître un régime totalitaire puisqu’elle en est l’une des caractéristiques. Rien de tel n’est ici en cause. Nos humoristes peuvent présenter intégralement leur spectacle mais sous une autre égide.

Cette manière de faire existe dans les sociétés les plus ouvertes. En France, au Royaume-Uni, en Allemagne, aux États-Unis, pour ne citer que ces cas, il existe des publications qui ne feront jamais paraître certains textes, lesquels pourront être publiés ailleurs.

Le journal L’Humanité, fondé par Jaurès et longtemps haut-parleur officiel du PCF (parti communiste français), ne publie pas les articles qu’on trouve dans Rivarol, un des organes de l’extrême droite en France, et inversement. Chez nous, pour ne donner que quelques exemples, Le Couac et Le Mouton noir ne font pas paraître le même genre de documents que Relations ou L’Actualité. Personne ne s’offusque de pareille situation. L’ensemble des points de vue peuvent s’exprimer dans une même société mais pas nécessairement au même endroit.

On dira que c’est ici le diffuseur public, donc payé par tous, qui a « censuré » les humoristes. Mais justement s’il est poursuivi, c’est tout le monde qui devra payer. Je vois d’ici ce qui surviendrait s’il fallait que la SRC verse en dédommagement des millions de dollars pris dans la poche des contribuables au motif qu’à tout bout de champ l’un des spectacles qu’elle diffuse se mérite une condamnation pour libelle diffamatoire ou pour toute autre gentillesse !

Si la SRC était seule à pouvoir présenter telle ou telle catégorie de spectacles, la situation pourrait commander une analyse fort différente. Mais ce n’est pas le cas. Parler de censure dans la situation évoquée ici, c’est affirmer qu’aucun instrument de communication ne peut choisir ce qu’il va offrir à ses auditeurs ou spectateurs. C’est appliquer à chaque unité d’expression ce qui ne peut s’appliquer qu’à la société entière. Et, de surcroît, c’est imposer aux assureurs d’assurer n’importe quoi, avec les conséquences qu’on peut imaginer.

Une interdiction aussi absolue ne se justifie que dans des cas extrêmes, prévus dans nos lois et règlements. Ainsi je n’ai pas le droit d’affirmer que tel individu a commis tel viol ou tel meurtre quand je sais pertinemment que ce n’est pas le cas ou même si je ne puis établir que tel est le cas. Hormis ces rarissimes occurrences d’interdictions absolues qui justifient la censure au sens plein du mot, il est normal, compréhensible, souhaitable que chaque organe jouisse de la liberté d’expression qui consiste – il ne faut quand même pas l’oublier – dans la possibilité de dire ou de ne pas dire, d’écrire ou de ne pas écrire, de laisser dire ou écrire ou de ne pas laisser dire ou écrire telle ou telle chose tant et aussi longtemps que ladite chose pourra être présentée ailleurs dans la même société.

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23 – Deux traits politiques des Québécois

Soyons précis : ni moi ni personne ne peut parler des Québécois. Les Québécois, ça n’existe pas : certains Québécois présentent telle caractéristique, certains autres en présentent une différente, un troisième groupe se distingue d’une troisième manière, etc. Tel est l’ABC de l’analyse sociale. Une fois reconnu ce fait, il n’en reste pas moins que des traits dominants peuvent se dégager, à tout le moins des traits qui se retrouvent chez un grand nombre d’individus. En caricaturant, Yvon Deschamps avait ainsi décrit le Québécois : « […] le vrai Québécois sait qu’est-ce qu’y veut. Pis qu’est-ce qu’y veut, c’t’un Québec indépendant, dans un Canada fort ». C’était avec humour mettre le doigt sur l’ambivalence – pour dire le moins – du Québécois.

À mon sens, il devient de plus en plus défendable de soutenir que les Québécois présentent simultanément deux traits qu’on devrait davantage prendre en considération ensemble. Les Québécois sont des modérés qui aiment la clarté : modération et clarté, voilà donc deux des traits décisifs de la personnalité des Québécois. Modération et clarté, car l’une ne va pas sans l’autre, comme on verra, la caractéristique du Québécois étant précisément l’union même de ces deux dispositions.

À première vue, ce que je dis ici paraît difficilement soutenable. Car, d’un côté, comme l’indiquent les sondages, les Québécois n’aiment pas que les candidats à la chefferie du PQ entretiennent le vague sur l’éventuel tenue d’un référendum lors d’un premier mandat qui leur serait confié ; mais, de l’autre, quand un certain PKP affirme nettement sa position en la matière, alors – ainsi que le montrent non seulement les sondages mais les faits – le PQ dégringole souverainement (sans jeu de mots) dans les intentions de vote même si le parti au pouvoir fait l’objet de critiques acerbes et incisives.

Mais il n’y a de contradiction qu’en apparence. Alors que Véronique Hivon et Alexandre Cloutier se révèlent modérés, leur démarche, notamment leur imprécision à l’égard du calendrier d’un possible référendum, est simultanément perçue comme dépourvue de clarté. Inversement, la déclaration fameuse de PKP accuse une clarté indiscutable, mais son poing levé laisse entrevoir une absence de modération. Ni l’un ni l’autre de ces deux cas de figure ne présente ensemble les deux caractéristiques susmentionnées. Autant qu’on puisse voir, ni l’une ni l’autre de ces attitudes n’inspirent les Québécois qui leur préfèrent manifestement et électoralement autre chose.

Pour sa part, Justin Trudeau refuse l’ambiguïté : il dit clairement qu’il ne veut pas aborder le contentieux constitutionnel canado-québécois et, en pleine campagne électorale, il proclame sans demi-teintes qu’il fera un déficit. Va donc pour la clarté.

En ce qui touche la modération, il en fait preuve en rejetant ouvertement toute forme de radicalisme, qu’il s’agisse de neutraliser les mesures extrêmes du gouvernement qui l’a précédé (par exemple, en ce qui touche le recensement et la liberté de parole des scientifiques à l’emploi de l’État) ou de répondre aux besoins criants des migrants de toutes sortes sans exagérer le nombre de personnes que le pays peut recevoir mais sans non plus les sélectionner en fonction de critères discriminatoires où règne la confusion (par exemple, en raison de l’association faite par d’aucuns entre une certaine religion et le terrorisme). Va donc aussi pour la modération. Autant qu’on puisse voir, ce type d’attitude inspire manifestement et électoralement les Québécois.

Sous ce rapport, le gouvernement Couillard pose un problème sui generis qui, à sa manière, vient néanmoins confirmer le refus par les Québécois de la confusion et du radicalisme. Le radicalisme d’abord : le gouvernement Couillard souhaitait apparemment signer la Constitution de 1982 dès l’an prochain, lors du cent cinquantième anniversaire de la Confédération, dût-il pour y arriver en temps ne rien pouvoir négocier en retour. Il a dû reculer, les Québécois estimant que c’était aller trop loin trop vite.

La confusion ensuite : le changement du tout au tout du gouvernement au sujet des élections scolaires qu’il veut désormais maintenir après avoir jugé indispensable de les supprimer et ses cafouillages invraisemblables dans le cas du ministère des Transports qu’il a finalement ouvert à la Vérificatrice générale après avoir assuré qu’il n’y avait rien là à vérifier, voilà deux situations parmi d’autres où le gouvernement Couillard s’est trouvé obligé par les Québécois à refaire ses devoirs, ce qui illustre leur constance à l’égard de la clarté et de la transparence.

Quelques cas, comme ceux que je viens d’évoquer, ne permettent évidemment pas de tirer des conclusions assertoriques. Plus ils se multiplient cependant, plus élevées sont les possibilités que ces conclusions touchent juste. Or, chacun peut en faire le test pour soi-même et vérifier ceci : pour qu’une mesure, une politique, un programme électoral soient adoptés par les Québécois, il devient quasi nécessaire qu’on y trouve à la fois la modération et la clarté. Ce refus simultané du radicalisme et de la confusion (opaque ou non) me paraît constituer un véritable fil d’Ariane lorsqu’il s’agit de comprendre le comportement et les choix des Québécois, tout spécialement lors de situations critiques comme ce fut le cas quand Bernard Drainville et le PQ ont proposé leur inénarrable Charte des valeurs.

Des positions à la fois claires et modérées, un programme politique doté des mêmes caractéristiques ne garantissent toutefois pas la victoire. Ni même d’ailleurs qu’on ait raison. Cela garantit qu’on se situe dans le registre dont les Québécois s’accommodent. Quand les adversaires se situent dans ce registre, alors les Québécois ont le choix entre des options équivalentes sous ce rapport, puisqu’elles relèvent toutes deux du même registre. Dans un tel cas, les résultats peuvent être serrés et le sont parfois effectivement, mais ils peuvent aussi donner lieu à des balayages qui se jouent sous d’autres rapports (lassitude à l’égard du gouvernement en place depuis longtemps, désir d’un virage plutôt à gauche qu’à droite ou l’inverse, etc.).

Quand tel n’est pas le cas cependant, c’est-à-dire quand l’un des adversaires affiche en même temps de la modération et de la clarté alors que l’autre se radicalise et verse dans l’ambiguïté (ou est perçu comme tel), alors les résultats ont tendance à être moins serrés et sont d’ailleurs davantage prévisibles.

Me semble-t-il, à tout le moins. Et si je suis dans l’erreur, j’aimerais bien qu’on m’identifie des faits qui le montrent.

30. V. 2016