XLVI – NOTULES (311 à 320) : Degrés de civilisation, danger des richesses, raison d’admirer, limiter le désir, penser clairement, une vie « normale », liberté contenue, danger des traçages, politesse ou hypocrisie, irresponsabilité criminelle

311 « Depuis des millénaires, certains groupes humains se sont crus supérieurs à leurs voisins. Les citadins regardaient de haut les villageois, les sédentaires les nomades, ceux qui écrivaient les sans-écriture. Les pasteurs toisaient les chasseurs-cueilleurs, les riches les pauvres, les adeptes des religions élaborées les « païens » et les animistes. L’idée qu’il existe des degrés différents de raffinement de la vie et de la pensée est une des idées les plus partagées du monde, quels que soient l’endroit et l’époque. » (Jürgen OSTERHAMMEL, La Transformation du monde. Une histoire globale du XIXe siècle, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2017, p. 1117.) Est-il besoin d’ajouter que cette idée prend parfois une tournure dangereusement vicieuse, par exemple quand certains Blancs regardent avec pitié, sinon dédain certains Noirs ?

312 – « Qui dépend des richesses craint pour elles; or personne ne jouit d’un bien qui l’inquiète. » (SÉNÈQUE, Lettres à Lucilius, II, 14.)

313 Elle est admirable, la personne qui, tombée dans la pauvreté, demeure sereine et trouve le moyen d’être heureuse. Elle est encore plus admirable, la personne qui, vivant dans la richesse, demeure simple et accessible et trouve le moyen d’éviter l’insensibilité.

314 – « Si tu veux faire un riche, il ne faut pas ajouter à son argent, mais retrancher à son désir. » (ÉPICURE, fragment 135, édition Usener.)

315 – « La fausseté consiste en une privation de connaissance, qu’enveloppent les idées inadéquates, autrement dit mutilées et confuses. » (SPINOZA, L’Éthique, II, proposition XXXV.) On ne peut mieux souligner l’importance d’idées à la fois complètes et claires. On ne peut mieux justifier la méfiance à l’égard de toute pensée bancale et le respect pour toute pensée réellement nette.

316 La vie normale reprend graduellement un peu partout. Mais qu’est-ce qu’une vie normale? Ou, plus exactement, que devrait être une vie normale? Avant la Covid-19, nos sociétés n’avaient pas le sentiment de vivre en permanence sous la menace de la maladie, ce qui pourtant était le cas, en particulier à cause du cancer. Jusqu’à la mise au point d’un vaccin, si jamais on y parvient, nos sociétés vivront dans la conscience d’une menace virale que nous ne savons pas conjurer. Entre autres différences qui distinguent le cancer et la Covid-19, il y a évidemment le caractère contagieux de la Covid-19, qui semble échapper à notre contrôle personnel, alors que le cancer semble, pour une bonne partie, relever de décisions privées (fumer ou non, manger trop de ceci ou pas assez de cela, etc.). La Covid-19 nous apprend donc à insister sur nos comportements sociaux et non pas seulement personnels pour nous prémunir contre des problèmes sanitaires. Cet apprentissage social (port du masque, lavage de mains, distanciation, etc.) marque sûrement un pas dans la bonne direction, au vu des maladies et complications sanitaires qui accompagnent la condition climatique à laquelle l’humanité sera de plus en plus soumise… si nous ne nous résolvons pas à des actions communautaires énergiques dans un avenir très prochain…

317 La liberté devra sans doute se soumettre à des limitations de plus en plus envahissantes. Je tiens mordicus à la liberté, mais à la liberté responsable. Concrètement, voilà qui implique l’acceptation de limites à la liberté individuelle, limites auxquelles il ne faut pas s’opposer mais dont il faudra impérativement contrôler l’ampleur. De fait, on ne pourra plus longtemps continuer à tolérer le refus des vaccins par des parents qui, en plus de mettre en danger la vie de leurs enfants, risquent fort de compromettre la sécurité sanitaire de leur société. Ce dernier phénomène a malgré tout l’avantage, si l’on peut dire, de ne toucher qu’un nombre réduit de nos concitoyens.

En revanche, le nombre de ceux qui s’opposent au virage requis pour faire face aux changements climatiques et aux problèmes de santé qu’ils entraînent et rendront de plus en plus aigus, eh bien, ce nombre est considérable ! C’est en outre un groupe assez organisé, fort financièrement et industriellement ! Or, on ne pourra pas indéfiniment laisser les automobilistes acheter de plus en plus de grosses cylindrées, les entreprises recourir aux matières plastiques dont nombre d’usages sont facultatifs, le milieu agricole abreuver les terres et les eaux de pesticides, insecticides, fongicides et autres agents tueurs même là où la chose ne se révèle pas strictement indispensable, les transporteurs aériens et maritimes répandre des polluants majeurs pour le plaisir de touristes trop souvent insensibles aux effets de leurs comportements, etc.

Ici comme en tant d’autres domaines, il faudra trouver un équilibre entre des extrêmes également indésirables. Un équilibre, c’est-à-dire un état presque impossible à conserver sans verser abusivement d’un côté ou de l’autre… La vigilance s’imposera plus que jamais.

318 Le cas des applications électroniques de traçage, de reconnaissance faciale, de repérage vocal, etc., me paraît plus facile à régler. Dans la mesure effectivement où de telles applications constituent de véritables armes (d’espionnage, de chantage, etc.), il me paraît nécessaire de s’y opposer. Je ne connais aucun cas historiquement vérifiable où la création des tels instruments n’a pas donné lieu à des abus. Une arme sert toujours. On aura beau promettre d’y recourir uniquement dans tels ou tels cas, jamais il ne faudra succomber au charme d’engagements qu’aucune société ne peut tenir à long terme.

319 La politesse et l’hypocrisie ont parfois des traits communs. Dans de tels cas, qui peut assurer qu’on fait preuve de l’une ou qu’on verse dans l’autre? Quelqu’un soutient des vues qui me répugnent. Je puis peut-être engager la discussion mais il se peut que l’échange dérape, surtout si je ne connais pas très bien mon interlocuteur qui pourrait avoir un côté intransigeant, éventuellement même fanatique. Je m’abstiens d’intervenir par prudence, je ne veux pas créer d’esclandre. Politesse ou hypocrisie? À une échelle nettement plus importante, la même chose survient : je suis chef d’un État démocratique et je rencontre un homologue – moins démocrate qui maltraite son propre peuple (pensons à la Corée du Nord) ou qui a des comportements génocidaires ou manifestement illégaux de l’avis pratiquement unanime de la communauté internationale : la rencontre est courtoise, civilisée, bref sans aspérités ou à peine. Politesse diplomatique ou hypocrisie politique? Autant je crois la politesse indispensable à une vie sociale harmonieuse et policée, autant je crois l’hypocrisie propice à une vie sociale fausse et ultimement périlleuse. Il y a sans doute des situations où il se révèle préférable de ne se montrer ni poli ni hypocrite : ce sont des cas où la vérité – qui peut n’être pas toujours bonne à dire – peut néanmoins s’imposer, au nom de valeurs communes supérieures ou de convictions personnelles essentielles.

320 Supposons que je dirige un collège ou tout autre établissement fréquenté régulièrement par de nombreuses personnes. Supposons également qu’arrive une pandémie. Supposons en troisième lieu que je dise aux gens qui fréquentent l’institution dont je suis responsable : 1) que la pandémie n’est pas réelle (contrairement à ce qu’affirment les experts les plus qualifiés), que c’est une blague, un canular; 2) que les recommandations des experts n’ont pas à être respectées, tout du moins, qu’elles ne présentent aucun avantage appréciable et qu’il est donc inutile de porter un masque (que je refuse moi-même de porter pour donner aux gens mon propre exemple), qu’on peut se réunir sans respecter la distanciation sociale, que le lavage régulier des mains n’est guère utile, etc. Supposons enfin que les gens que j’ai harangués de la sorte se trouvent infectés à des niveaux supérieurs à ceux que connaissent des populations comparables ayant bénéficié d’avis et suggestions conformes aux données scientifiques, supposons même que les gens que j’ai convaincus meurent en plus grand nombre que la moyenne des populations comparables et que les décès excédentaires calculés par les statisticiens et les épidémiologistes puissent être corrélés avec les renseignements irresponsables que j’ai répandus… Advenant un tel scénario, ne pourrait-on pas me poursuivre devant les tribunaux pour avoir contrevenu à certaines de mes obligations les plus vitales ? N’étant pas juriste, je ne saurais répondre à cette question. Mais il me semble plausible qu’on puisse estimer que j’ai grossièrement manqué au principe de précaution, que je n’ai sûrement pas agi « en bon père de famille » (pour reprendre l’expression consacrée), que j’ai indûment fait jouer mon influence et mon ascendant en une direction totalement irresponsable, voire criminelle… Les présidents Trump et Bolsonaro ne se trouvent-ils pas dans un tel cas de figure ? N’y a-t-il pas chez eux une attitude qui, au minimum, s’apparente à de la négligence criminelle.

29. VI. 2020

XLV – NOTULES (302 à 310) : Choix difficiles, le prochain choc global, un modèle inadapté, guerre et temps présent, aide médicale à mourir et suicide, danger de seulement rouvrir l’économie, les Américaines blanches, le leadership féminin, la désinvolture des nantis

302 Il faut bien faire ce que l’on choisit de faire. Il faut donc renoncer à faire certaines choses. Car on ne peut tout faire, et surtout on ne peut tout faire bien. Le vieillissement de la population commande des déboursés sans cesse croissants. Les technologies de la santé font de même. La société demande à l’école d’assumer de plus en plus de responsabilités. Les universités ont besoin de ressources supplémentaires pour faire face aux exigences à venir. Il faut aider, voire sauver les médias. L’état de nos routes laisse à désirer. Etc. Bref, nous demandons énormément à l’État… qui n’a pratiquement plus de marge de manœuvre, quoi qu’en disent nos dirigeants. La part du budget du Québec dévolue à la mission Santé s’établit à 46,3 %, celle qui va à l’Éducation est de 25,2 % et celle destinée au Soutien des personnes représente 7,8%. Si on ajoute à cela le Service de la dette (qui est à peu près incompressible), c’est-à-dire 7,5% des dépenses, on arrive au total de 86,7 % des dépenses, ce qui laisse à peine plus de 13 % du budget pour couvrir tout le reste (l’économie, l’environnement, la justice, les infrastructures, etc.). Or on demande de plus en plus de ressources en santé et en éducation envers et contre tout. Des choix difficiles s’imposeront si l’on veut vraiment bien faire certaines choses. La bataille qui s’annonce concernera sans doute l’ordre de priorité. Mais aura-t-on réellement le choix? Ou devra-t-on aller – veut, veut pas – où l’urgence nous poussera?

(Source : Budget de dépenses 2019-2020. Renseignements supplémentaires, vol. 7, Appendice A – Budget de dépenses 2019-2020 par mission, p. 69 [ mars 2019]. Adresse Internet :

https://www.tresor.gouv.qc.ca/fileadmin/PDF/budget_depenses/19-20/fr/7-Renseignements_supplementaires.pdf)

303 Le choc financier engendré par la COVID-19 n’est rien en comparaison du choc auquel il faut se préparer en raison des changements climatiques. La pandémie actuelle engendre des conséquences économiques sérieuses, notamment un risque accru de faillites pour de nombreuses entreprises avec tout ce qui s’ensuit : une cascades d’effets pervers qui vont de l’augmentation du chômage à une baisse des revenus de l’État qu’on sollicite pourtant de plus en plus. Les prévisions de conséquences néfastes des changements climatiques sont proprement affolantes. Si seulement la moitié d’entre elles se concrétisent, des dizaines, voire des centaines de millions d’êtres humains souffriront de la faim et de la soif, se trouveront contraints à migrer, seront exposés à des dangers sanitaires dont on peut difficilement se représenter l’ampleur. Dans le cas d’une pandémie, les stratégies de défense sont assez bien connues, et leurs résultats se constatent relativement rapidement. Dans le cas des changements climatiques, on croit connaître les stratégies de défense – espérons que ce sont les bonnes ! – mais leurs effets se font sentir à beaucoup plus long terme. Or, c’est bien connu, les gouvernements sont fort peu portés à gérer à long terme parce que leurs commettants réagissent plutôt mal à des stimuli dont la récompense tarde à venir. Ce contexte appelle des leaders à la fois lucides et courageux. Lucides pour bien voir ce qu’il faut faire et que nous aurons les moyens de faire et courageux, car ce qu’il faudra faire, il faudra le faire à la place de certaines choses et non en plus desdites choses. Le simple fait d’identifier ce qu’il faudra laisser tomber pour être en mesure d’atteindre de nouveaux objectifs soulèvera des problèmes énormes. Quant à la mise en œuvre qui devrait s’ensuivre, elle n’annonce rien de facile!

304 Le modèle des CHSLD ne peut plus tenir la route. On l’a dit et redit. La solution de rechange ne sera pas aisément trouvée. Aider les gens à demeurer chez eux et leur procurer à domicile autant de services que possible constitue sûrement une voie à explorer. Financièrement, ce serait apparemment avantageux. Le problème concerne plutôt la main d’œuvre. Je vois mal, dans un contexte de pénurie généralisée, comment on pourrait dénicher et conserver une main d’œuvre si peu rémunérée que celle-là. Comme en outre on semble résister à l’accroissement de l’immigration, on se trouve peut-être devant la quadrature du cercle. À moins de procéder à des remaniements majeurs comme une restructuration des échelles de salaires. Rien n’est impossible en ce domaine. Rien surtout ne sera facile en ce domaine.

305 À l’échelle de la planète, nous en serons bientôt à 2000 milliards de $ US de dépenses militaires annuelles, si l’on se fie aux chiffres de L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (nous en sommes déjà à 1915 ou 1920 milliards de $ US).

  • On a là un bassin de ressources financières prodigieux pour payer les adaptations qu’il faudra tôt ou tard se résoudre à effectuer.

  • Des sommes colossales sont également disponibles dans les paradis fiscaux.

  • La taxation des fameux GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) permettrait également de recueillir des milliards de dollars à chaque année pour financer les transformations requises par l’évolution bousculante qu’on ne pourra bientôt plus esquiver.

  • La révision des règles de l’impôt en vue d’assurer une juste participation des plus riches aux responsabilités communes ne pourra plus être reportée…

En somme, nous disposons de moyens de nous en sortir. Toutefois, ces moyens exigent de la part de tous les pays du monde (ou à peu près tous)

1) qu’ils se cordonnent,

2) qu’ils soient dirigés avec courage,

3) qu’ils renoncent à une certaine portion de leur souveraineté et

4) qu’ils acceptent une période de transition délicate, plus ou moins pénible, dont on ne peut d’avance estimer la durée et qui n’épargnera aucun secteur de l’activité humaine (du commerce aux arts, de la recherche fondamentale au système bancaire mondial, de l’agriculture aux médias, etc.).

Vaste programme, comme a dit un certain Général…

306 L’aide médicale à mourir est de mieux en mieux acceptée. Tout du moins ici au Québec – et même au Canada dans son ensemble –, il semble y avoir un consensus réel à ce propos. La prochaine étape à franchir dans ce secteur hyper-délicat concernera ce que j’appelle le droit au suicide assisté. Qu’est-ce à dire ? Toutes les personnes qui veulent mettre un terme à leurs jours ne sont pas dépressives. Si ces dernières doivent être traitées (avec ou malgré leur accord, c’est une autre question), les autres, les personnes qui veulent lucidement cesser de vivre, me semblent avoir le droit inaliénable de faire ce choix, quoi que quiconque en pense. Si ces personnes, âgées par exemple mais non menacées de mort imminente, estiment que leur vie n’en vaut plus la peine, je ne vois pas au nom de quoi qui que ce soit pourrait les empêcher de « tourner la page ». Il me semble évident que seule la personne concernée peut évaluer si, oui ou non, son existence lui paraît toujours significative. Bien sûr, plusieurs caveat s’imposent : on doit avoir affaire à une personne saine d’esprit, sa décision ne doit pas survenir dans un contexte de crise manifestement temporaire, etc. Cela dit, je conçois fort bien qu’un individu en arrive à conclure que sa vie a été bonne mais ne l’est plus selon ses critères personnels. Notre société a décidé qu’elle n’avait pas le droit de condamner à mort. Au nom de quoi pourrait-elle s’arroger le droit de condamner à vivre?

307 Le danger de rouvrir l’économie est bien réel. Non pas tant parce que la pandémie pourrait engendrer une deuxième vague de contagion mais parce que rouvrir l’économie, c’est reprendre l’économie telle qu’elle était et la réanimer. Or, justement, il ne faudrait plus que l’économie soit comme elle était. Il y aurait lieu notamment de l’axer davantage sur l’écologie et la lutte aux changements climatiques. Si nous ne saisissons pas l’occasion incomparable que nous avons d’effectuer des virages majeurs, je vois difficilement quand nous pourrions y procéder. Il s’impose de prendre appui sur le fait que, de toute façon, l’économie d’avant ne pourra pas être simplement réanimée en dépit de tous les efforts que nous ferons en cette direction. À vrai dire, au lieu de tenter l’impossible, il y aurait avantage à « laisser tomber » certains secteurs d’activités de tout façon vouées à péricliter pour ré-allouer les ressources ainsi devenues disponibles à des domaines qui requièrent d’urgence notre attention et qui, une fois lancés, procureront une gamme impressionnante de bienfaits plus que jamais nécessaires. Il y aura évidemment des objections en grand nombre et fort sérieuses. Mais il ne faut pas toujours prendre en compte de telles réactions. Il suffit de songer à ce qui s’est produit lorsque nos sociétés ont décidé de laisser tomber l’industrie des diligences : Les éleveurs de chevaux de diligences, les hôteliers propriétaires des relais de diligences, les conducteurs et cochers de diligences, les fabricants et réparateurs de diligences, les entreprises de sellerie (harnais, brides, licols, etc.) qui fournissaient les diligences, les services postaux installés aux arrêts des diligences, bref toute une industrie alors associée aux diligences – et c’était une grosse industrie ! – s’opposait aux alternatives qui se présentaient, en particulier aux chemins de fer. S’il avait fallu que ces opposants aient gain de cause, on aurait – c’est le cas de le dire – « manqué le train ». Il ne faut pas non plus le manquer cette fois-ci !

308 Les Américaines blanches assumeront bientôt une responsabilité plus lourde que jamais. Il faut rappeler à leur sujet que plus de la moitié d’entre elles ont voté pour Donald Trump lors de la dernière élection présidentielle. D’après diverses analyses très pointues, il semble bien que, si le vote féminin blanc n’avait pas été si fortement en sa faveur, jamais Trump n’aurait accédé à la présidence des USA. Autrement dit, toutes choses égales par ailleurs, le déplacement de quelques points de pourcentage du vote féminin vers le parti démocrate (ou même simplement l’abstention électorale de cette fraction du vote féminin) pourrait suffire à faire mordre la poussière à cet individu qui

1) dégrade les gens qui l’entourent,

2) déprécie les institutions de l’État qu’il dirige,

3) compromet la parole de l’État qu’il représente,

4) discrédite la politique étrangère de son pays et, de manière générale,

5) cultive non seulement le mensonge et la malhonnêteté mais se pose en ennemi de la science et des bienfaits qu’elle pourrait apporter au peuple même qui lui a confié sa destinée.

Les Américaines blanches ne sont évidemment pas seules à voter, mais leur vote pèsera décidément très lourd dans la balance !

309 Au Québec comme au Canada, le leadership féminin se porte de mieux en mieux. Il reste d’importants progrès à faire, mais les choses s’améliorent. L’influence internationale de l’ex-juge à la Cour suprême du Canada, Louise Arbour, n’est plus à démontrer. Devenue présidente d’Hydro-Québec, Sophie Brochu est aussi respectée, sinon plus, que de nombreux hommes dans des postes comparables. Conseillère scientifique en chef du Canada, la Dr Mona Nemer jouit d’une réputation mondiale et compte parmi les Canadiens qui ont reçu le plus grand nombre de distinctions d’institutions internationales ou étrangères. Plusieurs provinces canadiennes ainsi que des territoires ont eu des femmes premières ministres (Québec, Ontario, Alberta, Colombie-Britannique, Terre-Neuve et Labrador, Île-du-Prince-Édouard, Yukon, Territoires du Nord-Ouest). Monique Leroux, qui a présidé le Mouvement Desjardins, et Valérie Plante, l’actuelle mairesse de Montréal, s’ajoutent à cette liste que l’on pourrait prolonger en y faisant figurer aussi Lyse Doucet, Chief International Correspondent de BBC Wold News, ce qui n’est pas rien, et des artistes inspirantes et influentes comme Magaret Atwood, Anaïs Barbeau-Lavalette ou Céline Dion. Bref, les femmes de chez nous – et il y en a beaucoup d’autres font de plus en plus leur place dans les divers secteurs d’activités. À mes amies féministes qui dénoncent – à bon droit – des situations d’inégalités entre hommes et femmes, situations qui perdurent trop souvent et qu’il faut évidemment corriger, je tiens à rappeler les succès que les femmes ont déjà remportés et qui sont annonciateurs de réussites encore plus nombreuses et surtout de plus en plus durables.

310 Google et Facebook, nous dit-on, n’ont toujours pas versé les sommes promises pour aider nos PME touchées par la crise. Cette attitude, hélas généralisée chez ces entreprises, témoigne de la désinvolture des nantis ou plutôt de l’impudence des opulents.

24. V. 2020

XLIV – NOTULES (292 à 301) : Parler ou se taire, inégalités excessives, État-nation et capitalisme sauvage, les dangers de l’obéissance, la délation, menace à la vie privée, post mortem de la pandémie, la valeur des aînés, trouver l’argent, savoir où l’on va

292 Je retrouve dans mes notes de lecture cette réflexion admirable de Ringuet :« (…) sur la terre on se comprend sans presque jamais se parler, tandis que dans les villes on se parle sans presque jamais se comprendre. » (RINGUET [Philippe PANNETON], Trente arpents.)

293 À la date du 27 avril 1994, il y a donc vingt-six ans, j’écrivais ceci dans mon journal personnel :

« Dans notre monde, il existe des inégalités inimaginables. Probablement que, sous l’angle économique, ces inégalités se défendent tant bien que mal. Elles sont néanmoins si importantes qu’elles paraissent moralement indéfendables et, en tout état de cause, elles sont – à mes yeux au moins – éthiquement et psychologiquement insoutenables. Comment justifier qu’un individu gagne plusieurs millions de dollars par année alors que d’autres se méritent à peine le salaire minimum ? Et encore une telle question n’a de sens que dans un pays développé. Dans le Tiers-monde, même le salaire minimum est dépourvu de sens : dans plusieurs pays, on ne parvient même plus à survivre… en plein XXe siècle !

Le problème n’a rien de simple. Et l’idée marxiste d’une rémunération de chacun selon ses besoins plutôt que selon ses prétendus mérites a beau avoir quelque chose d’attrayant, on sait désormais qu’elle est socialement dangereuse en plus d’être scientifiquement dépourvue de rigueur. N’empêche ! L’écart entre les salaires – je ne parle pas des revenus ici, il importe d’insister là-dessus – les plus élevés et les plus bas témoigne moins du libre jeu du marché, ce qui constitue un bien en soi, que de certaines aberrations de ce libre jeu. En faisant l’hypothèse que mon diagnostic touche à peu près juste, le problème se transforme en celui de savoir, d’abord, s’il est possible d’empêcher ces aberrations et, ensuite, de quelle manière le faire, le cas échéant.

Depuis l’effondrement des pays dits communistes, il se pourrait que la démarcation entre la gauche et la droite passe par la réponse à ces questions. Il me semble, en effet, que la droite a tendance à soutenir que ces aberrations sont un moindre mal, qu’il vaut mieux s’en accommoder comme on peut plutôt que de mettre en branle des processus de contrôle des abus dont l’Histoire nous apprend qu’ils mènent en fin de compte à des maux infiniment pires que ceux qu’on souhaite neutraliser. La gauche, la « nouvelle gauche », qui en est revenue de l’égalitarisme stérilisateur, n’admet pas de tels écarts et souhaite non pas les supprimer mais les contenir dans des limites compatibles à la fois avec le jeu du libre marché et les aspirations éthiques de la plupart des êtres humains. Le dilemme ici consiste à trouver une façon d’atteindre le but sans mettre en péril la liberté et sans qu’il ne s’agisse là en fait d’une manière pour les jaloux de s’en prendre à ceux qu’ils envient.

Je crois que ce dilemme peut être résolu. J’y reviendrai. S’il le peut, alors je suis de gauche. Sinon, je suis sans hésitation de droite. »

Je suis saisi par l’actualité persistante des propos que je tenais il y a plus d’un quart de siècle. Et je crois qu’une piste majeure de solution de ce fameux problème des inégalités excessives se trouve dans la pensée de Thomas Piketty, principalement dans son Capitalisme et idéologie.

294 « (…) comme si le capitalisme global pouvait être combattu ou même apprivoisé à partir de cette très frêle et instable embarcation qu’est l’État national. » (Jürgen HABERMAS, « Il nous faut agir dans le savoir explicite de notre non-savoir », Le Monde, 11 avril 2020, p. 23. Les soulignés sont de moi.)

295 L’obéissance a quelques qualités. Ainsi obéir aux directives de la Santé publique en cas de pandémie présente indiscutablement des vertus sociales et témoigne d’un sens indispensable du respect des autres. Mais l’obéissance constitue bien davantage à mon sens la source d’abus inqualifiables. Aucune guerre – surtout mondiale – n’est possible sans l’obéissance. Aucun génocide n’est praticable sans l’obéissance. La torture institutionnalisée n’existerait pas sans l’obéissance. L’État tyrannique lui-même n’a de force qu’en raison de l’obéissance d’une majorité de citoyens. Entre les mains de certains populistes ou de despotes en puissance, l’obéissance est une arme de destruction massive. Pour ces raisons, j’ai toujours eu, j’ai encore et, je l’espère, j’aurai toujours un faible pour les rétifs, les insoumis, les indomptables qui souvent exagèrent, j’en conviens, mais nous protègent des abus les plus abjects dont les humains sont capables. Pour cette raison, il faut limiter strictement le pouvoir dont jouit l’État d’exiger l’obéissance. Les seules règles auxquelles il faut obéir sont celles qu’impose le respect de l’intégrité d’autrui (comme dans le cas de la COVID-19). Au-delà, la désobéissance n’est peut-être pas toujours nécessaire mais elle n’est jamais condamnable.

296 La délation me répugne au plus haut point. Ce qui me répugne encore davantage, c’est que des chefs de gouvernement y fassent appel. Comme la plupart de mes concitoyens, j’apprécie la façon dont le gouvernement Legault gère l’actuelle crise sanitaire (sauf en ce qui touche les CHSLD, mais c’est là une autre question). Néanmoins, je ne peux m’empêcher de ressentir une espèce de dégoût devant l’invitation à la dénonciation lancée on ne peut plus officiellement et publiquement par le premier ministre lui-même. Et je ne suis pas étonné le moins du monde que nos corps de police aient fait savoir qu’ils recevaient trop d’appels de citoyens désireux de leur signaler des « abus ». Cette seule réaction de nombreux individus – et la contre-réaction forcée des services de police – disent mieux que je ne le pourrais moi-même pourquoi le mouchardage me révulse.

297 Le suivi électronique de la population (ce que les geeks appellent l’« e-tracking ») serait, semble-t-il, devenu assez répandu. Dans certains pays, la chose est avérée, par exemple en Chine. Pratiquement partout, on peut d’ailleurs y avoir recours via la localisation des téléphones portables, ce qui n’est même pas vraiment compliqué. Des entreprises de natures variées (de télécommunications et d’Internet, notamment) sont parfaitement en mesure de suivre les gens et d’intervenir auprès d’eux selon leurs parcours. Qu’il s’agisse de sociétés comme Bell ou Google, elles peuvent savoir qui se trouve où et, par exemple, faire parvenir des alertes publicitaires à un individu qui passe à proximité de telle ou telle boutique.

Pour l’instant, la COVID-19 est un prétexte sérieux et valable pour ainsi suivre de nombreuses personnes afin d’identifier qui, contaminé ou non, se trouvait à proximité de qui, information stratégique s’il en est d’un point de vue épidémiologique. Soit ! La question qui se pose devient dans ce contexte la suivante : une fois réglés les problèmes posés par l’actuelle pandémie, qu’adviendra-t-il du suivi électronique ? En théorie, il faudrait qu’on cesse d’y recourir pour des raisons manifestes de protection de la vie privée. En pratique, il y a tout à parier que les gouvernements, voire certaines entreprises privées, continueront d’utiliser ces moyens hautement intrusifs pour poursuivre leurs activités.

En ce qui touche les entreprises, plusieurs enfreignent déjà impunément les règles les plus simples de protection de la vie privée : les appels téléphoniques non sollicités et non autorisés continuent d’empoisonner la vie de beaucoup de gens qui, comme moi, ont pourtant inscrit leur nom sur la liste des personnes désireuses de n’en plus recevoir. Plusieurs individus se plaignent de retrouver sur divers sites Internet de réseautage social des renseignements faux sur leur personne ou leurs activités : globalement, lesdits réseaux sociaux n’interviennent guère pour corriger le tir bien qu’ils en aient les capacités techniques et financières. L’intimidation cybernétique atteint parfois une telle intensité qu’il s’ensuit des suicides de jeunes : lesdits réseaux sociaux, même quand on leur signale la chose, ne jugent pas approprié d’intervenir (sauf si, après de multiples demandes formulées en vain, la police intervient – et encore !).

Quant aux États, je n’en ai jamais vu un seul renoncer à des instruments de pouvoir. Tout au plus peut-on espérer qu’ils renoncent à les employer, à moins d’y être explicitement autorisés. Officiellement! Car, en coulisses, je doute fort qu’on ne mette pas à contribution l’ensemble des ressources opérationnelles disponibles, quelles qu’elles soient. On ne le reconnaîtra pas, mais il est très plausible qu’on y aura recours. On ne rendra pas publics les résultats des opérations qui les ont mis en œuvre, mais on en disposera et on les conservera (et, peut-être même qu’on s’en servira discrètement dans certaines activités plus ou moins légitimement secrètes). Ce ne sont pas là des vues de l’esprit. Les pays de l’Est à l’époque soviétique nous ont habitués à cela, et les pays de l’Ouest en ont fait autant mais de manière différente. À preuve la façon dont Hoover, le fameux patron du FBI, espionnait même les plus hauts dirigeants de son propre pays !

298 Une fois passée la crise de la COVID-19, tout du moins une fois passé le plus fort de la crise, on nous annonce un post mortem. Loin de moi l’idée qu’un tel exercice soit superflu ! Pourtant, avant tout post mortem, il serait bien avisé à mon sens de réfléchir à notre manque de mémoire collective et à notre inaptitude à donner suite en temps opportun aux réflexions de nos savants (voir, par exemple, RHEAULT, Sylvie et Jean POIRIER, éd., et al., Le vieillissement démographique : de nombreux enjeux à déchiffrer, Québec, Institut de la statistique du Québec [259 pages], 2012) et de nos sages (M. Clair, C. Castonguay, etc.), de nos journalistes et de nos concitoyens. De fait, il y a des lustres que nos démographes (J. Henripin, I. Fellegi, D. Kirk, H. Gauthier, etc.) ont annoncé les bouleversements démographiques que nous vivons présentement. Plus : ils ont quantifié ces bouleversements et ont indiqué les années où l’on y serait soumis. À la lumière de telles prévisions, plusieurs de nos sages ont attiré l’attention sur l’importance de se préparer à cette situation inédite mais prévisible et, effectivement, prévue. Aucune suite véritablement structurée n’a été donnée au moment approprié à ces considérations pourtant claires et, de l’avis unanime, fondées.

La catastrophe qui sévit actuellement dans nos CHSLD était, elle aussi, annoncée. Le nombre de plaintes formulées par nos concitoyens à ce propos ne se compte même plus tant il y en a eu ; les articles de journaux et de revues, les reportages à la radio ou à la télé sur ce même sujet sont eux aussi quasi incalculables ; il y a même eu des poursuites engagées en raison de situations perçues comme contraires aux pratiques déontologiquement acceptables, parfois même en raison de comportements carrément illégaux. Les représentants des personnes âgées ou des résidents des CHSLD ont régulièrement dénoncé des abus ou des négligences de toutes sortes. Malgré l’ensemble de ces interventions, pratiquement rien n’a été fait sauf, le plus souvent, quelques correctifs « pas trop dérangeants » (les fameuses « patates pillées », entre autres!) ou quelques dédommagements (si je me souviens bien) imposés par les tribunaux.

Des corps organisés comme les syndicats et diverses associations professionnelles se sont battus en vain (ou presque) pour améliorer des conditions de travail qui ne pouvaient pas rester sans conséquences sur les usagers ou les résidents, ce sur quoi en principe tout le monde s’entendait.

Quant à l’administration publique, s’il est vrai qu’elle a le dos large et qu’on doit éviter de lui imputer des décisions et des torts qu’elle n’a pas et ne peut pas avoir, il reste qu’elle est bancale à de nombreux points de vue bien documentés et qu’elle conserve des pratiques indéfendables depuis déjà un long moment : une multitude de groupes de travail de toutes natures ont procédé à des analyses minutieuses de ces questions et ont proposé une quantité de mesures généralement ignorées par les décideurs politiques. Pourquoi cette fois ferait-on exception à la règle ? Pourquoi cette fois donnerait-on suite à ce que des analystes dûment mandatés et qualifiés recommanderont ? Pourquoi ferait-on autre chose qu’adopter une fois encore quelques mesures cosmétiques ? Ce qu’il faudrait, en fait, c’est une révision en profondeur du modèle québécois d’intervention auprès des personnes âgées. J’y reviendrai dans mon prochain blogue (notules 302 et ss.).

299 Toute vérité n’est pas bonne à dire. Il y en a une que, malgré tout, j’aimerais rappeler et dont les conséquences pourraient être majeures. Les personnes âgées n’ont plus devant elles une longue espérance de vie. Évidemment, avoir 70 ans, c’est différent d’en avoir 90. Mais le fait demeure que les aînés, comme on les appelle pudiquement de nos jours, à la différence des enfants, des jeunes gens et des personnes d’âge mûr n’ont plus guère d’avenir devant eux. Ce constat banal entraîne certaines conclusions, pour peu que l’on veuille se montrer logiquement rigoureux. Premièrement, on ne doit pas négliger le devoir de reconnaissance que nous avons tous à l’égard de nos prédécesseurs : il faut les traiter aussi bien que possible à tous égards. Deuxièmement, il ne serait pas sage d’investir des ressources trop importantes auprès de ces personnes, par comparaison tout du moins aux ressources qu’il serait approprié de consacrer aux jeunes et à leur éducation.

Je précise ici que je ne parle pas pour ma paroisse : ayant bientôt 74 ans, je n’appartiens plus depuis belle lurette au groupe des jeunes, et je suis très conscient des effets sur moi et sur toute ma génération (ainsi que sur les précédentes générations) du principe que je viens d’énoncer. Je n’ai aucun moyen scientifique de connaître l’opinion de la population à ce propos et je ne saurais exclure qu’un grand nombre de mes concitoyens soient totalement en désaccord avec moi. Toutefois, pour en avoir causé avec quelques personnes de ma tranche d’âge, je sais qu’un bon nombre d’entre elles partagent mes vues. De plus, ma conviction, en cette matière, c’est que les dirigeants publics doivent assumer leurs responsabilités, et non pas seulement tenir compte du sentiment variable de l’opinion publique. Tout le monde sait que la loi de la majorité ne peut pas toujours s’appliquer. Résister à la force du nombre coûte toujours cher aux politiciens. Dans certains cas, ne pas résister à la force du nombre coûte encore plus cher à l’ensemble de la société (pensons au racisme et à la ségrégation, parmi bien d’autres exemples possibles).

300 La crise sanitaire actuelle a poussé nos gouvernements à débourser des milliards de dollars. Tant de milliards en fait qu’ils constituent les plus importants décaissements jamais effectués dans notre pays, tout du moins en temps de paix (encore que cette dernière observation soit discutable en fonction des méthodes de calcul retenues). La situation financière qui résulte de la présente expérience laissera des marques sinon indélébiles, en tout cas difficiles à cicatriser. Cette situation extrême offre une opportunité sans précédent de résoudre les injustices graves attribuables à l’existence des paradis fiscaux. On sait qu’aucun État ne peut, seul, appliquer de véritables solutions à ce problème, car les bénéficiaires des paradis fiscaux peuvent toujours quitter un endroit qu’ils jugent inhospitalier pour un autre qui leur sera plus favorable. Ensemble toutefois, les États peuvent cerner la difficulté, coincer les fraudeurs en leur coupant le recours à d’autres lieux « compréhensifs », en sévissant contre les lieux qui seraient récalcitrants et contre les fraudeurs qui ne voudraient pas s’amender. Or tous les États importants viennent justement d’effectuer des débours qui les pousseront à remettre en question leur permissivité à l’égard des paradis fiscaux. Une telle convergence d’intérêts ne survient pas fréquemment, et ce serait une erreur gravissime de ne pas la mettre à profit.

Mutatis mutandis, les remarques précédentes s’appliquent aussi à ces entreprises richissimes qui ne paient presque aucun impôt où que ce soit en raison du caractère dématérialisé de leurs activités ou de l’extrême mobilité de leurs opérations susceptibles de délocalisations ultra-rapides pour échapper à toute contrainte qu’elles n’estiment pas acceptables. Ces deux phénomènes – le recours aux paradis fiscaux et la dérobade à sa juste part des impôts –, il s’impose plus que jamais de les corriger. Après tout, ils sont rendus possibles – il ne faut pas l’oublier – par nos lois fiscales qui permettent justement ces comportements déplorables. Il faut d’abord amender ces lois, sinon tout effort se révélera inutile. Nous savons donc par où commencer.

301 « Celui qui ne se soucie pas du but ne demande pas où il va. » (Milan KUNDERA, Le livre du rire et de l’oubli, sixième partie : Les Anges, 10.)

25. IV. 2020

XLIII – NOTULES (282 à 291) : L’amour, l’unanimité, l’empire du mensonge, le summum du mensonge, les inconnus, trois règles infrangibles, deux dispositions indispensables, Thomas Piketty, des choix cornéliens, le prosélytisme

282 « (…) elle considérait l’amour comme une infirmité grave. » (Toni MORRISON, Beloved, III. 1)

283 Il y a, dans l’unanimité, quelque chose d’artificiel, compte tenu de la variété des opinions, convictions et sensibilités des êtres humains. Quand ce ne serait que pour cette raison, l’unanimité est suspecte, et la quasi-unanimité l’est quasiment autant.

284 Trump pratique sans honte ni gêne un art plutôt répugnant, un art vieux comme le monde, l’art du mensonge. Et, au fond, il n’y a pas lieu de s’étonner que ses fake news trouvent grâce aux yeux sinon d’une majorité d’Américains, tout du moins aux yeux d’un grand nombre d’entre eux. Le fait est que plusieurs types de mensonges sont acceptés et même valorisés dans nos sociétés occidentales. Par exemple, parler aux enfants du Père Noël, c’est à l’évidence leur mentir. Mais leur mentir pour introduire un peu de merveilleux dans leur monde et, en fin de compte, pour leur faire plaisir. On ment ici par amour (bien ou mal compris, c’est une autre question). Cacher à des parents le décès de leur enfant et leur faire croire qu’il se porte bien jusqu’à ce que les circonstances soient propices à l’annonce de la cruelle vérité, c’est clairement leur mentir. Mais leur mentir pas compassion, pour amortir un choc inévitable mais dont on veut réduire si peu que ce soit le caractère dévastateur. On ment ici par respect filial ou par respect du grand âge. Dans certaines expériences menées délibérément à l’aveugle, on se trouve forcément, en un sens, à mentir à certains des participants, à ceux par exemple qui reçoivent un placebo plutôt qu’un authentique médicament. C’est une forme bien particulière de mensonge mais que tous jugent acceptable au nom de la science. Taire des renseignements stratégiques lors d’une négociation, laisser entrevoir le contraire de ce qu’on souhaite vraiment, voilà encore une autre façon de mentir, indispensable d’après de nombreux négociateurs et donc prévisible puisque chacun y recourt plus ou moins régulièrement. Il y a encore les « pieux mensonges », qui consistent à ne pas dire la vérité qui ferait inutilement mal : pourquoi faire souffrir quelqu’un si on peut l’éviter ? Il y a par-dessus tout la raison d’État. Depuis des temps immémoriaux, au nom de la raison d’État ou de son équivalent (le bien commun, entre autres), on a menti à toutes les populations de tous les lieux et de tous les temps aux motifs qu’il faut du mystère autour des questions militaires ou qu’il importe d’éviter des réactions de panique dans le grand public, etc. Pour ma part, je ne saurais nommer aucun chef d’État ou de gouvernement qui n’ait jamais menti. Pas plus qu’aucun être humain d’ailleurs, aura-t-on vite fait de me faire remarquer. Tout est là justement : le mensonge est monnaie courante. On l’enseignait même dans les meilleurs maisons d’éducation. Ce que les Jésuites appelaient la « restriction mentale » n’est finalement rien d’autre qu’un mensonge suffisamment adultéré pour que sa nature ne soit pas évidente et permette, à la limite, de passer pour une vérité. Dans leur casuistique, les Jésuites ont fait la promotion de cette habile supercherie. Il y a encore l’exposé partiel des vérités, qui permet d’orienter l’interprétation des faits qui vient spontanément à l’esprit de qui ne connaît que la version ainsi expurgée. Ce procédé se trouve au cœur même de plusieurs des activités dites de relations publiques et de politique proprement dite. Bref, pour toutes sortes de raisons, bonnes ou mauvaises d’après les uns ou les autres et suivant les circonstances, le mensonge est un comportement « normal » au sens statistique du mot même si la plupart des êtres humains conviendront qu’il n’est pas normal, au sens qu’il ne devrait jamais être érigé en norme. Tout bien considéré donc, l’originalité de Trump, pour ainsi dire, consiste en son recours régulier, non dissimulé, au mensonge qu’il utilise avec un sans-gêne qui, à sa manière, fait beaucoup plus authentique que les attitudes offusquées de gens qui pourtant recourent eux aussi aux mêmes pratiques mais en s’efforçant – inutilement – d’en cacher la teneur. Si tout cela ne justifie en rien la malhonnêteté spontanée et naturelle de Donald Trump, tout cela explique largement pourquoi tant de gens y prêtent finalement si peu d’importance. Sous ce rapport, on pourrait diviser l’électorat en deux grands groupes : ceux qui, admettant secrètement la fourberie, ne peuvent tolérer qu’on en fasse étalage; et ceux qui, reconnaissant son caractère inévitable vu la nature humaine, ne peuvent tolérer qu’on essaie de la leur dissimuler.

285 À vrai dire, les mensonges de Trump ne sont pas les plus invraisemblables. Songez qu’il y a des entreprises de cosmétiques qui annoncent des crème anti-rides depuis des années et qui continuent de le faire. Des milliers de personnes ont pourtant eu recours à ces pommades et toutes ont dûment constaté que leurs rides ne régressaient pas. D’ailleurs si une telle crème existait vraiment, elle aurait envahi tout le marché et littéralement tué la compétition : imaginez une crème dont l’emploi réduit, voire élimine les rides ! De la même manière, il y a présentement une marque d’automobile qui promeut ses ventes en expliquant, dans des publicités attrayantes, que lorsqu’on s’ennuie il suffit d’acheter sa marque de voiture pour que, comme par magie, la vie redevienne inspirante. Et ce subterfuge fonctionne ! En réalité, il n’y a nul besoin d’insister : des pans entiers de la société carburent aux mensonges et même aux mensonges patents, et notre société va même jusqu’à récompenser les plus habiles maquilleurs de la vérité, par exemple en rémunérant spécialement bien les agences publicitaires championnes de la duplicité, spécialistes de l’équivoque, bref celles qui maîtrisent le mieux l’art du sophisme. Dans un tel contexte, a-t-on vraiment le droit de s’étonner que Trump puisse mentir si grossièrement sans être vraiment embêté pour autant ?

286 « Toute la vie, on aime des gens qu’on ne connaît jamais vraiment. » (Elena FERRANTE, L’Amie prodigieuse, tome II : Le Nouveau Nom, 49.)

287 Trois règles s’imposent plus que jamais. D’abord, ne jamais, au grand jamais, se fier aux apparences ; ce précepte apparemment banal doit être répété avec insistance, car il semble, en réalité, assez rarement appliqué par un grand nombre de personnes : sinon, comment expliquer la multiplication des préjugés de toute nature et leur envahissement incontrôlable ? Ensuite, nul ne connaît l’avenir ; tout au plus peut-on inférer de données actuelles certains résultats inévitables ; mais justement l’avenir n’est jamais constitué que de tels résultats, lesquels s’insèrent toujours dans un cadre dont nul ne peut prévoir les contours. Troisièmement, en matière d’opinion comme en matière d’action, on ne peut procéder valablement que si l’on a d’abord pris connaissance de l’autre côté de la médaille ; et si cet autre côté demeure inaccessible, la plus extrême circonspection est de mise. Voilà trois prescriptions d’une valeur évidente qui, pour cette raison même, sont considérées comme allant de soi… alors que, tout au contraire, elles requièrent un rappel constant.

288 Deux dispositions me paraissent indispensables pour assurer, ou tout du moins faciliter, la vie en société : la générosité et la confiance. À défaut de ces attitudes (heureusement plus répandues qu’on ne le croit), la vie deviendrait insupportable : comment, en effet, se comporter si tout n’est que méfiance et mesquinerie, si tout n’est que malveillance et suspicion ? Et pourtant nombre de parents apprennent à leurs enfants à se méfier des gens, inconnus ou pas, au motif qu’ils peuvent leur faire du tort et à ne pas être naïfs en présence des autres puisqu’ils font souvent preuve d’égoïsme. Comment trouver un équilibre entre la promotion d’attitudes altruistes et magnanimes et le développement d’une prudence mesurée et à l’abri de la duplicité ? Confrontés à un tel problème, nous sommes forcés d’admettre que l’éducation est, pour une large part, un art et non une science ou une technique.

289 Thomas Piketty a une vision grandiose de la chose économique. Il en comprend la mécanique (c’est un bon économètre) mais surtout il a la trop rare capacité de la situer à sa juste place dans l’ensemble des sciences sociales (c’est aussi un bon historien, un bon sociologue, etc.). À cet égard, son récent ouvrage, Capital et idéologie, donne une impressionnante leçon quant à la façon de développer une intelligence étendue et profonde de phénomènes aussi complexes que les inégalités sociales et leurs évolutions d’une époque à l’autre ou leurs diverses formes d’un pays à l’autre. Il s’agit là d’une œuvre magistrale propre à nourrir la réflexion non seulement des penseurs que préoccupent ces questions mais aussi des acteurs politiques trop souvent en panne d’idées claires quand vient le temps d’élaborer les programme des partis. Gens de gauche ou de droite, nationalistes ou internationalistes, libéraux ou interventionnistes, tous y trouveront un enseignement décisif : au-delà des idées et indépendamment d’elles, il existe de telles choses que les faits, dans plusieurs cas dûment constatables et même mesurables, faits qu’il faut prendre en compte sous peine de conséquences tragiques découlant de choix relevant plus de l’idéologie que de l’observation critique. Et ces conséquences tragiques, nous le savons maintenant, ne sont pas réservées aux régimes communistes (ex-URSS, etc.) ou aux régimes dictatoriaux de toutes couleurs (Pinochet, Pol Pot, etc.)…

290 La crise du coronavirus aura toutes sortes de conséquences. Il se pourrait, en raison des coûts astronomiques qu’elle engendre, qu’elle oblige nos sociétés à remettre en cause les choix de dépenses que nous faisons. Jusqu’à récemment nous nous permettions plus ou moins tout ce que nous voulions. Aller sur la lune : tant de milliards; produire des armes de guerre : tant de milliards; développer le monde de l’aviation : tant de milliards; favoriser les activités de croisière : tant de milliards; etc. Sans oublier le financement de l’éducation, de la santé, des transports terrestres (voies ferrées, autoroutes…), de la fonction publique, etc. Dans chacun de ces domaines, nos sociétés dépensent ensemble des milliards, voire des billions de dollars à chaque année alors que nous n’avons toujours pas pris la véritable mesure des enjeux climatiques et de leurs coûts, alors que nous n’avons toujours pas réglé en pratique le problème mondial de l’alimentation ni d’ailleurs ni surtout celui des inégalités scandaleuses qui gagnent en étendue – elles se répandent comme jamais – et en profondeur – elles s’accroissent comme jamais –, mettant en péril les équilibres sociaux que nous sommes péniblement parvenus à construire sur plusieurs générations. Saurons-nous saisir l’occasion de la présente crise pour appliquer à des choix qu’on ne peut plus reporter l’audace et la détermination dont nous faisons preuve à l’heure actuelle dans le combat contre la pandémie? Cette question me hante, car si nous ne réagissons pas dans un contexte aussi aiguillonnant que le contexte présent, dans quel contexte le ferons-nous?

291 Tout prosélytisme me paraît un profond manque de respect d’autrui, d’autant plus profond à vrai dire qu’il s’estime par essence justifié, ce qui le rend au surplus intraitable.

22. III. 2020

XLII – NOTULES (272 à 281) : Le plus profond malheur, un très grand danger, spécialisation menaçante, le silence, être contrarien, aller loin, le manque d’argent, penser à soi, les malades, solution

272Le malheur le plus profond qui puisse frapper une personne survient lorsque la seule raison qui lui reste de vivre est le souci de sa propre conservation.

273 Le plus grand danger de l’heure, plus grand même que la menace écologique, c’est l’information frelatée, c’est-à-dire une désinformation consciente de la part de qui la pratique. La désinformation peut être le fait d’un individu qui en ignore le caractère mensonger et qui la rapporte en toute bonne foi. Mais le frelatage de l’information suppose qu’on connaisse l’information exacte, qu’on sache en quoi on veut l’altérer et qu’on ait les moyens, intellectuels, médiatiques, financiers, politiques ou autres, de la dénaturer, de la pervertir, de la contrefaire et, finalement, de la répandre. Puisque les humains agissent ou s’efforcent d’agir sur la base de renseignements considérés fiables, on voit tout de suite la possibilité de contamination par la fausseté passer de la pensée à l’acte, pénétrer à la limite l’ensemble des entreprises humaines. La propagande de guerre, de guerre froide ou chaude, nous a appris de quoi l’information frelatée est capable. Cela valait pour le temps de guerre. À l’heure actuelle, l’information frelatée se déploie en temps de paix et infecte la vie publique sous toutes ses formes, politiques, scientifiques, économiques et, plus gravement encore, éducatives.

274 Le savant ou l’érudit versé en un seul domaine peut constituer une menace sérieuse. Car trop souvent sa tendance instinctive le porte à donner la préséance à son grand savoir. Or, s’il convient d’admettre que la connaissance vaut nettement mieux que l’ignorance, il faut aussi reconnaître que la vision en tunnel développée par et chez trop d’experts les amène à gauchir leurs perceptions et donc leurs actions et réactions et à exercer une influence d’autant plus pernicieuse qu’elle repose sur une base « scientifique » qui en impressionne plusieurs. Dans son monumental Pantagruel, Rabelais affirmait en son temps que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Il faudrait compléter aujourd’hui cette sage maxime en ajoutant que science ou érudition trop pointue mine le savoir qui, par définition, requiert l’ouverture.

275 Sept petites notes et quelques signes musicaux ont permis la création de prodigieux et innombrables chefs-d’œuvre. Les vingt-six petites lettres de l’alphabet européen et quelques signes orthographiques ont rendu possible une multitude de textes de toute nature. Quant à lui, le silence est unique, comme l’absence est unique : dans l’un et l’autre cas, il n’y a rien. Mais ce rien, s’agissant du silence en particulier, est plurivoque : il peut revêtir plusieurs sens, non seulement différents mais parfois complètement opposés. Il existe un silence de la résignation et un silence de la révolte contenue; un silence de l’admiration indicible et un silence de l’horreur inexprimable, un silence du respect et un silence du mépris, un silence stratégique et un silence démuni, un silence de timidité et un silence d’arrogance, un silence amoureux et un silence venimeux, un silence prometteur et un silence désespéré, bref il y a tout un langage du silence. Ce langage fascinant, chacun devrait l’apprendre. Ainsi, la vie en société se trouverait sinon améliorée du moins raffinée. Me semble-t-il…

276 Il y a quelques années, le débat public et la vie sociale, politique et économique étaient assez généralement dominés pare ce que d’aucuns appelaient alors la « go-gauche ». Dans ce contexte, j’avais tendance à adopter des points de vue plutôt à droite pour contrebalancer les mouvements dominants. Maintenant que la droite semble amorcer un véritable retour, et même un retour agressif, je vais avoir tendance à adopter des points de vue plutôt à gauche. C’est ma façon « contrarienne » de prendre part à la vie publique. On m’a reproché, à l’occasion, de ne pas être constant dans ma pensée puisque je passe ainsi de droite à gauche du spectre philosophique, même si je ne vais pas très loin de part et d’autre du centre (érigé apparemment en point de bascule indiscutable). Pourtant, ma position a toujours été d’une constance exemplaire à sa façon. Je m’en suis du reste expliqué dès le moment où j’ai commencé à faire paraître mes Réflexions singulières (voir la page de présentation de mon blogue sur le présent site le 02.IX.2015). Cette constance consiste en ceci qu’il y a toujours lieu, à mon sens, de se méfier des majorités (souvent suspectes) et des engouements de l’heure (souvent peu rigoureux en dépit des apparences). Cette attitude n’a rien de populaire chez la plupart des intellectuels qui ont trop souvent le sens de la chapelle plutôt que le sens critique. Je ne m’étonne plus de cette caractéristique des milieux intellectuels, car il s’agit tout simplement là d’une autre application du principe voulant que les cordonniers soient mal chaussés. Je dois ajouter ici une précision : étant moi-même ce qu’on appelle un intellectuel, il y a fort à parier que je donne aussi dans ce travers…

277 « Un homme ne va jamais plus loin que lorsqu’il ignore où il va » (Cromwell). C’est assez dire combien la lucidité, pourtant précieuse à maints égards, peut arrêter l’élan sous prétexte de l’orienter, et combien l’audace, voire la témérité, pourtant nuisibles sous certains rapports, peuvent rendre possibles des réalisations initialement imprévisibles et même jugées impensables, selon les termes de la lucidité reçue.

278 Le manque d’argent risque fort de pousser les êtres humains au sectarisme. Les démocraties ne devraient jamais oublier cette donnée lorsqu’elles élaborent leurs politiques sociales.

279 Penser à soi, être préoccupé de soi constitue une attitude tellement naturelle qu’on s’étonne normalement de voir chez certains individus l’attention qu’ils nous portent, l’attention réelle, authentiquement bienveillante et détachée dont ils font preuve à notre égard. Car, en règle générale, même les enfants ne parviennent pas habituellement à tant de véritable bonté – à la différence des parents qui parfois y arrivent.

280 Parlant de nombreux malades (pas de tous, heureusement!), Céline le docteur Céline, car il était médecin fait dire à Gustin Sabayot, toubib de son état, qui s’adresse à un collègue en un style sulfureux : « Tu les crois malades ? (…) S’ils viennent te relancer, c’est d’abord parce qu’ils s’emmerdent. (…) Aux malheureux, retiens mon avis, c’est l’occupation qui manque, c’est pas la santé… Ce qu’ils veulent c’est que tu les distrayes, les émoustilles, les intrigues avec leurs renvois… leurs gaz… leurs craquements… que tu leur découvres des rapports… des fièvres… de gargouillages… des inédits !… Que tu t’étendes… que tu te passionnes… C’est pour ça que t’as des diplômes… Ah ! s’amuser avec sa mort tout pendant qu’il la fabrique, ça c’est tout l’homme, Ferdinand ! » (Louis-Ferdinand CÉLINE, Mort à crédit.)

281 « Si mon problème a une solution, pourquoi m’en faire? S’il n’en a pas, pourquoi m’en faire? » Quel merveilleux exemple de sagesse fournit cet adage asiatique.

21. II. 2020

XLI- NOTULES (260 à 271) : Distraction ou bonheur, perception déformée, sincérité, esprit de découverte, être désintéressé, flagornerie et bêtise, insignifiance de chacun, originalité de chacun, suicide, élite, néant, mépris

260« Elle avait déjà assez d’expérience de la vie pour savoir qu’être heureux ce n’est que se distraire. » (Charles NODIER, Jean Sbogar, II.)

261 L’être humain a l’hallucinante capacité de voir ce qu’il regarde par le bout de la lorgnette qui lui convient, d’interpréter ce qu’il voit ainsi de la façon qui l’arrange et d’agir en fonction du tout de la manière qui l’avantage. Cette capacité, on ne doit jamais la sous-estimer et l’on ne peut en aucun cas la surestimer.

262 La sincérité est le plus bel hommage qu’on peut rendre à autrui mais aussi le plus grand risque qu’on puisse prendre avec lui.

263 « On ne se donne la peine de découvrir que ce dont on suppose l’existence. » (Jules ROMAINS, Les Hommes de bonne volonté. V – Les Superbes, 26.)

264 –  La générosité vraiment détachée existe, quoi qu’on en dise, elle est même moins rare qu’on ne le prétend. Cependant, le désintéressement que quelqu’un nous témoigne se rapporte rarement à ce qu’on voudrait. Tout est là : le désintéressement des uns correspond trop souvent aux désintérêts des autres.

265 La flagorneur intelligent – s’il existe – ne peut appliquer son procédé qu’aux imbéciles. Et, comme la flagornerie est fort répandue, on a le droit de supposer soit que les imbéciles abondent, soit que les flagorneurs manquent d’intelligence, soit encore les deux simultanément.

266 «  […] vous êtes moins sensible à ce que les autres pensent de vous quand vous prenez conscience du fait que, la plupart du temps, ils ne vous prêtent aucune attention. » (David Foster WALLACE, L’infinie comédie, Paris, Éditions de l’Olivier, 2015, p. 284.)

267 « […] chacun croit dur comme fer, en son for intérieur, sans l’avouer, être différent des autres. Ce n’est pas nécessairement pervers. » (David Foster WALLACE, L’infinie comédie, Paris, Éditions de l’Olivier, 2015, p. 286.)

268 La possibilité du suicide demeure un réconfort inexpugnable : lorsque rien n’y fait, il ne faut jamais oublier qu’à défaut de mieux se supprimer soi-même peut rester le seul et unique moindre mal disponible.

269 Il faut une élite comme il faut un moindre mal.

270 La peur du néant a je ne sais quoi d’insolite : que peut-on bien lui reprocher ?

271 Il ne faut pas mépriser ce qu’on ne comprend pas.

26. I. 2020

XL – NOTULES (251 à 259) : Le respect mérité, l’hommage de la haine, solitude et médiocrité, la simplicité, l’originalité, la vanité, discours et pensée, le méprisable, la médiocrité

251Nonobstant toute Charte des droits et au-delà du principe de dignité humaine, chaque individu n’a droit qu’au respect qu’il mérite.

252 On ne fait pas à n’importe qui l’hommage de sa haine : il faut respecter pour haïr sinon l’on méprise ou l’on a pitié.

253 La solitude, a-t-on écrit, constitue la patrie des grandes âmes : fort possible, en effet, bien que je n’en sois pas tout à fait assuré. En revanche, l’incapacité d’apprécier la solitude fût-ce à l’occasion me semble indéniablement un critère valable pour dépister la médiocrité.

254 Nul ne peut simuler la simplicité, car la simulation implique le double. D’où la rareté, le caractère inestimable des personnes véritablement simples.

255 La recherche de l’originalité n’a rien de bien singulier.

256 La vanité n’est pas risible, ni tragique d’ailleurs, non pas même bête : elle est un symptôme.

257 Certaines personnes ne laissent jamais aucune pensée interrompre leurs discours.

258 À tout prendre, il n’y a guère de méprisable que ce qui est méprisant.

259 La médiocrité ne mérite pas toujours le mépris dont on l’accable : elle représente effectivement le maximum dont plusieurs sont capables.

14. XII. 2019

XXXIX- NOTULES (243 à 250) : L’autoritarisme multi-facettes, la jalousie, la constance de Donald Trump, l’indispensable Catherine Dorion, encore les croisières, un marxisme renouvelé, Anne Hébert et Marie-Andrée Lamontagne, une tradition biographique qui s’affirme

243« La montée de l’autoritarisme ne se résume pas à l’émergence de régimes populistes à propension dictatoriale ; elle se manifeste aussi par un interventionnisme disciplinaire dans les démocraties les plus libérales. » (Jean Claude KAUFMANN, La Fin de la démocratie, Apogée et déclin d’une civilisation, Paris, Les liens qui libèrent, 2019, p. 91.) Les mots « interventionnisme disciplinaire » désignent la façon de faire qui consiste a) à imposer une manière de se comporter, de se vêtir, de parler, bref d’agir à tous égards et b) à sanctionner toute personne qui ne se soumet pas à cette manière de se comporter. Il y a ici matière à réflexion pour une société qui veut dicter l’acceptable et l’inacceptable en matière vestimentaire…

244 « Le plus extraordinaire dans la jalousie, c’est de peupler une ville, le monde, d’un être qu’on peut n’avoir jamais rencontré. » (Annie Ernaux, L’Occupation, Paris, Gallimard [collection Folio, no. 3902], p. 20.) La finesse psychologique d’Annie Ernaux, sa pénétration subtile des sentiments les plus secrets lui permettent comme à peu d’auteurs et d’analystes de décrire les effets bienfaisants ou ravageurs d’une vie intérieure dont on n’a pas toujours le contrôle.

245 Il y a une qualité qu’on ne peut refuser à Donald Trump : la constance ! Ces derniers jours, il a informé les dictateurs et despotes de la planète, qui sont en quête de refuge, qu’ils étaient les bienvenus aux États-Unis en raison des investissements qu’ils pourraient y faire. Incroyable mais vraie, une telle invitation ne s’invente pas. Elle serait même qualifiée de grossière invraisemblance sous la plume des meilleurs écrivains. Et pourtant, cet inénarrable Donald Trump, sans doute à la recherche comme toujours d’une sottise supplémentaire et originale à commettre, a bel et bien proféré cette hallucinante insanité. Fidèle à lui-même, d’un bêtise qui ne se dément pas, le 45e Président des États-Unis affiche une constance désespérante aux yeux des personnes de bon sens…

246 Si Catherine Dorion n’existait pas, il faudrait l’inventer. Ce que d’aucuns appellent ses frasques a le rare mérite d’agir comme un révélateur des esprits les plus superficiels, ces esprits qui cultivent le sens du secondaire et n’hésitent nullement à afficher publiquement leur goût de l’inanité. Comment expliquer autrement qu’on s’en prenne à cette députée qui ose être elle-même en portant un vêtement qui lui convient mais ne répond apparemment pas aux canons de gens qui, faut-il le présumer, s’érigent en norme de ce qui est séant  ?

247 En raison d’une fausse impression laissée par ma récente notule sur les croisières, je dois revenir sur le sujet. Je maintiens tout ce que j’ai écrit mais j’ajoute qu’il existe des formules de croisières qui me semblent, elles, réellement valables : ce que j’appelle les « croisières-autobus ». Ces croisières, en fait, n’en sont pas. Le bateau circule de ville en ville sur un circuit que chacun peut parcourir à son rythme et selon ses intérêts. Ledit bateau, par exemple, nous laisse dans tel port à 13h00 et repart, disons, à 22h00. On peut ne pas y revenir mais on sait qu’il repassera dans deux jours à la même heure ou dans une semaine, etc., et on pourra le reprendre à ce moment-là si c’est cela qui nous convient. Dans un tel cas, le bateau en cause agit comme un autobus dans lequel on monte à l’heure et au jour qui nous va et qu’on a choisis en fonction de l’horaire et du calendrier qui nous a été communiqué au départ. Cette formule se révèle parfaitement compatible avec l’initiative que certains passagers désirent conserver quant au choix des lieux auxquels ils veulent consacrer plus ou moins de temps, etc.

248 D’après certains penseurs, la théorie marxiste redeviendrait pertinente pour peu qu’on remplace ses catégories traditionnelles – prolétariat, bourgeoisie, etc. – par de nouvelles catégories reflétant les composantes actuelles de nos sociétés, nommément les élites et le peuple. Ainsi assisterait-on présentement un peu partout au monde à un affrontement entre les élitaires et les populistes. Je ne sais pas si une telle interprétation de la situation actuelle résisterait à une analyse rigoureuse. Je n’ai pu procéder encore à une telle analyse. En revanche, je ne saurais nier qu’on observe bel et bien un clivage entre élitaires et populistes et, dans plusieurs pays, à un véritable combat entre ces deux groupes. Les États-Unis, à leur manière, constituent le théâtre d’un tel combat, le Brésil aussi, l’Italie également. Bref, il est bien possible que cette façon de voir touche juste.

249 La biographie que Marie-Andrée Lamontagne a consacrée à Anne Hébert, Anne Hébert, vivre pour écrire (Montréal, Boréal, 2019) constitue un travail magistral dans son ordre : la recherche y est poussée et toujours soucieuse de prendre appui sur des bases rigoureuses, l’écriture ne renonce jamais à la précision même si elle demeure toujours élégante, le « mouvement » de la narration accompagne fidèlement le mouvement même de la vie qu’elle entend relater, la couleur de l’époque est bien rendue et les portraits des personnages entourant Anne Hébert sont conformes à ce qu’on en sait par ailleurs et mieux détaillés encore dans la mesure même où ils veulent rendre possible une meilleure intelligence de la personne, de la vie et de l’œuvre de la « mystérieuse » Anne Hébert.

250 La Gabrielle Roy de François Ricard, l’Adrien Arcand de Jean-François Nadeau, l’Éva Circé-Côté d’Andrée Lévesque, le Louis-Antoine Dessaulles d’Yvan Lamonde tout comme l’Anne Hébert de Marie-Andrée Lamontagne, le Pierre Le Moyne d’Iberville de Guy Frégault ou l’Ignace Bourget de Léon Pouliot illustrent à merveille un fait inspirant : il se développe chez nous une tradition de la biographie qui constitue lentement mais solidement un fonds descriptif de personnages significatifs dans notre histoire culturelle, politique, idéologique et religieuse. Un tel fonds n’a pas moins d’importance, à sa manière, que les fresques majeures portant sur certaines époques historiques ou certains thèmes globaux, telles celle que Marcel Trudel a consacrée à l’Histoire de la Nouvelle-France ou celle d’Yvan Lamonde sur l’Histoire sociale des idées au Québec ou encore celle de Fernand Ouellet qui traite de l’Histoire économique et sociale du Québec, 1760-1850. Au moment où les inscriptions universitaires en histoire semblent en perte de vitesse, il y a quelque chose de réconfortant à voir se constituer ainsi une tradition de recherche – informelle certes mais réelle tout de même – vouée notamment à des personnalités qu’on a tout avantage à mieux connaître pour comprendre plus adéquatement les années et les milieux qu’elles ont marquées.

25. XI. 2019

XXXVIII- NOTULES (234 à 242) : Croisières, ma petite compagne, une perversité protectrice, le danger des débats entre chefs, l’insanité protectrice, Legault et l’environnement, un choix empoisonné, se croire à l’abri, la multiplication des cinglés

234Les croisières représentent, pour moi, un véritable mystère. Partir en croisière, c’est partir en apportant avec soi son chez soi : un milieu riche – les bateaux de croisière de sont jamais remarquables par leur frugalité ! –, des loisirs comme à la maison – cinéma, piscine, salle de gym –, son alimentation habituelle – mais en plus relevé encore –, ses soirées haut de gamme – soirée du capitaine, soirée « casino » –, bref c’est apporter avec soi tout ce qui garantit qu’on ne croisera pas le pays où l’on se rend, les gens qui y vivent, la culture typique qu’on y trouve, les loisirs qu’on y pratique, les aliments qu’on y prépare et, plus globalement, tout ce qui caractérise l’endroit visité. Évidemment, on peut descendre ici et là pour quelques heures dans un pays nouveau dont on ne découvrira rien sinon la zone portuaire, on peut même y faire escale un jour ou deux, ce qui laisse davantage de temps pour visiter les boutiques pour touristes ou assister à un spectacle, voire visiter un musée. Mais rapidement on retourne à son hôtel flottant. La croisière, c’est un moyen sophistiqué de se rendre dans un pays qu’on évitera soigneusement de connaître sérieusement mais dont on pourra dire qu’on y est allé. C’est probablement là le moyen le moins écologique de rater avec élégance le but même des voyages.

235 Ma petite compagne à quatre pattes, une chihuahua miniature (c’est petit, ça!), s’appelait Charlotte. Elle faisait ses promenades avec moi, habituellement deux fois par jour, et tout le monde la connaissait dans les environs. Elle m’accompagnait quand je lisais, généralement installée sur moi, et quand j’écrivais, alors placée dans un petit panier tout à côté de mon ordinateur. Elle ne me quittait que rarement et pour de courts laps de temps. Les seules fois où nous étions un peu plus longuement séparés relevaient de mes obligations, par exemple lorsque je devais faire des courses. Ces derniers temps elle a eu de multiples crises d’épilepsie. Il y a quelques jours, six épisodes sont survenus dans la même journée. Elle n’était plus elle-même. Sa joie de vivre, normalement si facilement perceptible à sa manière d’attaquer le boyau de l’aspirateur ou de frétiller de la queue au moment se sortir pour une promenade ou de recevoir sa pâtée, eh bien ! cette joie de vivre était comme amortie, sinon complètement annulée. Je ne crois pas donner dans l’anthropomorphisme en précisant qu’elle vivait dans la terreur de la prochaine attaque et que, pour cette raison, elle ne voulait plus du tout s’éloigner. Il a semblé préférable de mettre un terme à ses jours. Nécessaire, je crois, ce choix n’en a pas moins été difficile. Et la tristesse qui a suivi était bien réelle ! J’imagine ce que ça peut être de vivre la mort d’un enfant…

236 Ce qui protège Donald Trump, c’est sa perversité. Ce disant, je ne rigole pas du tout : au contraire, je crains d’avoir tragiquement raison ! Et je pense qu’on en aura bientôt la preuve. On annonce en effet la parution prochaine d’un ouvrage où l’on établira qu’au moins vingt-six autres femmes ont été victimes des actes déplacés de Donald Trump à leur égard, certaines d’entre elles ayant même été victimes de viols en bonne et due forme. Or il y a fort à parier que ce livre ne va pas beaucoup émouvoir l’opinion. Pourquoi ? Parce que tout un chacun voit en Donald Trump une espèce de déséquilibré hyper-malsain qui pourrait fort bien effectivement avoir agi ainsi à l’égard des femmes. Autrement dit, aucun effet de surprise ne viendra déclencher une réaction de révolte ou de répugnance, comme la chose serait sûrement arrivée si on avait découvert de tels comportements chez un Barack Obama. Trump a une telle habitude de la perversité, sa dépravation admise – il s’est déjà vanté d’être un pussy-graber – constitue désormais un lieu si commun que personne ne pourra s’étonner devant ce nouvel ouvrage et ses nombreuses dénonciations, fussent-elles parfaitement documentées !

237 Patrice Roy a magnifiquement géré le dernier débat des chefs de la campagne électorale. Malgré sa performance, j’affirme pourtant qu’un tel débat demeure un exercice dangereux du fait qu’il procure à certaines personnes le sentiment d’en savoir plus sur les tenants et aboutissants de l’élection à venir. Les spécialistes qui analysent un tel débat ne représentent pas du tout l’électeur moyen : ces spécialistes suivent comme personne les activités électorales et, plus largement, la vie politique en général, et leur jugement s’en trouve faussé, dans la perspective de qui veut connaître l’influence des débats sur l’électorat. J’ai moi-même regardé le débat des chefs et j’ai pu constater ce qui suit. A) Chacun(e) des participant(e)s se souciait d’abord d’éviter de dire quoi que ce soit qui pût devenir un clip susceptible d’être utilisé contre lui (elle) par des adversaires qui prendraient un malin plaisir à le faire circuler. B) Tout le monde sur ce plateau de télé voulait trouver la formule qui resterait dans l’esprit d’un maximum de téléspectateurs, la formule qui ferait mouche donc et qui pourrait profiter à son auteur. C) Aucun des chefs de parti présents lors de cet exercice n’avait de toute manière suffisamment de temps pour présenter de façon un peu substantielle ne serait-ce qu’un élément de son programme ou de sa pensée politique. D) En un mot comme en cent, un tel débat ne permet aucunement d’apprécier ces individus à leur juste valeur : qu’il s’agisse d’Yves-François Blanchet ou d’Elizabeth May, de Justin Trudeau ou d’Andrew Sheer, de Jagmeet Singh ou même de Maxime Bernier. E) De toute façon, à l’occasion d’un tel débat, personne ne s’occupe vraiment des questions qu’on pose ou des sujets qu’on aborde : pour tout le monde en effet, la seule et unique chose qui compte, c’est de passer certains éléments de message, quitte – pour ce faire – à détourner le sens de n’importe quelle question en vue de « caser » ce qu’on veut dire en y répondant. Voir dans un tel exercice un élément majeur de la vie démocratique me paraît donc non seulement insignifiant, mais risqué, périlleux…

238 L’insanité de Donald Trump fait de plus en plus consensus. L’idée voulant qu’il se donne délibérément un air imbécile ne tient plus la route, car il est devenu évident qu’il se nuit désormais à lui-mème bien davantage qu’à ses adversaires en agissant comme il le fait. En ce sens l’insanité de Donald Trump nous protège du pire. Imaginez de quoi il serait capable s’il était pleinement maître de ses actes au lieu d’être victime de son impulsivité maladive et de sa perception pathologique de lui-même et du monde ?

239 Le premier ministre Legault se déclare favorable au projet de gazoduc GNL avec le transport maritime qu’il entraînera, il soutient la cimenterie de Port-Daniel sachant que le ciment constitue une source majeure de pollution, il ne veut surtout pas que l’île d’Anticosti soit inscrite au Patrimoine naturel mondial alors qu’on y trouve des caractéristiques uniques, il tient au troisième lien entre Québec et Lévis à l’encontre des avis unanimes de gens compétents, bref on voit bien que cet individu n’a aucun souci réel de l’environnement. Et il prétend le contraire allant jusqu’à invoquer ses propres enfants auxquels il ne voudrait pas léguer un monde contaminé. Il ne lui a pas suffi de rompre ses engagements à l’égard des signataires du Pacte pour la transition de Dominic Champagne et Cie que plus de 280 000 personnes ont signé, il s’est aussi fait un devoir d’ignorer la marche pour l’environnement de plus de 500 000 personnes soulevées par Greta Thunberg. Que dire devant tant de mauvaise foi ou, pire encore, devant tant de bonne foi si complètement dépourvue de lucidité scientifique, de capacité de choisir selon les données probantes et de courage d’agir en conséquence ? Je ne suis pas un défenseur des décisions prises sur la seule base du grand nombre de gens qui souhaitent ceci ou cela. Mais il arrive présentement qu’il y a un consensus scientifique sur de nombreuses questions environnementales, et ce, de la part de savants appartenant à de multiples disciplines et champs de recherche. Il se trouve de surcroît que de nombreux citoyens partagent le point de vue de la science, point de vue qui ne leur facilite pourtant pas la vie et qui annonce des jours difficiles. Dans ces conditions, je vois mal comment je pourrais conserver quelque estime pour le gouvernement Legault… à tout le moins à ce propos et tant qu’il ne réajustera pas le tir…

240 L’électorat canadien devra bientôt choisir entre deux chefs dont, apparemment, aucune majorité ne veut. Ce n’est pas la première fois que c’est ainsi, ce qui est regrettable, mais c’est pire que les fois antérieures. Voici pourquoi. La dernière élection fédérale a donné les résultats suivants (chiffres arrondis au plus près) : le Libéraux ont obtenu 40 % des voix, les Conservateurs 32 %, les Néo-démocrates 20 %, le Bloc québécois et le Parti vert moins de 5 % chacun. Si aucune majorité ne s’est imposée, il reste que ceux qui ont voté pour les Libéraux voulaient soutenir Justin Trudeau parce qu’ils croyaient en lui. À tort, diront certains, mais enfin c’est ce qu’ils croyaient à l’époque. Présentement, autant que je puisse voir, on ne veut pas choisir un chef, quel qu’il soit, parce qu’on croit en lui, mais parce qu’on juge l’autre chef pire encore. Autrement dit, nous serions en présence d’un véritable choix empoisonné entre deux maux, et l’on choisira le moindre sachant néanmoins que ça demeure un mal ! Je me permets ici une prédiction, ce que je m’interdis pourtant depuis toujours : si notre société ne trouve pas le moyen d’attirer en politique des gens inspirants par leur vision, par leur envergure, par leurs valeurs, le scepticisme va s’accroître, le phénomène d’abstentionnisme va s’intensifier, la vie démocratique va continuer sa dérive et, tôt ou tard, nous paierons le prix de notre incurie sous la forme d’un leader mal intentionné ou gravement incompétent ou d’un chef à la poigne de fer mal dominée ou mal orientée. La nature a horreur du vide. Et la politique également, aussi invraisemblable que ça puisse paraître dans le vide dont on semble s’accommoder depuis trop longtemps.

241 Pour compléter la précédente notule, je dois ajouter ceci. Les Québécois et les Canadiens sont un peuple calme, doux, paisible dont on dit souvent qu’il ne peut s’abandonner à des excès comme ceux qu’on observe présentement aux États-Unis, en Hongrie, en Pologne ou ailleurs dans le monde occidental (sans parler du reste du monde). Je crois qu’une telle conception témoigne d’une naïveté indéfendable à la lumière des connaissances historiques dont on dispose maintenant. On ne doit pas exclure, on ne peut pas exclure que des dérives puissent survenir chez nous comme elles surviennent ailleurs et même dans des pays qui devraient avoir été guéris à jamais de telles dérives par les événements tragiques qu’on y a vécu lors, par exemple, de le Seconde Guerre mondiale. Se croire à l’abri des déviations les pires, précisément parce qu’elles sont les pires et qu’elles nous répugnent actuellement, c’est un premier pas sur la pente savonneuse qui aboutit à l’acceptation de petites déviations au motif qu’il faut parfois faire des compromis risqués pour éviter le pire, tout en oubliant qu’on s’habitue vite aux petites déviations…

242 Il y a beaucoup de cinglé(e)s dans la société moderne. Y en a-t-il plus qu’avant ? Je ne saurais le dire avec certitude mais je parierais que oui. Il y en a plus en chiffres absolus vraisemblablement, car la population est bien plus grande maintenant qu’au XVIIIe siècle, par exemple. La question n’est donc pas là. Ce qu’il faudrait connaître, c’est la proportion de déséquilibrés dans nos populations pour pouvoir la comparer à la proportion correspondante dans les populations antérieures. Je doute qu’on puisse jamais parvenir à établir des données sur lesquelles tout le monde s’entendrait : nos instruments de mesure demeurent inadéquates en ces matières, surtout quand on les applique à des périodes éloignées dans le passé, et nos définitions de la démence, de la folie plus ou moins poussée, de l’aliénation mentale plus ou moins complète ou durable donnent lieu à des discussions serrées parmi les spécialistes en psychiatrie, en psychologie et en neurosciences. Il reste que des étudiants en plus grand nombre qu’auparavant attaquent physiquement leurs professeurs et pour des motifs plus variés que jamais (qui vont de l’échec à un examen à la punition imposée même à bon droit) ; que des élèves du secondaire mais aussi du primaire s’adonnent à des pratiques de harcèlement (bullying) parfois si cruelles qu’elles mènent les victimes au suicide ; que des employés tuent leur patron parce qu’on les a rétrogradés ou congédiés ou parce qu’on leur a refusé une promotion ou une augmentation de salaire ; que des individus, radicalisés ou non, tuent le plus grand nombre possible de gens dans des endroits publics ; que des personnes sans histoire jusque-là en arrivent à commettre l’irréparable parce qu’elles estiment devoir s’en prendre aux femmes ou aux homosexuels ou aux infidèles… Évidemment, de nos jours, les moyens techniques de mal faire sont plus répandus et plus efficaces, qu’il s’agisse des armes à feu ou des moyens de communication par Internet ou autrement. Considéré sous cet angle, le phénomène de la croissance des comportements dérangés relève peut-être simplement de la variété accrue des possibilités offertes aux cinglé(e)s de libérer leurs tendances désaxées. Mais il ne faudrait pas trop vite en arriver à cette conclusion. Si l’on tient à réduire toutes ces pratiques démentes, il faut accepter de formuler des hypothèses qui ne nous plaisent pas mais qui mettront peut-être le doigt sur une ou des explications à prendre en compte. À côté du contrôle des armes à feu, y a-t-il d’autres contrôles qui s’imposeraient ? Doit-on en envisager à l’égard d’Internet (en ce qui touche la pornographie infantile, entre autres) ? À l’égard des jeux vidéo (surtout peut-être en ce qui concerne les jeux hyper-violents destinés aux jeunes) ? Convient-il d’imposer certaines pratiques dans le champs de l’éducation ou, au contraire, d’exclure certaines pratiques qui y sont présentement admises ? Je suis personnellement favorable à la légalisation du cannabis et de toutes les drogues d’ailleurs, mais est-ce une bonne chose, fût-ce dans le seul cas du cannabis ? J’ai le sentiment justifié ou non, je l’ignore que notre société réalise que les déséquilibres mentaux deviennent de plus en plus nombreux, de plus en plus profonds peut-être, de plus en plus ravageurs probablement et qu’il faut intervenir pour qu’on ne soit pas submergé par cet inquiétant phénomène. Simultanément, j’ai l’impression que cette même société refuse d’envisager certains ajustements éventuellement indispensables. Non pas qu’elle refuse de les mettre en œuvre : on n’en est pas encore là… Mais elle refuse de les envisager… Si tel est bien le cas, nous pourrions avoir de redoutables surprises…

14. X. 2019

XXXVII – NOTULES (224 à 233) : Amin Maalouf et le nationalisme, se rendre méprisable, manquer de jugement, vivre ou durer, idée de base du nationalisme, un cinéma québécois de haut calibre, les végétaux, les animaux et l’éducation, petite erreur et gros dégâts, la justice disparue, des chefs hors contrôle

224Dans Le Naufrage des civilisations (Paris, Grasset, 2019), Amin Maalouf a le courage de dire tout haut ce que de plus en plus de gens pensent tout bas. Voici deux brefs extraits sur le XXIe siècle, qui illustrent son propos : «  L’une des caractéristiques de ce siècle, c’est justement qu’il y a de moins en moins de facteurs qui rassemblent. J’ai failli ajouter : surtout quand il s’agit des nations plurielles. Mais la précision est superflue. Plurielles, elles le sont toutes, même si certaines l’admettent plus volontiers que d’autres. Et toutes, donc, ont du mal à tisser des liens solides entre des personnes, des familles et des communautés ayant eu des itinéraires différents. Les recettes traditionnelles qui ont formé les nations depuis des siècles ne servent plus beaucoup de nos jours. Si l’on n’a pas des ancêtres communs, on ne peut pas les inventer de toutes pièces. Et s’il n’existe pas un « roman national » accepté spontanément par tous, on ne peut pas l’imposer non plus (p. 258, les italiques sont de moi). « Je me demande si l’égarement des hommes, tel que nous le constatons aujourd’hui, n’est pas dû en partie à cette détestable habitude que l’on a prise, à partir du XIXe siècle, de morceler les ensembles où se côtoyaient plusieurs nations, afin que chacune d’elles vive séparément » (p. 68, les italiques sont de moi).

225 L’attitude de Maxime Bernier à l’égard de Greta Thunberg révèle un trait gravement préoccupant de la personnalité de cet individu et, plus encore, de notre société. Attaquer personnellement cette très jeune fille – elle n’a que 16 ans – pour disqualifier ses positions à propos des changements climatiques au lieu de discuter ses positions quant au fond, voilà une procédure connue depuis l’Antiquité et méprisée depuis toujours sous le nom significatif d’attaque ad hominem. Mais Maxime Bernier ne se contente pas de cela : il donne aussi dans ce qu’on appelle l’attaque ad personam qui consiste à s’en prendre à son interlocuteur – son interlocutrice, dans le cas présent – non pour disqualifier ses positions mais pour rabaisser sa personne même, la déprécier, l’avilir, bref pour l’humilier. Ce faisant, Maxime Bernier se rend méprisable aux yeux de tous ceux et de toutes celles qui ont du cœur. On peut s’étonner qu’un être humain cherche ainsi à se montrer abject, mais enfin à chacun sa pathologie… En revanche, que notre société soit devenue telle que ce comportement soit rendu possible, voilà qui en dit tragiquement long ! Heureusement, nous n’en sommes pas au point où l’ignominie fait recette. Mais il ne faut pas attendre d’y être arrivé pour réagir.

226 Le manque de jugement constitue une véritable marque de commerce chez certains personnages. Pierre Karl Péladeau appartiendrait-il à cette catégorie d’esprits bancals ? Plusieurs croient que oui. Non seulement en raison de son fameux poing levé lors de la dernière campagne électorale, mais aussi en raison de son attaque contre les entreprises quêteuses qu’il a dénoncées en commission parlementaire sur les médias alors que sa propre entreprise, Québécor, est l’une des plus quêteuses, voire la plus quêteuse de toutes.

227 Tomber malade et se soigner soi-même ou recourir au médecin pour bénéficier d’un traitement approprié, le tout pour finalement retrouver la santé ou, à tout le moins, un état de santé raisonnable, voilà qui fait partie de la vie de la quasi-totalité des êtres humains. Devenir malade au point que l’activité principale de la personne concernée consiste uniquement à faire ce qu’il faut pour ne pas mourir, je n’appelle pas cela vivre mais durer. Quand le seul but de son activité est de durer, il me semble qu’on ne mène plus une vie proprement humaine. Or je constate que certaines personnes, de leur propre avis, ne font plus que cela : durer. Du lever au coucher, elles se soucient de leur médication, elles contrôlent leur diète, elles visitent les médecins et les hôpitaux, elles se reposent en faisant une ou deux siestes, elles s’obligent à quelques exercices jugés indispensables, elles se refusent nombre de petits plaisirs au motif qu’ils ne leur conviennent plus vu leur état, elles sont irritées en raison de leur mauvaise capacité auditive ou visuelle, elles s’interdisent diverses activités qu’elles s’estiment incapables de pratiquer sans danger, elles cherchent souvent leur souffle, elles fréquentent peu de gens, bref elles ne font plus rien d’autre que de prendre soin d’elles-mêmes. Et elles durent. Mais pourquoi ? Si, un jour, je me trouve dans une telle situation, j’ose espérer que je pourrai prendre la décision de tourner la page.

228 À bon droit, Jürgen Osterhammel dénonce avec vigueur et précision l’inexactitude ou la fausseté d’« une idée de base de la rhétorique nationaliste selon laquelle la nation serait naturelle et originelle » (La Transformation du monde. Une histoire globale du XIXe siècle, Paris, Nouveau Monde éditions, 2017, p. 579). Si les conséquences de ce constat sont immenses, celles de son rejet le sont davantage encore. On ne peut impunément soutenir que la nation est chose naturelle alors que, à l’évidence, elle constitue un produit culturel… avec tout ce que cela implique.

229 Les cinéastes québécois n’ont rien à envier aux cinéastes français, anglais, américains ou autres. Ils ne manquent pas de créativité et maîtrisent bien les techniques de leur art. Je viens de revoir Victoria : les jeunes années d’une reine de Jean-Marc Vallée, et je m’en trouve plus que jamais convaincu de la grande valeur de nos artistes du septième art. Pour ce film, Vallée a travaillé avec des gens de première force, Martin Scorsese, producteur et réalisateur célèbre (Taxi Driver, Le Loup de Wall Street, etc.), le scénariste et auteur renommé Julian Fellowes (Downton Abbey, Past Imperfect, etc.), des comédiens sensibles comme Emily Blunt dans le rôle de Victoria, bref toute une équipe de personnes remarquablement douées en leur domaine lui ont fait confiance et avec raison. Le traitement du sujet aurait aisément pu verser dans la facilité, ce qui n’est pas le cas. Le traitement du sujet aurait également pu pousser à prendre des libertés avec l’histoire, ce qui n’est pas le cas non plus. Jean-Marc Vallée a fait bien plus qu’éviter les nombreux pièges que comporte la réalisation d’un tel film : il en a fait un modèle dans son ordre, le docudrame.

230 Les végétaux et les animaux abondent sur notre planète. Et pourtant, de plus en plus d’enfants, dans nos sociétés dites avancées, n’ont aucun contact direct avec eux ou vraiment très peu. Quand des enfants croient que les fruits et légumes « poussent au magasin », ce que j’ai entendu dans un documentaire récent tourné chez nous, quand de jeunes enfants ne connaissent des chiens, chats et autres compagnons à quatre pattes que les attaques des bull-terriers et qu’ils apprennent en conséquence à se méfier des bêtes en général, quand en somme les rapports des enfants au monde végétal et animal sont ainsi distordus, je me demande s’il ne faudrait pas trouver une façon de compenser le biais avec lequel ils commencent leur vie. Je comprends que certaines familles ne puissent avoir d’animaux à la maison, Je comprends même qu’on puisse n’avoir aucune plante chez soi : après tout, tout le monde n’a pas le pouce vert. Il reste que les jeunes d’âge préscolaire dont la vie familiale – le gros morceau de leur vie – n’offre aucun contact avec les fleurs ou les plants de tomates, avec les ronrons d’une chatte, les coassements d’une grenouille ou les croassements d’un corbeau me paraissent rater quelque chose que bon nombre d’entre eux auront de la difficulté à rattraper ultérieurement. Les animaux et les végétaux des dessins animés peuvent être sympathiques. Ceux des documentaires sont assurément instructifs. Ceux que nous montrent plusieurs sites Web sur Internet se révèlent souvent fascinants. Mais qui pense sérieusement que ces rencontres artificielles peuvent réellement remplacer l’expérience du véritable contact avec des vraies fraises et des vrais moutons dans un vrai champ ?

231 Une chose, même petite, toute petite, peut faire dérailler une compagne électorale. Le poing levé de Pierre Karl Péladeau, la remarque de Lise Payette sur les Yvette représentent deux cas célèbres de ce phénomène. Le blackface de Justin Trudeau en sera peut-être un nouvel exemple. Je suis sidéré qu’on puisse en arriver à changer complètement les données d’une élection par un tel mécanisme. Je veux bien qu’on accuse les médias sociaux d’amplifier la résonance de ces actes spécifiques mais ultimement ce sont les électeurs qui votent et non les médias sociaux. Que certains gestes gravissimes entraînent à eux seuls une telle conséquence, je le conçois fort bien : à titre d’illustration, si un politicien est trouvé coupable de viol ou s’il a fraudé l’État dans l’exercice de ses fonctions ou s’il s’est parjuré, je comprendrais qu’on ne veuille pas l’élire. Toutefois, si l’on exclut de tels actes extrêmes, je ne vois pas comment on peut justifier de renoncer à une option politique jusque là perçue comme valable en raison d’un ou de quelques actes ou d’un ou de quelques mots peu brillants certes mais qui ne font pas le poids, à mon avis, en regard de la gravité de l’acte électoral. Ce qui est en jeu ici, c’est la base même sur laquelle les citoyens font reposer l’acte le plus décisif de leur vie politique : voter !

232 « La justice, à présent, on ne la trouve plus chez personne ; partout, traîtrise et ruse. » (Général Yánnis MAKRIYÁNNIS [1797-1864], Mémoires, II, 258 – cité par Georges SÉFÉRIS, Journal de bord, II, Genève, Éditions Héros-Limite, 2011, en note au poème intitulé Dernier arrêt.)

233 Donald Trump, Boris Johnson, Jair Bolsonaro, Matteo Salvini, Viktor Orban, Recep Tayyip Erdogan, Rodrigo Duterte, Vladimir Poutine, Mohammed ben Salman, Nicolas Maduro, Bashar al-Assad et tant d’autres dirigeants publics paraissent – à des degrés divers et selon des modalités différentes – dépourvus de respect pour les institutions, pire encore : pour leurs propres concitoyens ; ils semblent également prêts à mentir et à manipuler (quand ce n’est à tuer ou à faire tuer) à une échelle sans précédent et à un degré incomparable. Rien, en eux-mêmes, ne semble pouvoir les arrêter : ni conscience droite, ni jugement sain, ni science avérée, ni échanges avec des homologues éclairés. Il ne reste que des ressorts hors d’eux-mêmes pour contenir leurs excès : des institutions indépendantes (là où il y en a), des procédures légales (là où elles existent véritablement et ne sont pas de simples simulacres), des mouvements populaires (là où ils peuvent se développer et non provoquer des affrontements mortels), ultimement la révolution (là où sont en nombre suffisants ces individus rares qu’il y a lieu d’appeler des héros). Et encore, je ne parle pas ici du cas d’espèce que constitue Xi Jinping dont l’intérêt pour la vie privée de ses concitoyens l’amène à développer et implanter des dispositifs de reconnaissance faciale et de nombreux autres de la même eau devant lesquels George Orwell lui-même n’aurait pas su dominer sa méfiance, voire sa terreur.

27. IX. 2019