XXXIV – NOTULES (169 à 177) : Deux enjeux majeurs, l’important et le secondaire, l’irremplaçable, la gravité de certaines conséquences, l’irréversibilité de certains effets, la complexité issue de critères même peu nombreux, Mathieu Bock-Côté, Notre-Dame de Paris, les préjugés

169Par les temps qui courent, les enjeux de société sont nombreux et de grande importance. Deux d’entre eux me paraissent avoir préséance sur les autres (au moins en théorie, car en pratique il n’est pas toujours possible de séparer les unes des autres des interventions qui ne peuvent être que concomitantes). Le premier de ces enjeux, c’est l’information, toute l’information, qu’elle soit scientifique, politique ou autre. En matière scientifique, je n’y insisterai pas, la tricherie, la fraude, la vénalité même compromettent la confiance qu’on devrait pourvoir entretenir à l’égard des chercheurs les plus renommés et des publications les plus sérieuses. Il devient impératif de régler ce problème, car à défaut d’un éclairage rigoureux et fiable, nos interventions risquent fort de n’avoir pas les effets désirés. Les limites de la science et les erreurs de bonne foi qu’elle commet soulèvent déjà assez de difficultés sans qu’on tolère au surplus des manipulations délibérées… Le second enjeu que je tiens à évoquer ici, c’est celui des changements climatiques. Et j’y tiens pour deux raisons. Tout d’abord, à cause du caractère vital – au sens propre du mot – des problèmes qu’il entraîne et en raison de l’urgence des interventions majeures et internationales que requiert le traitement de ces problèmes. Ensuite, parce que cette question du climat, de la perception qu’on en a et des solutions qu’elle appelle est intimement liée à l’information dont on dispose : l’information scientifique évidemment, mais aussi l’information politique qui met en relief l’acuité des périls associés aux variations du climat ou, au contraire, en réduit la portée. Cela même que j’écris dans la présente notule repose clairement sur une conception de la science et des décisions politiques qui doivent en découler. Or, cette conception ne rallie pas tout le monde. On se trouve ici devant un nœud gordien où s’entremêlent précisément science et information. Au fond, c’est peut-être ce type de nœud gordien qui constitue l’enjeu le plus décisif de notre époque.

170 Distinguer l’important du secondaire est à tout le moins utile, sinon indispensable. Sous diverses formes et en recourant à des vocabulaires et des théories plus ou moins techniques, nombreux sont les philosophes qui ont cherché à fixer des critères permettant d’identifier l’un et l’autre. D’Aristote à Spinoza, de Kant à Sartre, de Schopenhauer à Rawls, de Hume à Popper, les points de vue abondent qui se contredisent parfois, qui adoptent souvent des perspectives variées – personnelle ici, sociale là, historique ailleurs, religieuse dans certains cas – , et qui n’ont cependant jamais mis un terme à la recherche éthique. Dans ce contexte et sans prétention, je voudrais proposer quelques critères pragmatiques, sans doute discutables mais probablement aussi défendables que bien d’autres, en vue de discerner ce qui importe au premier chef, donc l’important, de ce qui revêt une moindre valeur, c’est-à-dire le secondaire. Ceux et celles qui ont pratiqué les philosophes auront déjà constaté que j’ai évité, jusqu’à présent, de recourir à la terminologie reçue en la matière, Je tenterai en effet de me dégager du lexique propres aux philosophies morales et politiques. Mon intention ici consiste à favoriser une réflexion qui évite si possible les ornières que l’histoire a profondément creusées et qu’on peut difficilement emprunter sans en devenir prisonniers : car si les ornières peuvent guider, elles peuvent aussi contraindre… Je parle ici de favoriser une réflexion et non d’élaborer une critériologie complète : il s’agit donc en fin de compte d’illustrer comment ce type de pensée peut s’élaborer pour que tous puissent se représenter le genre de cheminement impliqué, la multiplicité des difficultés rencontrées, bref l’ampleur de la tâche à effectuer.

171 Premier critère de l’important : le caractère irremplaçable de l’acteur. Ce critère fait référence aux activités que je ne puis déléguer à personne. Certaines semblent rudimentaires, d’autres moins. Ainsi, personne ne peut manger à ma place, personne ne peut aimer à ma place, personne ne peut développer mon goût à ma place, etc. Au contraire, on peut repeindre mon salon à ma place, on peut signer des documents à ma place (par procuration), on peut à ma place amener un handicapé à son rendez-vous médical, etc. À la lumière du critère de l’acteur irremplaçable, ma première série d’exemples désigne des choses importantes, et la seconde des choses secondaires. Remarquons ici que l’important peut très bien ne pas être ce à quoi j’accorde la priorité à un moment donné : je pourrais, par exemple, choisir de sauter un repas et peut-être deux ou plus encore pour rendre service à un ami handicapé. Il n’en reste pas moins que, en principe, le plus important pour moi, c’est de manger. (À la limite d’ailleurs, à défaut de manger, je ne pourrais même pas aider mon ami.)

172 Deuxième critère de l’important : la gravité des conséquences. Lorsque j’agis, il se peut que je fasse quelque chose qui n’a rien d’important au sens défini ci-dessus. À titre d’illustration, je puis conduire une voiture, ce qui n’est pas important puisque quelqu’un d’autre pourrait la conduire à ma place, si j’avais un chauffeur par exemple ou si je prenais un taxi. Mais il peut arriver que je frappe mortellement un piéton alors que je suis au volant. Dans ce cas, la conséquence de mon acte revêt une portée dont tout le monde reconnaîtra l’extrême lourdeur. Il existe toutefois une différence majeure entre ce critère et le précédent. La gravité de la conséquence de l’acte est connue uniquement après la commission de l’acte alors que le caractère irremplaçable (ou non) de l’auteur de l’acte est connu avant la commission dudit acte. Mais ce n’est pas forcément ainsi : il existe des actes dont la conséquence est nécessairement grave et connue comme telle avant même qu’on ne fasse l’acte en cause, et cela peu importe que l’auteur de l’acte concerné soit irremplaçable ou non. Par exemple, si un chauffeur pour une raison d’urgence brûle un feu rouge en pleine heure de pointe et à haute vitesse, il est tout à fait prévisible que quelqu’un puisse être frappé et puisse même en mourir.

173 Troisième critère de l’important : l’irréversibilité de l’acte envisagé. Le cas de l’aide médicale à mourir offre évidemment un exemple clair d’un acte aux conséquences irréversibles. Constatons cependant que la personne qui fait le geste d’administrer l’aide médicale à mourir n’est pas irremplaçable, puisque d’autres personnes pourraient le faire à sa place. Et les conséquences ne sont pas graves pour cette personne même, car ce n’est pas elle qui perd la vie et elle n’encourt aucune sanction (contrairement au chauffeur qui a brûlé un feu rouge) pour l’excellente raison qu’elle peut respecter rigoureusement la loi lorsqu’elle répond ainsi à la demande d’un malade. Du point de vue de l’acteur, l’acte est irréversible comme il l’est pour le malade et il est grave mais pas comme il l’est pour le malade puisque ce dernier et lui seul va décéder (à la différence de celui, disons, qui lui aura injecté la dose fatale d’un produit létal).

174 La complexité issue de ces seuls trois critères donne une idée des difficultés que rencontre celui qui veut élaborer une pensée éthique complète et rigoureuse. Et encore, il est crucial de le souligner, je n’ai abordé jusqu’à présent aucun des concepts les plus utilisés dans l’histoire de la philosophie morale : le devoir, le droit, la valeur, la justice, la vertu, la norme, le bonheur, le bien, le mal, la volonté, la conscience, la responsabilité, etc.

175 Je ne lis pas le Journal de Montréal. Non pas par choix idéologique mais en raison de mon emploi du temps : je ne peux tout lire ! J’ai néanmoins entendu parler d’un article qu’y a publié Denise Bombardier et dans lequel elle se réjouissait de la contribution de Mathieu Bock-Côté au Figaro, le réputé journal français. Et j’ai reçu via Internet des copies de textes assez virulents de diverses personnes qui dénonçaient les louanges de la chroniqueuse à l’égard d’un auteur de chez nous auquel les mêmes textes s’en prenaient tout aussi vigoureusement. J’ai deux réactions à ce propos. Premièrement, je n’ai pu retracer qui m’a fait parvenir les textes susmentionnés mais j’estime méprisable le fait qu’on se cache derrière l’anonymat pour s’en prendre à un individu attaqué à son insu auprès de moi et donc incapable de se défendre auprès de moi ­ qui, au reste, me réjouis aussi du succès de MBC. Deuxièmement, en règle générale, je ne suis pas d’accord avec MBC et peut-être est-ce pour cela qu’on m’a fait parvenir les articles qui le dénigraient (bien à tort à mon sens). MBC pense, réfléchit, prend position, polémique par la parole et par l’écrit, ici et ailleurs, et il le fait bien. Je suis très rarement d’accord avec lui, je tiens à le répéter, mais c’est un penseur que je respecte et, à ce titre, sa contribution me paraît extrêmement utile, pour ne pas dire indispensable. Si la lumière provient du choc des idées, il est absolument nécessaire que des idées différentes s’affrontent. Et il est tout aussi essentiel que, dans tout exercice de discussion, chacune des parties envisage la possibilité qu’elle-même soit dans l’erreur et non pas l’autre. Autrement, on ne discute pas, on donne dans le prosélytisme. De la même façon que je suis fier de Yannick Nézet-Séguin dont la compétence lui a valu la direction du Metropolitan Opera de New York ou de Robert Lepage qui a dirigé un Shakespeare au Royal National Theatre de Londres ou de la cantatrice Marie-Nicole Lemieux dont la réputation se répand à travers le monde , de la même façon j’apprécie la qualité du travail de MBC et me réjouis de son succès parisien. Au Canada anglais, on ne cache pas son bonheur de voir Mark Carney devenir gouverneur de la Banque d’Angleterre ou Margaret Atwood connaître le succès mondial que l’on sait. La mesquinerie dont certains font preuve à l’égard de MBC me désole, elle me répugne même.

176 On a décidé de reconstruire Notre-Dame de Paris, plus précisément de la remettre en l’état dans la mesure du possible. À mon sens, on a pris trop vite cette décision. Car il n’y a aucune urgence, sinon celle de préserver ce qui reste de Notre-Dame depuis l’incendie. Cette opération de préservation cependant n’a rien de commun avec la restauration complète de la cathédrale. Dans le cas qui nous occupe, préserver signifie principalement empêcher que la dégradation du bâtiment ne se poursuive, ce qui semblera justifié aux yeux de tous : il est normal effectivement de prendre soin de son bien. Cela dit, la restauration est d’un tout autre ordre. Nul ne songe à restaurer l’Acropole qui n’en continue pourtant pas moins à inspirer des millions de visiteurs en admiration devant ce chef d’œuvre. Je ne suggère nullement qu’il faille supprimer toute velléité de reconstruire Notre-Dame. Je crois cependant qu’il y a quelque chose de fort singulier à trouver des milliards de dollars en moins de temps qu’il ne faut pour le dire en vue de restaurer un édifice alors qu’on peine à faire ce qu’il faut pour éliminer les paradis fiscaux et rassembler les sommes ainsi « disponibilisées » pour servir le bien public sous toutes ses formes, donc pour bien traiter les gens dans le besoin tout autant que pour redonner leur lustre aux bâtiments patrimoniaux.

177 On parle constamment de lutter contre les préjugés. J’en suis bien entendu, comme toute personne de bon sens en est forcément. Mais je crois surtout – et paradoxalement – qu’il faut apprendre à vivre avec les préjugés, car ils sont inévitables. Vivre avec eux n’implique nullement qu’on les approuve, mais suppose qu’on établit un modus vivendi qui rend tolérable ce qui est et demeurera toujours inacceptable. Je ne pourrai jamais empêcher certaines gens de croire que les politiciens sont malhonnêtes, que les professionnels « fourrent » le petit monde, que les riches ne peuvent pas comprendre les pauvres, etc. Mais, sous prétexte que je ne puis rien y changer, dois-je m’interdire de vivre en harmonie avec les individus qui ont des préjugés ? Et, surtout, qui n’en a aucun, vraiment aucun ?

30. IV. 2019

XXXIII – NOTULES (159 à 168) : Se méfier de soi, l’être humain superflu, suicide et tricherie, Michael Jackson. l’importance de l’erreur, solitude et Internet, droit positif et intérêts de classe, la vie intellectuelle, la beauté du droit, la valeur de la dérogation

159« Je suis bien loin d’abonder dans mon sens » (Madame De Sévigné, Lettre à Madame De Grignan, 15 janvier 1690). Y a-t-il façon plus élégante de dire qu’on se méfie de soi ?

160 « […] la situation du savant spécialisé […] est fort menacée. Elle s’est rapprochée de celle de l’ouvrier, debout derrière sa machine. L’homme s’est détaché de l’œuvre qui est devenue autonome, et l’on peut de plus en plus facilement le congédier ou le suppléer. On peut le remplacer comme une pièce de machine, et les résultats qu’il obtient, voire jusqu’à ses connaissances, ont été projetés hors de lui et instrumentent le processus plus qu’il n’y interviennent. En même temps qu’il perd son originalité, l’homme cesse d’être indispensable et d’inspirer le respect. » Ce texte qu’on pourrait avoir écrit aujourd’hui même date pourtant du 11 juin 1939. Il est dû à la plume de nul autre que Ernst Jünger (voir le premier des six journaux personnels de Jünger, Jardins et routes, à la date indiquée. Les italiques sont de moi.)

161 Peu avant de se suicider à New York, Emmanuel Faÿ, homme peu connu mais qui a pourtant exercé une influence décisive sur Philippe Soupault, cofondateur du surréalisme avec les Breton, Aragon, Éluard et autres, a déclaré ceci : « On n’a pas le cœur à jouer dans un monde où tout lmonde triche. » (Mot de Faÿ fréquemment rapporté par Soupault, notamment dans ses Mémoires de l’oubli, 1923-1926, pp. 83 et 163).

162 Cesser de faire entendre la musique de Michael Jackson au motif qu’il aurait été un pervers sexuel ayant abusé d’enfants est aussi absurde que de prétendre qu’on doit interdire aux échéphiles l’étude des parties géniales de Bobby Fischer, antisémite virulent et persistant durant plus de quarante années. Louis-Ferfdinand Céline, Henry Ford, Richard Wagner, Martin Heidegger, Voltaire, Edgar Degas étaient tous, eux, antisémites. Doit-on pour autant conclure que Céline ne doit plus être lu, que l’invention de Ford n’aurait jamais dû exister, que la musique de Wagner ne vaut rien, qu’il n’y a aucune place pour Heidegger dans l’histoire de la philosophie, que Voltaire ne présente aucun intérêt ou que Degas n’a rien peint de valable ? Léonard de Vinci, Paul Gauguin, Michel-Ange ont probablement eu des activités pédophiles, voire pédérastes. Cela change-t-il quoi que ce soit à la valeur de leurs peintures et sculptures ? Le plus abominable des défauts ne saurait porter atteinte à la valeur d’une œuvre d’art ou encore à celle d’une découverte scientifique ou d’un succès politique, etc.

163 On ne doit jamais oublier ceci (qui me paraît une véritable maxime) : une personne peut être plus importante par ses erreurs que ses adversaires par leurs vérités.

164 L’omniprésence d’Internet et de ses multiples instruments de communication permet de croire qu’on assiste à un recul sérieux de la solitude. Pas nécessairement de la solitude physique : plus que jamais effectivement, il y a des gens qui vivent seuls, qui peinent à rencontrer une âme-sœur, qui se trouvent pour ainsi dire prisonniers de leurs écrans et ont de moins en moins de relations en face-à-face concret avec leurs congénères (sauf celles que leur imposent les exigences du travail, etc.). La solitude qui me semble devenir de plus en plus rare est celle de l’esprit désormais sollicité sans interruption par des stimuli généralement superflus et qui empêchent le recueillement indispensable à toute vie intérieure. À défaut d’un tel recueillement, aucun vie intellectuelle autonome n’est possible. On assiste alors au recul de la pensée critique et, plus gravement, de la pensée tout court.

165 Le droit positif n’est finalement rien d’autre que la superstructure philosophique et sociale dont se dotent les dirigeants pour assurer la protection de leurs intérêts et l’évolution de cette protection au rythme et dans le sens qui leur conviennent.

166 Je lis beaucoup. Et en tout domaine : sciences pures, humaines, sociales ; histoire, politique ; littérature, arts, religion. Et sous toute forme : livres, journaux, revues. Pour moi, la lecture est très rarement une distraction et très généralement une forme d’étude. Sans doute est-ce là ce qui explique la curieuse dualité qui hante mes lectures. Je ne parviens jamais en effet, quand je lis un ouvrage de valeur, à savoir si mon admiration va à l’œuvre elle-même ou au travail dont elle provient. Voici deux cas qui illustrent tant bien que mal ce que j’entends par là. La biographie que vient de publier Diarmaid MacCulloch, Thomas Cromwell. A Revolutionary Life (Londres et New York, Viking/Penguin Random House, 2018), se lit facilement et permet d’éclairer de multiples aspects de la vie européenne et anglaise de la fin du XVe siècle et du XVIe siècle. C’était là une époque complexe où fleurirent les Érasme, Michel Ange, Thomas More, Copernic, Vasco de Gama, Luther, Machiavel et tant d’autres. Eh bien ! à la lecture de l’ouvrage de MacCulloch, on sent l’époque et l’on peut fort bien y situer la vie de Cromwell dont on savait vraiment peu de choses jusqu’à maintenant, et ce, de l’aveu même de Hilary Mantel, la principale biographe de Cromwell jusqu’à ce jour. Pour qui connaît la nature du travail de l’historien ou, à tout le moins, pour qui peut en soupçonner la teneur, l’entreprise de MacCulloch se présente comme une colossale recherche tant par sa minutie que par son ampleur, et c’est peu dire ! Dans un tout autre domaine, l’œuvre de Marguerite Yourcenar n’inspire pas moins de respect. La perfection de son style – qui parvient à conjuguer la précision de l’énoncé avec l’élégance de la forme jusque et y inclus dans l’euphonie – suppose un travail que le génie ne saurait compenser et dont la rigueur et la persévérance ont peu de rivaux. Dans l’un et l’autre cas, quoique sous des formes différentes, le labeur sous-jacent à l’œuvre finie ma fascine au plus haut point. À ce point que j’en décèle un peu partout les effets incomparables. Si l’œuvre terminée commande le respect, la peine que l’auteur s’est donnée pour la mener à bien m’inspire une admiration incoercible. Ainsi va ma vie intellectuelle…

167 Une des beautés du droit tient à ses nuances nombreuses et fondées mais surtout organisées en une architecture aux arêtes claires et aiguës, le tout reposant sur une tradition qui en a en quelque sorte testé la valeur. Voilà sans doute l’une des raisons qui expliquent pourquoi le droit traîne souvent le pas.

168 – Déroger aux règles constitue le cœur du mécanisme du progrès. Autrement, tout ne peut que se reproduire. À cet égard, il faut convenir que la personne qui dérange fournit une contribution indispensable à l’adaptation nécessaire de la culture – et même de la vie – à un environnement changeant. Or la personne qui dérange est souvent celle qui se trompe, celle qui tient à une certaine témérité, celle qui ne respecte pas inconditionnellement la tradition, celle pour tout dire qui non seulement critique mais qui agit conformément à sa perspective critique – ce qui se révèle d’autant plus difficile que le milieu où survient cette dérogation est plus structuré, plus encadré et plus porté à sévir contre l’indocile.

29. III. 2019

XXXII – NOTULES (150 à 158) : Sartre et Gide, la propriété intellectuelle et la Chine, un grave défaut, aide médicale à mourir, le danger de la bonne conscience, l’appropriation culturelle, les revenus de l’illégalité et du vice, les conditions de vie des uns et des autres, la sagacité de Berkeley

150Certaines similitudes frappent l’esprit au point qu’on est tenté d’y voir des convergences probablement explicables. Ainsi d’André Gide et de Jean-Paul Sartre qui, tous deux, à plus de vingt ans d’intervalle, se considèrent comme des petits garçons. Gide a avoué : » Je ne suis qu’un petit garçon qui s’amuse (…). (A. GIDE, Journal, 2 juillet 1907.) Et Sartre a confié : » Je suis un petit garçon qui ne veut pas grandir. » (J.-P. SARTRE, Ho hé ho, poème écrit à l’École normale supérieure et retrouvé par Raymond ARON qui l’a fait paraître dans Commentaire, Automne 1980, numéro 11). Je doute qu’il s’agisse ici d’une pure coïncidence. Il existe d’ailleurs d’autres cas de la même eau. J’ignore quelle explication pourrait rendre compte de telles ressemblances. Mais je n’exclurais pas la possibilité suivante : certains êtres qui se consacrent à la vie de la pensée (scientifiques, philosophes, etc.) fuient peut-être la vie pratique se révélant en cela même comparable à des enfants. Ce qui n’est pas forcément dépréciatif au reste.

151 L’attitude de la Chine à l’égard des droits de propriété intellectuelle a quelque chose de révoltant. Plagier sans respect aucun les inventions technologiques entraîne évidemment de nombreuses conséquences potentiellement désastreuses. Il ne peut donc être question de défendre un tel comportement. Il y a lieu néanmoins de le comprendre. La Chine et de nombreux pays émergents ou, hélas ! toujours à peine capables de survivre ont été victimes de comportements tout à fait comparables, mutatis mutandis. Les Espagnols en Amérique latine, les Français en Afrique et en Amérique du Nord, les Britanniques en Afrique, en Amérique du Nord et en Asie, entre autres, ont agi de façon scandaleuse à une certaine époque. Si ce n’est pas là une raison pour agir aussi mal qu’eux, ça demeure cependant un élément de compréhension des actes actuels de certains États…

152 Émile Zola, qu’on a souvent attaqué, avait un grave travers qui lui méritait apparemment de nombreuses diatribes et que lui a signalé un de ses confrères écrivains : « Vous avez un immense défaut qui vous fermera toutes les portes : vous ne pouvez causer deux minutes avec un imbécile sans lui faire comprendre qu’il est un imbécile. » (Émile ZOLA, Préface [de la deuxième édition de] Thérèse Raquin.) Voilà sûrement une tare très sérieuse dont souffrent trop de personnes de grande qualité. Mais cette remarque de l’ami de Zola désigne discrètement un phénomène bien plus alarmant encore : si toutes les portes sont ainsi fermées, c’est qu’il y a une quantité phénoménale d’imbéciles !

153 Une fois encore, il est question de l’aide médicale à mourir. Demandée cette fois par des personnes à la fois lucides, souffrantes, invalides mais non immédiatement menacées de décès, on « réfléchit » au lieu d’acquiescer à une demande claire et compréhensible. Il y a là un manque de cohérence incroyable et une hypocrisie inqualifiable. De fait, le suicide a été dépénalisé dans notre société, en sorte que l’individu qui se rate n’est plus punissable en vertu de notre droit. Par ailleurs, notre société a reconnu n’avoir pas le droit d’ôter la vie, même à un grand criminel. Et pourtant notre société semble tout à fait disposée à contraindre un individu, contre sa volonté lucide, consciente, explicite, à souffrir un calvaire insoutenable de son propre aveu et dont il ne veut plus de toute façon. La fourberie ici est double. On rationalise, d’un côté, cette décision réellement barbare en recourant à des raisonnements philosophiques, éthiques, spécieux mais drapés de bonnes intentions apparentes et de considérations qui se donnent pour de la sagesse ou de la prudence alors qu’en réalité elles ne sont que les justifications indéfendables d’une position a priori. Et d’un autre côté, on s’arroge le droit de torturer – c’est bien le mot qui convient ici – une personne à laquelle on n’aurait pas le droit d’enlever la vie si elle avait agi consciemment, lucidement de la manière la plus ignoble. Cette attitude a un nom, c’est une préférence pour la torture.

154 La bonne conscience constitue sans doute la menace la plus dangereuse dès lors qu’elle ne s’accompagne pas de scepticisme. Comment, en effet, transiger avec une personne sûre que sa conscience est la bonne ?

155 Le débat sur l’appropriation culturelle est alambiqué et repose trop souvent sur des idées vagues servant à construire des théories brumeuses. Preuve s’il en est besoin que les bonnes intentions suffisent rarement lorsqu’il s’agit de rigueur intellectuelle.

156 Les municipalités planifient leurs revenus en tenant compte des amendes que paieront vraisemblablement les citoyens qui contreviennent aux divers règlements de circulation et de stationnement. Autrement dit, nos villes accuseraient un déficit si les citoyens respectaient scrupuleusement les lois et règlements. C’est un comble ! Mais qui, à vrai dire, ne devrait aucunement nous surprendre puisque la province compte sur les dépenses de loterie pour arrondir son budget. Lorsqu’on incorpore à ses revenus réguliers des sommes d’argent dont l’entrée est aléatoire, il me semble que quelque chose ne tourne pas rond. C’est sans doute pourquoi il faut bien que l’État stimule par la publicité la consommation de loteries. Comme il serait inconvenant de stimuler de la même façon la désobéissance aux lois et règlements municipaux, on recourt à des panneaux de signalisation (de stationnement, en particulier) inintelligibles pour le commun des mortels, et l’effet est à peu près identique…

157 La richesse de quelques individus, moins d’une trentaine, dépasse la richesse collective de 50 % de l’humanité. C’est phénoménal. Et scandaleux. Au même moment cependant, force est de reconnaître que la pauvreté globale a malgré tout reculé, que les conditions sanitaires se sont dans l’ensemble améliorées, que la situation des femmes continue de progresser de même que l’éducation, etc. Autrement dit, il y a réellement un progrès pour l’ensemble de la population mais il y a un progrès encore plus rapide de l’accroissement de la richesse et, surtout, de la concentration de cette richesse. Si – je dis bien si – ces deux phénomènes devaient forcément aller de pair, à quoi l’humanité donnerait-elle la préférence ? À la recherche de l’égalité ou à l’amélioration de la situation d’une majorité dans un contexte d’inégalité accrue ? Si – je dis bien sices deux phénomènes pouvaient être dissociés sans compromettre la bonification des conditions de vie de la majorité, il serait probablement préférable d’en profiter pour réduire les inégalités car elles sont sources de frustrations et donc de dangers sociaux. Un problème se pose ici : je ne sache pas qu’on ait pu démontrer qu’une telle possibilité existe bel et bien et je ne connais aucun exemple historique d’un tel phénomène…

158 « Si peu d’hommes savent penser, tous néanmoins tiennent à avoir des opinions » (George BERKELEY, Trois dialogues entre Hylas et Philonous, deuxième dialogue, 3ème édition, 1734).

23. I. 2019

XXXI – NOTULES (139 à 149) : Bombardier et Bellemare, paroles inutiles, vivre ou mentir, de l’échec au succès, la bonté des animaux, influence durable, l’État et l’information, la politesse, la valeur des adversaires, le voile islamique, la loi de la majorité

139S’agissant des coupures de poste chez Bombardier qui a reçu tant de subventions gouvernementales et de la rémunération honteuse dans les circonstances du PDG de l’entreprise Alain Bellemare, le journaliste et historien Jean-François Nadeau touche atrocement juste lorsqu’il affirme : « Devant ce désastre social et économique, l’hypocrisie sociale des classes dirigeantes demeure affligeante. La médiocrité assumée de leur ambition personnelle n’arrange rien, il est vrai. Ces gens-là s’adorent sans limites, au point d’oublier la réalité du monde dont ils fixent les horloges. » (Jean-François NADEAU, » Violence », Le Devoir, 12 novembre 2018, p. A 3.) Il n’y a rien à ajouter à ce désolant constat !

140 « Le nombre de choses qu’il n’y a pas lieu de dire augmente pour moi chaque jour. » (André GIDE, Journal, 8 septembre 1904.)

141 Le Président Trump a décidément beaucoup d’influence. À ce point qu’il oblige à revoir même les expressions les plus consacrées. Ainsi, il paraît désormais plus adapté de parler se struggle for lie que de struggle for life du moins dans son cas personnel !

142 La peur décourage l’initiative. La témérité en compromet le succès. L’audace et le courage tempérés de réalisme en assurent la réussite. Comme quoi un seul facteur peut mener à l’échec alors qu’il en faut plusieurs pour mener à bien une entreprise.

143 Les animaux n’ont aucune méchanceté. Quand on leur en attribue, c’est par anthropomorphisme. Puisqu’il en est ainsi, je me demande comment il faut comprendre l’attitude des gens qui n’aiment pas les animaux. (J’exclus évidemment de ce questionnement les personnes qui éprouvent des allergies spécifiques…)

144 L’influence la plus durable est souvent celle des gens qui n’ont pas d’importance sociale majeure durant leur vie. Par exemple, celle d’un peintre qui a crevé de faim durant toute son existence et dont les tableaux, qui valent maintenant une fortune et constituent désormais de véritables normes, se retrouvent dans les plus grandes collections ou les musées les plus prestigieux. Paradoxe de l’influence !

145 Tout compte fait, je ne me réjouis pas vraiment de l’aide gouvernementale apportée par l’État aux médias d’information. Soutenant un tel point de vue, je suis bien conscient d’aller à contre-courant. Je sais bien que les meilleurs médias, notamment la BBC, jouissent du soutien de l’État. Mais je sais aussi que les conditions d’un tel soutien vont de pair avec un certain nombre d’exigences dont le respect n’est ni facile ni assuré. Il me semble que soutenir une grande chaîne de télévision (SRC, CBC, BBC, etc.), c’est une chose alors que soutenir des journaux, c’est autre chose. Je pose ici quelques questions pour jeter un certain éclairage sur mes préoccupations. Si quelqu’un ou quelque groupe veut fonder un nouveau journal, lui accordera-t-on des subventions ? Sinon, à partir de quels critères les lui refusera-t-on ? Le comité de pairs qu’on a prévuconstitué donc de journalistes qui seraient chargés des arbitrages en la matière – consentira-t-il à la mise sur pied d’un nouvel organe de presse qui divisera le lectorat et réduira la part de la « tarte des subventions » accessibles à chacun ? Ou j’ai l’esprit tordu ou j’ai raison de me demander si l’on ne court pas désormais le risque d’un contrôle du monde de l’information sous une forme plus diffuse que la censure mais non moins efficace peut-être… Les journalistes d’expérience – et en particulier ceux pour lesquels j’ai le plus de respect assurent qu’il faut vraiment ne rien comprendre au fonctionnement du monde journalistique pour craindre que de telles subventions puissent compromettre la liberté d’une salle de presse. De leur part, l’argument me surprend. Seraient-ils sérieusement prêts à soutenir que seul le monde des médias a les moyens d’échapper à cette influence ? Je reviens sur une différence non négligeable à mon avis : soutenir la SRC/CBC et soutenir des journaux, ce n’est pas la même chose !

146 La seule forme de politesse des gens grossiers, c’est l’hypocrisie.

147 On peut apprécier la valeur de quelqu’un à celle de ses adversaires.

148 Je suis contre l’interdiction du port du voile islamique. Ma position en ce domaine va à l’encontre du sentiment nettement majoritaire des Québécois. Et à l’encontre de la position du nouveau gouvernement du Québec, la CAQ souhaitant même étendre l’interdiction aux enseignants (au-delà des personnes en autorité identifiées par la Commission Bouchard-Taylor, c’est-à-dire les juges, les policiers, les gardiens de prison). Je suis bouleversé par la facilité et la légèreté avec laquelle nous sommes prêts à gruger les libertés fondamentales, établissant par là des précédents qui pourraient fort bien revenir nous hanter un jour. Je n’ai pas la foi. Mais je tiens à la liberté de religion. La vraie question, me semble-t-il, est celle-ci : la liberté religieuse constitue-t-elle, oui ou non, l’une des libertés fondamentales à protéger ?

149 – La loi de la majorité constitue l’une des menaces les plus insidieuses aux valeurs de notre société. Car si les pouvoirs de la majorité ne sont pas réellement limités, fatalement ils donneront lieu à des abus. L’Histoire est là qui nous l’enseigne, et de nombreux penseurs ont expliqué les raisons de cet état de choses. Aussi quand un gouvernement invoque l’accord de la majorité pour adopter une loi (par exemple, celle qui interdit le port du voile islamique), je m’oppose en principe à son choix. Il faut qu’il y ait un ou plusieurs autres motifs défendables d’adopter une loi, que cette loi me plaise ou non. Si le seul critère auquel on accepte de se soumettre réside dans la majorité, c’en est fait de nous…

3. XII. 2018

XXX – NOTULES (130 à 138) : Acheter un être humain, être bavard, le prix du temps, la Cour suprême des États-Unis, le nouveau gouvernement québécois, l’Arabie saoudite et les États bien-pensants, l’élection brésilienne, optimisme anti-ploutocratie, la peinture russe

130L’argent, dit-on, peut tout acheter, y inclus un être humain. Car tout homme aurait son prix. Je ne suis pas de cet avis, et voici pourquoi. Premièrement, il existe des êtres humains qui échappent à la vénalité. Peut-être qu’ils sont peu nombreux, mais il y en a. En tout cas, j’en connais personnellement qui ont refusé de se laisser acheter alors qu’on leur offrait pourtant une somme plus que considérable. Deuxièmement, même si de facto l’argent peut acheter plusieurs êtres humains, l’argent ne pourra jamais acheter un être humain de qualité. Car, à l’évidence, un individu qui se vend détruit sa propre valeur humaine et celui qui se le procure fait un marché de dupe : au mieux, c’est un instrument qu’il achète et non une personne de qualité, et encore c’est un instrument qui peut toujours se vendre à un plus offrant ou avoir honte de sa perte de valeur humaine, se repentir et « lâcher le morceau ». « Se payer » quelqu’un, c’est toujours acheter de la mauvaise qualité !

131 « Un homme qui dit toujours la vérité ne peut pas être un bavard. » (Léon TOLSTOÏ, Journal, 19 avril 1852.)

132 « Nous ne donnons son prix au temps que lorsqu’il en reste peu. » (Léon TOLSTOÏ, Journal, 29 mai 1852.)

133 En confirmant la nomination du juge Brett Kavanaugh au plus haut tribunal de leur pays, les Républicains ont peut-être transformé la Cour suprême des États-Unis en peloton d’exécution des lois qui ne leur conviennent pas !

134 Le nouveau gouvernement québécois vient à peine d’être assermenté que, çà et là, on entend déjà des remarques dévalorisantes à son propos : on parle d’improvisation, de contradictions, etc. Entre le moment où un gouvernement assume ses responsabilités et celui où on le dénigre plus ou moins systématiquement, il y a ce qu’on a pris l’habitude d’appeler une période de lune de miel. Se pourrait-il que cette lune de miel soit encore plus courte que d’habitude ? Y aurait-il même en ce domaine une espèce d’accélération de l’histoire ?

135 L’Arabie saoudite a fort probablement fait assassiner un journaliste qui l’embêtait, Jamal Khashoggi. Presque partout on dénonce cet acte inacceptable, inadmissible, intolérable, incompatible avec la liberté de la presse et la survie des institutions démocratiques, et tutti quanti. Pourtant, la plupart des États, y inclus ceux qu’on identifie comme modèles (!), agissent de la même manière et, à l’occasion, à une échelle considérablement plus grande (lorsque, par exemple, ils déclenchent une guerre pour des motifs économiques purement égoïstes). Loin de moi l’idée de me lancer à la défense de l’Arabie saoudite : son acte est indéfendable et le restera toujours. Malheureusement, je dois reconnaître que la source véritable de l’indignation internationale tient bien plutôt à la maladresse dans le maquillage des faits qu’à la nature même des faits en cause. Et la preuve en est simple : il n’y a aucune indignation lors même que de tels faits sont avérés… pour peu que l’on produise quelque explication vaguement convaincante ou de nature à semer le doute sur la responsabilité du coupable… Dans certains milieux, on dira que, dans un tel cas, il y a un face saver. Et j’ajouterai un face saver que la plupart des dirigeants bien-pensants s’empressent d’endosser soit au nom de la raison d’État soit au nom d’un quelconque prétendu bien supérieur soit pour quelque autre motif habilement présenté qu’ils trouvent le moyen d’invoquer au terme de rationalisations tellement subtiles qu’ils ne les ressentent plus comme telles, ce qui leur permet de s’exprimer avec toutes les apparences d’une véracité et d’une sincérité qu’ils n’ont même plus besoin de feindre tant elles coulent de source.

136 Bolsonaro est maintenant président du Brésil. La liste des pays dont les dirigeants sont populistes, pour dire les choses poliment, s’allonge de plus en plus. Ma première réaction à l’élection brésilienne, comme chez beaucoup d’observateurs, a été empreinte de découragement, de crainte même. À bien y réfléchir toutefois, je pense que le balancier commence à voler très loin vers le populisme ou la droite ou l’autoritarisme, comme on voudra nommer cette tendance. Mais le balancier reviendra plus tôt que tard sur sa lancée, me semble-t-il. La défaite d’Angela Merkel aux élections en Hesse a probablement déclenché le ressaisissement qui s’impose. À tout le moins, ce qu’on appelle la nouvelle droite en Europe a bien malgré elle mis en branle dans plusieurs milieux des instincts de vigilance, voire de défense contre une menace que plus personne n’est justifié d’ignorer. Serais-je naïf ? Aurais-je tort de croire à un regain de lucidité ? Et de supposer que les démocraties sauront trouver une parade à la menace ? J’ose croire que non ! Mais le fascisme étant un caméléon se révèle difficile à repérer dès le premier coup d’œil…

137 « Le nombre croissant des intellectuels qui se contentent de dire que la démocratie a échoué oublient de constater une calamité beaucoup plus désastreuse : c’est que la ploutocratie a réussi. » Cette phrase qu’on dirait écrite hier date en réalité de 1936. On la doit à la plume de Chesterton alors qu’il traite de corruption au chapitre IX de son Autobiography (traduction citée de M. Beerblock). Le caractère tragiquement justifié de cette constatation au moment où Chesterton en fait part n’a pas empêché la réaction subséquente qui a mené l’Occident à la social-démocratie, aux grands programmes sociaux promouvant l’accès à l’éducation, aux services de santé, etc. En fait, on pourrait soutenir que les abus de la ploutocratie de l’époque ont contribué avec d’autres facteurs à la colossale réorientation de la vie politique du temps et à l’apparition des politiques progressistes présentement remises en question par d’aucuns. On dira que le détour par la Seconde guerre mondiale n’a pu être évité, ce que je suis forcé d’admettre, mais j’ajouterai que, jusqu’à présent, on a toujours trouvé le moyen d’éviter un troisième conflit mondial en dépit de dangers par moments fort imminents et terrifiants. Pourquoi cette fois-ci serait-on incapable d’éviter le pire ?

138 La dernière fois que je suis passé à Moscou, je suis allé à la galerie Tretyakov et je m’y suis procuré un petit album réunissant plus d’une centaine d’illustrations des œuvres qu’on y trouve exposées. Parmi celles-ci, des portraits de Pouchkine (par Kiprensky), de Dostoïevski (par Perov), de Tolstoï (par Kramskoï), de Moussorgski (par Repin) et d’autres encore. Revoyant ces tableaux, deux réflexions me sont venues. Premièrement, je m’étonne qu’on ne connaisse pas mieux chez nous la peinture russe, du moins qu’on ne la connaisse pas autant qu’on connaît la littérature russe (avec ses Gogol, ses Gorki, ses Tourgueniev, ses Soljenitsyne en plus des Pouchkine, des Dostoïevski et des Tolstoï que je viens de mentionner). Si on s’en donne la peine, on y trouve, outre les Chagall et les Kandinsky, des peintres et des sculpteurs remarquables (en dehors bien entendu de la période de l’art soviétique officiel), peut-être même aussi impressionnants que les artistes qui ont produit ces icônes magnifiques des XIIe, XIIIe et XIVe siècles, dont on ne se lasse jamais d’admirer les beautés raffinées, délicates, inspirées. En deuxième lieu, moi qui suis un amateur de biographies, mais un amateur exigeant et difficile à satisfaire, je suis frappé par ce que nous révèle d’une personnalité forte une peinture bien conçue, c’est-à-dire un authentique portrait de l’individu concerné. Une telle œuvre nous fait sentir une présence, un caractère, que les mots d’une biographie peuvent à peine évoquer. C’est le cas de dire qu’une image vaut mille mots, et c’est peut-être pourquoi je ne me lasse pas de regarder de telles peintures : j’y trouve toujours quelque chose d’évocateur, de suggestif.

31. X. 2018

XXX – NOTULES (122 à 129) : Corruption, décompression démographique, le mensonge à l’heure actuelle, le sommeil des dirigeants, le vieux problème des migrants, la justice et l’argent, l’avenir de l’espèce humaine, sous-traiter ses loisirs

122« [La] corruption des principes moraux et des mœurs […] est l’avant-garde de profondes révolutions. » (Curzio MALAPARTE, Kaputt.)

123 D’après plusieurs analystes, la population humaine actuelle et, plus encore, la population qui lui succédera, représente une telle quantité de bouches à nourrir, de personnes à éduquer, de malades à soigner qu’il deviendra impossible d’assumer l’ensemble des responsabilités reliées à la totalité de la population. Faut-il en conclure qu’on ne s’occupera à terme que d’une partie de l’espèce humaine et doit-on en conséquence se demander, le cas échéant, de quelle partie il s’agira ? Une telle question revêtirait un caractère réellement tragique au sens le plus pur du terme, car il n’y a ici aucune « bonne » réponse… S’occuper des riches serait éminemment injuste, d’autant plus qu’à l’heure actuelle la plupart des riches le sont par héritage et non par mérite et que la plupart des pauvres ne le sont pas en raison de mauvais choix librement effectués. S’occuper des plus intelligents serait tout aussi injuste, d’autant plus qu’il faudrait s’entendre au premier chef sur une définition de l’intelligence… À première vue, je ne vois aucun critère qui permettrait une décision inattaquable en ce domaine. Pourtant, il semble bien qu’on file vers une impasse démographique. La voie de sortie, si l’on peut dire, viendra une fois de plus de circonstances aux conséquences surprenantes. Dans le passé, il a toujours existé une fonction de décompression démographique sous une forme ou une autre, généralement non désirée mais prodigieusement efficace : les épidémies, les famines, les guerres, certains cataclysmes, voilà autant de facteurs qui ont contribué brutalement à réduire la population. Il semble qu’un phénomène analogue découlera du dérèglement climatique, en particulier du réchauffement du climat. Outre la fonte des glaces qui induira une élévation substantielle du niveau des eaux et donc des inondations fatales pour de nombreuses personnes, le réchauffement atteindra, d’après des calculs conservateurs, des seuils qui diminueront massivement les rendements agricoles alors qu’au même moment diverses espèces animales terrestres et marines ne seront plus en mesure de survivre. Bref, les sources de nourriture ne permettront pas l’alimentation de la population, laquelle sera de surcroît soumise à des condition météorologiques dont trop peu de gens pourront se protéger. Au dire de certains scientifiques, le milieu terrestre pourrait se transformer au point de pouvoir soutenir tout au plus la vie d’un milliard ou d’un milliard et demi d’êtres humains. Même en supposant que les prévisionnistes les plus conservateurs se trompent du simple au double, voilà qui impliquerait la disparition de la moitié au moins, peut-être des deux tiers, voire des trois quarts de l’humanité.

124 La période historique actuelle me paraît intéressante à un double titre.

Côté négatif, elle m’intéresse au plus haut point et m’inquiète tout autant parce qu’elle permet au mensonge de se répandre et, surtout, de se faire passer pour vrai, non seulement avec l’assentiment d’un grand nombre d’individus mais même avec leur collaboration. Or le mensonge, c’est l’exact opposé de la base de la civilisation, c’est-à-dire de la vérité. Entendons-nous ici : il y a toujours eu des tas de gens qui mentent sciemment (c’est le mensonge au sens strict) ou non (c’est le mensonge accidentel). Mais, sauf erreur de ma part, il n’y a jamais eu de société qui ait cultivé avec succès le mensonge à long terme et le mensonge à long terme soutenu par tout un chacun. La société soviétique a menti au point de s’effondrer sur elle-même en partie grâce à la résistance des dissidents, exploit que la société nord-coréenne est en voie de « dupliquer ». Au moment où j’écris ces lignes cependant, il n’y a pas une mais des sociétés qui, en raison de moyens électroniques d’une puissance sans précédent (Internet et ses prodigieux instruments), répandent à une échelle et à une vitesse jamais expérimentées jusqu’ici des faussetés que gobent et reprennent à leur compte nombre d’individus de bonne foi.

Côté positif, la période historique actuelle m’intéresse au plus haut point et me réjouit tout autant du fait qu’on s’élève en plusieurs milieux contre les abus résultant de cette culture du mensonge, si je puis me permettre une telle expression. Dans le monde scientifique, on dénonce régulièrement les manœuvres frauduleuses de chercheurs malhonnêtes (voir à ce sujet ma toute première notule intitulée L’opinant irritant et le philodoxe irrité : de la liberté d’expression [3.IX.2015]) . Dans le monde politique, on accepte de moins en moins de « sauver la face » et l’on démissionne, comme Nicolas Hulot qui a quitté le ministère de l’Écologie en Franc ; ou l’on dénonce les actes et dispositions du Président des États-Unis qu’on veut faire voir pour ce qu’il est : un être humain malsain (au mieux), mal intentionné (au pire) ou tout platement grossièrement incompétent tant sur le plan moral que sur le plan intellectuel, pour remplir les fonctions que lui ont imparties une minorité d’électeurs. Dans le monde religieux même, où l’on se décide enfin à dénoncer les auteurs des gigantesques camouflages qui ont couvert des abuseurs d’enfants, entre autres victimes. Dans le monde économique, où l’on ne laisse plus les dirigeants dire et soutenir n’importe quoi mais où l’on exige désormais des preuves en ces matières qui d’ailleurs dont quantifiables et, heureusement, vérifiables… ou pas !

125 « (…) tous dorment (…), tous ces gens qui pensent qu’ils vivent et gouvernent le monde. » (Marina TSVETAEVA, Lettre à Ariadna Berg, 26 novembre 1938.) Quand on pense à ce qui est survenu peu après en 1939, on se prend à croire que la Tsvetaeva – comme ses amis l’appelaient avait le sens de la formule prémonitoire, à moins qu’elle n’ait eu celui de la formule pérenne. Perspective peu reluisante mais peut-être fondée…

126 « L’homme, puisqu’il est né, a droit à chaque point du globe terrestre, car il n’est pas seulement né dans un pays, une ville, un village, mais dans le monde. » (Marina TSVETAEVA, [note dans son] Cahier, 14 septembre 1940.) La Tsevtaeva conserve décidément une actualité troublante. Comme quoi plusieurs des problèmes d’aujourd’hui ne constituent en fin de compte que des versions modernisées de difficultés anciennes.

127 « On a blessé, ensanglanté en moi ma passion la plus forte : la justice. » (Marina TSVETAEVA, [note dans son] Cahier, [sans quantième] janvier 1941.) « L’argent, je n’en ai rien à faire. Je ne le sens que quand il n’y en a pas. En avoir, c’est naturel, car manger, c’est naturel. Je pourrais gagner deux fois plus en effet. Et alors ? Alors, deux fois plus de billets dans l’enveloppe. Mais à moi, que me restera-t-il ? Si on me prend ma tranquille, ma dernière… joie. Il faut être mort, en effet, pour préférer l’argent. » (Marina TSVETAEVA, [note en marge de ses] Traductions, [sans quantième] février 1941.) Il faut bien comprendre ici la Tsvetaeva : elle n’a jamais voulu nier l’utilité de l’argent et elle a toujours compris que tout le monde désire en avoir, « car manger, c’est naturel », selon sa forte expression. Elle s’élève tout simplement – et plus profondément – contre le fait que trop de personnes érigent l’argent en une espèce d’absolu auquel on sacrifie beaucoup trop, tout même dans certains cas. Voilà qui est scandaleux pour elle, car c’est là traiter un moyen en fin, c’est-à-dire que c’est là renverser la nature même des choses : après tout, si la valeur ultime ne revient pas à la fin poursuivie mais au moyen de l’atteindre, alors on confère à l’instrument une fonction dont il ne pourra jamais s’acquitter, ce qui nous laissera irrémissiblement en déroute…

128 De nombreux observateurs commencent à craindre que l’être humain ne soit voué à disparaître en raison de ses comportements abusifs et irresponsables. Si je ne puis exclure une telle possibilité, je dois avouer qu’elle me semble moins probable qu’un autre scénario dont font partie, à mon sens, les deux dimensions suivantes.

Premièrement, en tant qu’animal, l’être humain n’échappe pas au cycle de la prédation. Comme tout prédateur, s’il consomme trop de proies, son espèce pourra plus difficilement survivre. À la limite, plusieurs humains mourront au rythme même de la consommation des proies dont la réduction leur sera fatale. C’est un phénomène bien connu et documenté : plus il y a de proies, plus nombreux peuvent être les prédateurs bien nourris. Moins il reste de proies, moins de prédateurs peuvent survivre et se reproduire. Dans le cas de l’être humain, le fait singulier consiste en ceci que ses proies sont non seulement végétales et animales, puisqu’il est omnivore, mais également minérales (et même noétiques, si l’on veut penser à la manière de Teilhard de Chardin). Bref, c’est l’intégralité de la nature qui est proie pour l’homo sapiens dit évolué qui habite maintenant notre globe terrestre. Sous ce rapport, il n’y a donc rien d’étonnant ni d’antinaturel à ce que la survie de l’être humain puisse être en jeu à cause même de ses comportements. À vrai dire, c’est l’inverse qui surprendrait : au nom de quoi, après tout, les humains devraient-ils échapper à une loi qui régit au moins tous les mammifères dont ils font toujours partie à ce qu’on sache ? Or, justement, sauf cataclysme cosmique comme celui qui s’est abattu vraisemblablement sur les dinosaures, les mammifères ne disparaissent pas aussi rapidement : leurs populations augmentent, puis diminuent, augmentent de nouveau et diminuent de derechef, et ainsi de suite pendant un cycle qui peut se révéler fort long…

Deuxièmement, que veut dire le terme « disparaître » ? Dans certains cas, il désigne l’éradication complète, la suppression absolue, la destruction totale d’un objet ou d’un vivant (ou d’une série d’objets ou de vivants ou d’une espèce entière). Dans d’autres cas, il fait référence à une évolution qui a mené l’être concerné si loin de son point de départ qu’on dit de ce dernier qu’il a disparu. En ce sens, on dit que l’homo habilis a disparu aux environs de 1 300 000 ans avant notre ère, soit vers la fin du cénozoïque, ou que l’Homme de Néandertal a disparu autour de 25 000 ans avant notre ère, donc assez tard au paléolithique. En réalité pourtant, il n’y a pas eu disparition mais évolution fort poussée d’un individu et de ses descendants, plus largement d’un groupe, voire d’une race ou même d’une espèce. Or rien ne nous permet, à nous humains, de nous considérer comme un point indépassable de l’évolution. Au contraire ! Si dans un million d’années il existe toujours des êtres qui nous sont apparentés (comme nous le sommes à l’homo habilis ou à des primates encore plus anciens), il y a fort à parier que ces êtres parleront de nous, de l’espèce homo sapiens sapiens, comme nous parlons maintenant de l’homo habilis, c’est-à-dire comme du maillon désormais disparu d’une chaîne dont l’existence se poursuit sous d’autres formes.

Mais cela ne constitue aucunement une menace. Bien plutôt il s’agit là d’une adaptation qui permettra à une forme de vie de se maintenir et de poursuivre la fascinante histoire de l’évolution. Ce qui semble devoir caractériser les prochaines étapes de cette évolution chez l’humain, c’est une participation consciente de sa part à ce processus, peut-être même une participation créatrice et constructive à ce processus. Cette participation viendra peut-être directement de l’être humain, comme l’ingénierie génétique peut le donner à penser, ou de ses créations les plus diverses, comme les développement de l’intelligence artificielle peuvent le donner à croire.

129 Des façons d’agir bizarres, il y en a toujours eu chez les êtres humains. Il en est une en particulier qui m’intrigue tout spécialement : c’est le fait de sous-traiter à certaines personnes et en quelque sorte à l’aveugle le soin de nous distraire. Qui veut se délasser, s’égayer, voire se désennuyer peut choisir, par exemple, d’écouter un film, fut-ce un navet : après tout, il peut être tout à fait indiqué de « décrocher », comme on dit, et l’on ne peut toujours décrocher en s’adonnant à des activités relevées et exigeantes. Mais, dans l’exemple que je donne, c’est le sujet lui-même qui sélectionne le film qui lui sera une heureuse distraction. Or, notamment avec la télé, on délègue de plus en plus à des animateurs d’émissions de variétés qui durent une ou même deux heures le soin de choisir pour nous qui on invitera sur le plateau, le ou les sujet(s) dont il sera question avec les personnes invitées, et ainsi de suite. Le pire, c’est que ce type d’émissions occupe une case régulière de l’horaire hebdomadaire des chaînes de télé et qu’elles ont des auditoires relativement fidèles. Autrement dit, il y a des gens qui, à chaque semaine, laissent une ou deux heures de leur vie entre les mains de tierces personnes. Qu’on le fasse une fois ou deux, passe encore. Mais que, systématiquement, semaine après semaine, on abandonne ainsi à d’autres la responsabilité de disposer de son temps, c’est-à-dire de son bien le plus rare, de son seul bien irremplaçable, voilà qui me dépasse complètement ! Et le fait qu’il s’agit là d’un temps de loisir, c’est-à-dire d’un temps libre, rend la chose encore plus incompréhensible : comment en vient-on à sous-traiter l’occupation de son temps libre ?

14. IX. 2018

XXIX – NOTULES (115 à 121) : Une société vieillissante, lenteur et rapidité, couler un vaisseau, mouton et loup, le cœur ou la logique, les enfants et les adultes, sentiments enfantins

115Nous sommes dans une société vieillissante. Tout le monde le sait et tout le monde sait aussi que ce vieillissement massif de notre population entraîne des coûts astronomiques. Or, une société qui vieillit n’est pas forcément une société qui s’enrichit. Ça peut même très bien être le contraire, comme on le constate dans certains pays. Toutes choses égales par ailleurs, il s’ensuit que,en termes relatifs, la part des ressources, financières et autres, qui se trouve consacrée au grand âge s’accroît démesurément. Et je ne suis pas sûr qu’on agisse sagement en permettant cette nouvelle allocation des ressources. Je le dis d’autant plus librement que j’appartiens moi-même au troisième âge et que j’arriverai plus tôt que je ne m’y attends au quatrième. En d’autres termes, je suis de ce groupe dont je dis qu’il coûte démesurément cher. Ce phénomène risque de se révéler intenable sur une longue période et commande donc à mon sens des correctifs que nous sommes mieux de choisir pendant que nous le pouvons, faute de quoi, tôt ou tard, les circonstances nous imposeront des coupures beaucoup plus douloureuses que celles qu’on a vécues ces dernières années.

116 La lenteur a l’avantage de la stabilité à long terme. La rapidité a celui de l’adaptation à court terme. Tout le problème – et il n’est pas mince ! – consiste à trouver la vitesse appropriée au moyen terme.

117 Proverbe français pour Donald Trump : « Il ne faut qu’une voie d’eau pour submerger un vaisseau. »

118 Proverbe français pour les vis-à-vis de Donald Trump : « Fais-toi mouton, le loup te mangera. »

119 Donald Trump sépare les enfants, y inclus des nourrissons, de leurs parents. Suivant ses instructions, les États-Unis quittent le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. Donald Trump serait-il enfin devenu cohérent, conséquent, capable d’un minimum de logique ? Peut-être mais cela confirmerait uniquement que la raison seule est plus dangereuse, et de loin, que le cœur seul !

120 Les enfants ne sont pas incurables, contrairement aux adultes. C’est pourquoi ils représentent l’espoir d’un avenir meilleur.

121 « Les trois quarts des sentiments sont enfantins. Et les autres le sont aux trois quarts » (Jules Romains). Cette remarque, d’abord frappante par sa formulation, contient une part de vérité que les adultes ne sont pas vraiment désireux de connaître.

14. VII. 2018